4. Comment trouver des combinaisonsOk... nous savons maintenant ce que sont les combinaisons... et avec les exemples que nous avons étudiés, nous avons bien l'impression qu'elles tombent du ciel! C'est comme si le joueur qui l'a trouvée a eu un «flash» soudain et que la série de coups se défilait dans sa tête comme par magie... et bien il y a un peu de vérité là-dedans. Pour les joueurs élites, leur abilité à imaginer et à calculer des variations de coups est telle qu'ils peuvent plus facilement dénicher les combinaisons. Tout n'est pas perdu cependant! Le joueur amateur peut réussir à trouver de belles combinaisons en mettant en pratique les quelques petits trucs qui sont expliqués dans les prochaines lignes... Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on veut essayer de comprendre ce qui se passe dans la tête d'un très fort joueur d'échecs. C'est encore plus vrai lorsqu'on parle de combinaison et de tactiques. Comment peuvent-ils trouver des combinaisons qui impliquent 4 à 12 coups? s'agit-il d'une simple abilité à calculer des variations mentallement et se croiser les doigts pour la suite? Quelques maîtres ont déjà tenter de résoudre cette énigme et ils ont essayer de transmettre leurs trouvailles et leurs observations aux joueurs amateurs. Nous allons étudier les petits trucs et astuces qui, selon eux, aident à déterminer si une position donnée contient une possibilité de combinaison. Lorsque nous serons conditionnés à trouver ces positions, nous serons alors en mesure, à l'aide de calculs, de voir si des combinaisons s'y cachent... Dans le cadre de cette leçon, nous étudierons les théories de deux maîtres qui ont creusé la question. Dans un premier temps, nous serons introduits à la théorie d'Averbakh pour ensuite goûter aux théories de Silman. Règles de reconnaissance d'AverbakhYuri Lvovich Averbakh (né en URSS en 1922, grand-maître en 1952, champion d'URSS en 1954) considère que la plupart des combinaisons sont basées sur des menaces multipes (fourchettes et attaques à la découverte [voir leçon 9], menace de mat [voir leçon 8], ...). Averbakh entend, par menaces multiples, les coups qui menacent plus d'une chose à la fois, incluant la capture d'une pièce et tout autre menace ( comme la possibilité d'un mat par exemple ). Ça veut donc dire que si vous voyez un coup qui vous permettrait d'exécuter une double menace, vous feriez mieux de vous concentrer un peu plus sur cette possibilité et de calculer toutes les variations favorables à l'exécution de cette menace double. Cette règle vient alors vous aider à trouver des possibilités de combinaisons sans toutefois vous donner la façon de faire! Le joueur suivra ensuite son instinct et sa force de calculs pour déterminer si, oui ou non, la menace multiple peut être exploité.
Règles de reconnaissance de SilmanJeremy Silman (maître international des États-Unis, professeur, auteur et joueur d'échecs de renommée mondial) va un peu plus loin dans son analyse en insistant sur le fait qu'une combinaison ne peut pas survenir sans qu'un ou plusieurs des facteurs suivants ne soient présents:
Si vous notez qu'un ou plusieurs de ces facteurs se retrouvent sur l'échiquier, Silman conseille de regarder pour une combinaison. Cependant, si aucun de ces facteurs se trouvent dans la position, la chance de voir une combinaison se matérialiser est très faible... Comme vous voyez, il n'existe pas de formules magiques ou scientifiques pour dénicher des combinaisons toutes préparées... et c'est bien tant mieux!!! Le jeu d'échecs serait bien ennuyant si une telle formule existait... Les deux théories ci-haut se base sur un concept que nous avons déjà abordé dans la leçon 7 sur les phases du jeu lors que je citais le joueur Max Euwe qui a dit que «La stratégie requiert de la réflexion;la tactique requiert de l'observation.». En effet, les deux théories ci-dessus appuient bien cette fameuse citation puisque les deux «théoriciens» nous livre leurs secrets sur des bases d'observation. Alors, pour clore cette leçon, nous allons tenter d'appliquer ces règles dans des études de cas et voir si on ne pourrait pas réussir à créer de belles combinaisons... Étude de cas numéro 1: une petite combinaison simpleCommençons par une combinaison simple à trouver. Dans le diagramme ci-dessous, le trait est aux blancs et au premier coup d'oeil la position semble être favorable aux noirs avec leur pièce de plus. Essayons d'«observer» la position de plus près pour évaluer les possibilités de chacun des joueurs au niveau tactique:
Pour les noirs:
Pour les blancs:
Au premier coup d'oeil, les noirs semblent avoir une défense solide contre ces menaces. Cependant, essayons de voir si nos fameuses théories ne pourraient pas nous aider à trouver une petite combinaison...
