ESPACE VERT

CRITIQUE D'ART

Ljiljana Cinkul

Paru dans Politika le 27 octobre 2006 (traduction)

Sous le signe de différentes normes culturelles, traditionnelles et même esthétiques, figurant sur la scène actuelle des arts visuels, à la question "Qu'est-ce que la gravure aujourd'hui ?" arrivent de différentes réponses qui élargiraient considérablement les concepts actuels dans une nouvelle encyclopédie d'impression et de gravure.

Sans aucun doute, la conception de la gravure artistique, à l'heure actuelle, est beaucoup plus souple au sens technique, technologique. Durant ces dernières décennies, l'application de la technologie numérique est frappante, ainsi, dans une certaine mesure, sont relativisées les questions portant sur les originaux de gravures, l'épreuve d'artiste, le tirage - les propriétés traditionnelles, les codes professionnels et les principes fondamentaux typiques à la gravure.

La pratique en art confirme que les frontières entre les médias sont de moins en moins rigides et inclinent à s'effacer, de sorte que la gravure, dans ce contexte, est un phénomène médiatique ouvert, un aspect de l'expression contemporaine dont les paramètres tendent vers une redéfinition.

À part cette attitude artistique provocatrice et persuasive, l'exposition de gravures d'Élisabeth Mathieu, artiste venant du Canada, est remarquable aussi dans le contexte de ses recherches et expérimentations dans le cadre des arts d'impression et de la version de l'image traitée par ordinateur. La nature et ses versions écologiques représentent pour Élisabeth Mathieu l'authenticité et les fondements de son oeuvre artistique, et cette feuillagiste porte un regard sélectif sur la nature et le paysage en y distinguant l'essentiel. Dans son travail, elle a inauguré une conception des collages de situations et d'états qui reposent sur un fragment/détail de la nature. La feuille d'arbre, devenant presque fétiche, représente le point central de cet oeuvre. L'importance de chaque feuille dans cet enchaînement ordonné, aussi bien que le lien entre l'homme et la nature, est soulignée par une intervention de la main humaine. Élisabeth Mathieu s'engage, dans son travail, pour des variations de lecture humaine de la nature et la feuille verte représente le refrain - un fragment agrandi par gros plan, la répétition des feuilles qui font partie de l'installation graphique interactive, l'inclusion du public dans l'oeuvre même, les tirages des feuilles, éléments de l'installation, représentent des gravures-objets en forme de chaussures, de cigare, de livre d'artiste, etc. C'est pourquoi, dans ses gravures, les feuilles vertes des arbres ne représentent qu'un élément de construction du jeu plastique sophistiqué qui peut être compris comme une empreinte d'un paysage intime. Dans le même temps, les gravures d'Élisabeth Mathieu de par leur impeccable réalisation encouragent l'observateur à participer, lui-même, au jeu de cet espace vert et séduisant. L'expérience d'avoir travaillé dans et avec l'espace, de même qu'un bon mariage de ses installations graphiques et architecturales (elle a réalisé depuis 1993 quinze oeuvres d'art publiques dans des écoles, bibliothèques, hôpitaux, au Québec) ont aiguisé une sensibilité féminine, alors que les éléments de la nature - eau, air, feu, suggèrent une dimension de la nature et de la lumière.

Sous le signe de la recherche d'une réponse à la question cruciale "Qu'est-ce que la gravure aujourd'hui?"dans le discours de la nouvelle pratique artistique, l'oeuvre graphique d'Élisabeth Mathieu offre une réponse plausible et remarquable. Sans aucun doute, dans le cadre du milieu belgradois de gravure, son attitude artistique est tout à fait différente, relaxante et provocatrice.