Voyage au Maroc

Les photos sur ce site ont été prises par un grand amateur de beautés naturelles, mon mari, Serge Huot.


Au Québec, il ne reste que quelques traces de neige au sol et les oies blanches, revenant du sud, fendent l'air de leurs ailes et de leurs cris. Des troupeaux d'oiseaux ont établi leurs quartiers de fortune dans les champs inondés, en bordure des labours détrempés. De passage dans la région du lac St-Pierre, elles refont leurs forces avant la dernière étape, le long périple vers le nord canadien. Nous, notre périple nous entraîne vers le Maroc.

Voulez-vous nous y accompagner. Je suis convaincue que ce voyage vous fera rêver.


Casablanca

Dans Casablanca, de majestueux palmiers se dressent vers le ciel nuageux percé de soleil. La circulation automobile est intense et bruyante.

Le soleil tape dur. Nos pas nous mènent à la Place Mohamed V par la rue Anfa. De petits cafés, ou plutôt de minuscules maisons de thé, s'alignent le long des trottoirs encombrés de chaises de rotin. Ils comptent pour toute clientèle que la présence masculine.

Nous passons devant la Place des Nations-Unies. Un homme d'âge moyen, à la forte carrure et vêtu d'une djellaba blanche à fines rayures, nous aborde poliment et nous invite à le suivre jusqu'à sa boutique.

Il nous accompagne dans une ancienne médina (vieille ville) devenue le Jemaa es souk. À pas lents, il nous conduit à travers des rues étroites bordées de boutiques en tout genre, cuir, argenterie, vêtements et cuivre. Les vendeurs nous regardent passer mais personne ne nous interpelle.

Après plusieurs dédales, il nous invite à entrer dans une minuscule boutique au 27 - 13 rue où il nous montre des djellabas et des caftans.

Notre vendeur passe à l'arrière-boutique et revient après quelques instants, muni d'un plateau garni de verres et une théière. Le thé à la menthe qu'il verse sent magnifiquement bon. D'un geste traditionnel, il nous tend le breuvage chaud.

Les vêtements suspendus à des cintres forment une agglomération compacte. Ils sont confectionnés dans d'innombrables tissus allant du simple coton jusqu'à la soie la plus fine. Notre hôte nous tend sa carte d'affaires, on y lit :

En nassirea Derb Gnaoua

Sadiki/najib & Sadiki

Nous le saluons aimablement et le prions de nous raccompagner vers la sortie du souk.

Sur le boulevard d'Anfa, nous poussons notre curiosité plus loin. Un vieil homme, les poignets chargés de bracelets argentés nous les offre avec insistance, aller jusqu'à nous en mettre dans les mains pour les essayer. Il lance d'une voix forte : 100 dirhams chacun.

Nous marchons de nouveau sur le boulevard Anfa jusqu'au boulevard de Paris, vers la Place Mohamed V, le centre administratif de Casablanca. C'est le coeur de la ville où se croisent les principales artères bordées d'édifices publics, de magasins, de restaurants, d'hôtels et de cinémas.

Cette cité est la plus grande ville du royaume du Maroc. Ce sont les espagnols, autorisés à s'y installer qui la baptisèrent de ce nom au XVIIIe siècle. Elle compte aujourd'hui trois millions d'habitants et est le foyer industriel marocain.

Une rue piétonne Moulay Abdellah se cache au hasard des rues. Bordée de boutiques de luxe, elle est envahie par de nombreux promeneurs. Une odeur alléchante et sucrée nous guide dans une pâtisserie. Comment résister à un carré au miel et amandes, graines de sésame rôti et chocolat. Ça fait saliver, ne trouvez-vous pas ?

De nombreux autobus s'emplissent de travailleurs qui en ont terminé avec la journée. Une foule dense arpente les trottoirs. Trois jeunes femmes bras-dessus, bras-dessous, nous croisent, l'une d'entre elles me dit « salut » en français, je lui réponds « salut ». La voilà toute souriante, l'air un peu gêné.

Il est temps de retourner à notre hôtel pour le souper. Au menu, nous avons un bouillon d'agneau, un boeuf en ragoût, fèves vertes à l'ail et au dessert, un riz au chocolat. Nous buvons un vin rouge sec Ksar : celliers de Meknès.

6 avril 1995, lever 7:30 heures et petit déjeuner continental à 8:15 heures. Le soleil, au rendez-vous, s'annonce chaud. Les valises attendent déjà dans le hall. Hassan, notre guide, nous accompagnera tout au long de notre périple.

Al-salaam aleikoum (la paix soit avec toi), on doit répondre wa aleikoum al-salaam (et sur toi la paix). D'abord le guide se présente Hassan 1er, le roi du pays c'est Hassan II, ensuite, il nous brosse un tableau sommaire sur Casablanca. Elle est la plus grande ville du Maghreb, la 3e plus grande ville en Afrique.

Nous arrêtons à l'église catholique Notre-Dame de Lourdes, construite en 1954. Dans la cour arrière, une grotte creusée dans la pierre abrite la statue de Notre-Dame qui nous invite à allumer un cierge.