Selon les théories de Silman, 3 des 4 situations qu'il mentionne se retrouve dans notre position. Cela devrait indiquer qu'il y a de fortes chances qu'une combinaison s'y trouve. Nous pouvons donc passer la position au peigne fin et investir un peu plus de temps à son analyse. En se basant sur les observations, nous pouvons donc déterminer qu'il y a quelques entités importantes dans la position: menace de mat par le duo de tour sur la colonne e, cavalier d6 qui protège la case e8, dame noire qui semble être surchargée, et la case e8 qui semble être une cible. Bien que ces observations soient vraies, elles ne nous donnent pas la solution à savoir quelle est la combinaison... mais elles nous aident cependant à nous concentrer sur des joueurs clés au lieu d'essayer de trouver des combinaisons sur tout l'échiquier! Alors, faisons appel à nos méninges et essayons de jouer avec les facteurs décrits ci-haut pour calculer des situations possibles... Il faut trouver une solution qui permettrait à la fois de neutraliser la protection de la case e8 et de déclouer la tour e3. Malheureusement, le déclouage de la tour e3 en bougeant le roi blanc en h1 permettrait aux noirs d'avoir un coup de plus pour consolider la défense de la case e8 en retirant leur fou c8 par exemple pour permettre à la tour a8 de participer à la défense de la case e8 (premier calcul). Il faut donc retirer toutes les variations qui tient compte du déplacement du roi... alors, les autres possibilités du déclouage sont:
Il faut également trouver une solution pour augmenter la pression sur la case e8 qui semble être faible présentement. Afin d'ajouter de la pression, nous pouvons ajouter un attaquant ou, encore, enlever un défenseur tout en gardant le même nombre d'attaquants. Ainsi, nous pouvons utiliser la dame blanche pour ajouter un attaquant en la plaçant en e2, toutefois, le clouage de la tour e3 est toujours présent et les noirs peuvent facilement ajouter un autre défenseur pour la case e8 en déplaçant leur dame en d8 ou encore en retirant leur fou de la 8è rangée (3è calcul). Alors, la solution qu'il nous reste pour mettre de la pression serait d'enlever un défenseur tout en maintenant le nombre d'attaquants. Le seul coup possible est la prise du cavalier par la dame blanche... mais ce dernier est protégé par la dame... mais que vois-je? Bien oui!!! Si nous prenons en considération nos premières observations, la dame blanche peut capturer le cavalier avec échec. Les noirs sont donc tenus de parer cet échec avant de faire tout autre chose. Cela ne leur laisserait donc pas le temps nécessaire pour mettre un autre défenseur pour la case e8... et la dame noire doit demeurer sur la diagonale g2-a7 afin de garder le clouage de la tour e3 pour éviter le mat! Ne serait-ce pas le début d'une combinaison? Est-ce qu'il n'y a pas une double menace à l'horizon? Évaluons donc toutes les variations découlant du coup Dxd6+: 1. Dxd6+ Rg8 2. Dd8+ Dxd8 3. Te8+! Dxe8 4. Txe8#: les noirs ne peuvent donc pas parer l'échec en déplaçant leur
roi... Nous avons donc réussi à trouver une petite combinaison qui donne la victoire sur-le-champ aux blancs. Les coups mentionnés ci-haut correspondent à la définition d'une combinaison puisque notre solution comporte une variante de coups forcées qui inclut un sacrifice... et tout ça en seulement deux ou quatre coups! L'étude de cas ci-haut donne un bon exemple de raisonnement qu'un joueur d'échecs devrait suivre pour l'analyse d'une position et pour le calcul de variations. On peut noter que l'analyse de la position aide beaucoup à trouver des solutions qui sont dirigées vers des éléments clés au lieu de "dépenser" temps et énergie à essayer plein de calculs à l'aveuglette. Lors de tournois, les notion de temps et d'efforts deviennent très importantes alors ça serait une très bonne habitude de vous habituer immédiatement à raisonner de la sorte. Essayons encore une fois d'appliquer la méthode ci-haut à une position plus complexe... Étude de cas no 2: une combinaison plus complexeDans la position ci-dessous, le trait est aux blancs:
