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Isabelle Mathieu
Le Soleil
Québec
La prise en passant. L’enfilade. La fourchette. Le clouage.
Les élèves de quatrième année de l’école Notre-Dame-du-Canada apprennent avec
avidité les stratégies d’échecs les plus sophistiquées. Et, sans s’en rendre
compte, améliorent leur concentration et leur logique.
La région de Québec n’échappe pas au virus des échecs, qui
contamine de plus en plus d’écoles primaires de la province.
À l’école
Notre-Dame-du-Canada de Vanier, toutes les classes suivront cette année une
série de huit leçons d’échecs, prodiguée par Jean-Sébastien Bélanger, fondateur
de l’Académie des échecs, et Bernard Boulianne.
Dans la classe de Madame
Stéphanie, les 19 garçons et filles de quatrième année, sages comme des images,
ont les yeux rivés au tableau. Pas question de manquer un iota des nouvelles
«armes» enseignées par l’instructeur.
«Ils sont attentifs parce qu’ils
aiment ça, chuchote l’enseignante Stéphanie. C’est super bon pour leur
concentration, leur logique et l’anticipation de l’autre.» Même les élèves
étiquetés avec un déficit d’attention, dit-elle, sont capables de se concentrer
sur les échecs.
Jean-Sébastien n’a pas fini d’expliquer que déjà, les
petites mains se tendent bien haut. Certains ont déjà hâte d’essayer la «prise
en passant». D’autres sont plus sceptiques.
Tous auront la chance de s’y
frotter, lors d’une demi-heure de jeu. L’ambiance est solennelle. «Je veux une
atmosphère de tournoi», a d’ailleurs dit Jean-Sébastien aux
enfants.
Comme on leur a appris, les deux partenaires commencent par se
serrer la main et se souhaiter bonne chance. Mais bientôt, c’est œil pour œil et
dent pour dent!
«Je n’ai plus de place pour mettre les pièces que j’ai
gagnées», lance Gabrièle, moqueuse. Pour Kevin, l’heure de la revanche a sonné.
«Miguel gagne le plus souvent, convient-il, en pointant son opposant. Il a de
meilleures tactiques que moi.»
Chloé et Joanielle — «des meilleures
amies», précisent-elles — se font face pour la énième fois. «Le plus dur, pour
les enfants, c’est d’arriver à faire échec et mat», constate l’ins-tructeur
Bernard Boulianne.
À 10 ans seulement, certains, comme Nicolas, sont
capables de battre des adultes. «J’ai déjà gagné en cinq coups avec ma dame»,
ajoute le garçon, avec un petit sourire de fierté.
Jean-Sébastien
Bélanger rêve du jour où le Québec ira aussi loin que la France, où le jeu
d’échecs est reconnu par le ministère de l’Éducation comme un outil pédagogique.
Outil pédagogique
Le contexte de la réforme scolaire s’y
prêterait parfaitement, estime le maniaque d’échecs. «Avec le jeu d’échecs, les
enfants sont en approche de résolution de problèmes à chaque coup», fait-il
remarquer.
Le tout passe sans que les élèves aient l’impression de faire
autre chose que jouer. «Ça nous soulage vraiment quand on voit que le jeu
d’échecs est marqué sur l’horaire de la journée, témoigne Gabriel D. Surtout si
on a eu un gros cours de math avant!»
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