Valérie Guimond

« Le rôle du monstre est d’imposer sa propre cohérence
tout en élevant immédiatement le débat au niveau de l’invisible. »

Manon Blanchette

Construits à même les états primaires d’un être humain qui se laisse choir par le poids de son corps, je crée des monstres de peaux, d’absence de crainte et de crispation. Il n’y a plus de vérité. Il n’y a que la présence des masses d’os et de muscles atrophiés. Ni plus ni moins. Je laisse voir une dysmorphose, cette malformation rachitique et qui n’est plus que physique mais aussi psycholo-gique.

Le muscle de la rétine se laisse happer par les regards vides et refermés sur eux-mêmes. À travers une lumière qui frappe le corps affaissé et dans un élan de gestualité, je leur souffle une atmosphère de viande faisandée, de corps moisis par la couleur. Dans une société trop carnivore, je poursuis une série de gravures laissant toute crue la morosité des regards où l’image des corps vieillis par la maigreur excessive est cachée à notre insu dans le recoin de notre esprit.

La femme prise comme modèle anatomique se prête bien à l’emblème d’un corps et d’un esprit soumis aux engelures fatidiques d’une société absente de conscience. Elle s’adresse « à la souffrance universelle que subit tout individu dont le destin se trouve moulé dans celui d’une collectivité où il se dilue et perd son identité, au risque de sombrer dans le néant même contre lequel l’image lutte ». La condition humaine ainsi ravagée par une gravité trop lourde, se prête à une interprétation individuelle et qui appelle tout regardeur qui croise les corps recourbés. Il y a ainsi une crainte de leur ressembler, de risquer d’être attiré par cette laideur squelettique. C’est à se demander si la femme sur le papier se bat pour survivre ou se laisse prendre à la lassitude qui prolonge ses tentacules et qui la paralyse. Elle regarde le vide derrière nous et n’attend plus rien, car les heures n’existent plus. Elle est défigurée par son absence, « 
pour vivre le vide […] comme aspirée par la mort, juste pour s’y habituer. »

Palmiéri, Christine, De la monstruosité, Éditions de l’instant même, Québec, 2000, p.15
Propos de Christine Palmiéri

 



"cocon d'os" pointe sèche
 

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