L'application des théories de Silman nous permet de constater qu'une combinaison peut être possible puisque:
Encore une fois, 3 des 4 facteurs de Silman sont présents dans la position. Tout indique qu'une combinaison s'y cache probablement... alors observons plus en détail la position. Étant donné que le trait est aux blancs et que les noirs ne possèdent aucune menace directe contre le roi blanc, nous allons observer la position du point de vue des blancs seulement:
Ces premières observations nous amènent donc à déterminer les entités importantes de la position: cavalier g6, case h8, fou c2 et emprisonnement du roi noir. Nous savons aussi que les blancs pourraient mater les noirs avec Th8# si le cavalier noir ne serait pas en g6. Essayons de voir selon nos premiers calculs si ce cavalier peut être enlevé sans pour autant risquer de perdre l'attaque des blancs:
Les deux variations ci-haut ne semblent pas justifier le sacrifice de la tour ou de la dame pour enlever le défenseur de la case h8. De plus, il semblerait que la tour h6 ne puisse pas, dans l'immédiat, faire un mat par la case h8. Pouvons-nous alors tenter de trouver d'autres variations qui incluent la participation d'autres joueurs important? Essayons de déterminer si le fou c2 pourrait jouer un rôle plus actif dans la bataille. Il faudrait réussir à dégager la diagonale b1-h7 pour permettre au fou de protéger la case h7 pour la dame qui pourrait alors faire un mat par Dh7#. Le problème c'est que deux autres pièces se trouvent dans le chemin... n'y a-t-il pas une façon d'obliger les noirs à retirer leur cavalier et permettre à la tour f5 de quitter la case f5 en permettant le mat tout en forçant les noirs à jouer tous les coups que l'on désire? Calculons les possibilités:
Si on révise la combinaison (il faut toujours vérifier au cas où on aurait oublié quelque chose...), la combinaison de coups forcés est donc: 1. Th8+ Cxh8 2. Dh7+!! Rxg7 3. Th5++ Rg8 4. Fh7#. À ce moment, on regarde notre adversaire d'un air déterminé et on annonce: mat en 4. L'adversaire nous regarde d'un air douteux et attend que vous prouviez votre point. Vous y allez alors de votre belle combinaison et, si votre adversaire est vraiment un passionné d'échecs, il sera étonné et ne pourra qu'être impressionné par votre découverte! Avec cette dernière étude de cas, j'ai essayé de définir en mots le raisonnement que j'ai utilisé pour découvrir la solution de ce problème. Je n'avais aucune idée de la solution et le texte ci-haut correspond réellement au raisonnement que j'ai utilisé. Bien entendu, chaque personne peut prendre une route différente et arriver à la même solution, mais j'ai voulu démontrer que l'application de la méthode des facteurs de reconnaissance peut nous aider à déterminer si une position donnée contient des combinaisons et que l'évaluation de la position est aussi très importante pour nous aider à définir les élements clés d'une position. Ce problème a été très difficile à résoudre et j'ai eu besoin de 15 minutes de calculs intenses et d'observation pour trouver la solution. Je ne sais pas si les 2 études de cas ci-haut vous ont nuies au lieu de vous aider, mais si c'est le cas, vous devriez peut-être considérer revoir les leçons 9 et 10 et vous exercer à résoudre des problèmes de ce type. Afin de vous aider dans ce sens, j'ai inclu un bon nombre de problèmes à résoudre dans les exercices de cette leçon. Pour résumé tout ça, il faut de la pratique, une connaissance approfondie des tactiques (il n'y avait pas moins de 3 tactiques différentes dans la deuxième étude de cas: 2 attractions et 1 sacrifice de dégagement!) ainsi qu'une excellente technique de visualisation (imaginer diférentes positions sur l'échiquier sans déplacer les pièces...) pour exceller dans le domaine de la combinaison! |