Nous arrivons au Palais Royal, magnifique agglomération de bâtiments des mille et une nuit entourée de hauts murs. Des soldats en faction gardent les entrées. Il est défendu de photographier ces hommes en uniforme peu importe lequel.

Nous passons au marché des Habou, un port, la plus grande réserve de phosphate au monde. Le Maroc compte parmi ses clients, la Russie, l'Espagne et la France.
Devant nous, face à l'Atlantique, à l'ouest de l'ancienne médina, un monument symbolisant la solidarité, la mobilisation, le génie et la piété du peuple marocain, s'élève majestueuse la mosquée Hassan II. Elle est la plus grande au monde, elle peut accueillir 25,000 fidèles et 80,000 sur l'esplanade qui l'entoure. Sa construction a duré 4 ans et fait travailler plus de 3,300 artisans. Son minaret s'élève à 180 mètres, le toit ouvrant de la mosquée, transforme la salle de prière en patio. 500 millions FF ont été investis, soit 150,000,000 $ canadiens. Terminée depuis 2 ans (1993), elle accueille des milliers de visiteurs chaque année. Son immense esplanade fait ressortir toute la magnificence de ce monument érigé en bordure de l'océan.

L'autobus traverse le quartier résidentiel Anfa. Nous découvrons de magnifiques villas. Certaines valent jusqu'à 750,000 $ canadiens. De superbes ficus côtoient des hibiscus en fleurs. Partout, des bougainvilliers rivalisent en couleurs, se mêlant aux lauriers.

Sous un 27 degrés C, nous revenons vers le centre-ville de Casablanca. Nous prenons place au restaurant « Les Fleurs », en compagnie de Louise et Jacques. Mon mari et moi partageons une brochette d'agneau servie avec du fenouil, des fèves vertes et des frites. Nos compagnons commandent un couscous au poulet et du pigeonneau aux amandes.

13:30 heures, nous sommes en route vers Rabat. Les cultures semblent maigres, la terre desséchée ne se montre hospitalière que pour quelques sortes de cactus et de magnifiques mimosas croulant sous les fleurs. Le long de la route, d'immenses serres abritent des bananiers.


Rabat

Rabat fut nommée la porte du vent, sa médina ou ancienne ville est ceinturée par des murailles datant du 12e siècle. Elle est le lieu de résidence de Sa Majesté, le Roi Hassan II, de son gouvernement et des ambassades étrangères.


Nous visitons le mausolée Mohammed V où reposent le père et le frère du roi Hassan II, dans des tombeaux de marbre blanc. Perchés sur une galerie surplombant la chambre funéraire, nous assistons aux prières murmurées inlassablement par un vieil homme, vêtu de blanc, assis sur un coussin à même le sol, le livre du Coran sur ses genoux, il balance le haut de son corps au rythme des paroles. Au-dessus de nos têtes se déploie un magnifique dôme de bois et d'or, orné de vitraux.

Dans un coin, encadré par des mosaïques rutilantes, un garde vêtu d'une cape verte sur une tunique rouge et noire coiffé d'un chapeau blanc, rouge et noir, prend légèrement la pose sous l'effet du flash. Sur le parvis, un autre garde, à la cape blanche sur tunique rouge, ceinture blanche et gants blancs, aux traits plus africains que marocains, se tient debout les jambes écartées, fusil au garde-à-vous, résolu à conserver cette attitude fière.

Au pied des marches, une large esplanade, parsemée de colonnes inachevées telles des monolithes, représente le début et la fin du rêve d'Abou Youssef Yacoub El Mansour. Il souhaitait enrichir la ville du plus grand sanctuaire de l'Islam : la mosquée Hassan. A sa mort, seule la tour grandiose, connue sous le nom de tour Hassan est achevée. Nous ne pouvons pas manquer les 44 mètres de pisé qui s'élèvent au fond de l'esplanade, se découpant sur le fond azur, révélant des enjolivures ocres, vieillies par les tons grisâtres du temps. Quatre cavaliers sur leur monture, peuvent gravir côte à côte les gradins intérieurs de cette tour.

Dans chacune des villes impériales où nous nous arrêtons, Hassan se tait. Celui qui rappelle l'histoire doit obligatoirement venir de la cité. Frais émoulu de l'université, vêtu d'une djellaba rouge, il déferle sur nous une marée d'informations historiques, des noms de grands conquérants. Les mots arabes dansent, les murailles parlent, les vestiges murmurent. Le guide connaît son affaire.

Au bas de l'esplanade, le drapeau rouge garni d'une étoile or descend solennellement de sa hauteur royale. Les gardes royaux saluent quotidiennement leur emblème marocain. Deux gardes de rouges et blancs vêtus posent fièrement sur leur cheval arabe. Au bout de l'esplanade, des vestiges de mur rappellent le tremblement de terre de 1755 qui en a détruit une grande partie.

Notre guide, plutôt trapu, les cheveux crépus et très noirs, laisse deviner ses origines berbères. Il se sent l'âme imprégnée de son pays. Je tâche de prendre des notes, mais les flots de paroles me submergent. Je voudrais tout capter. L'essentiel surgit. Mes notes s'alourdissent. Au hasard, j'inscris des noms, la muraille des Andalous, construite autour de la ville au XVIIe siècle par les Andalous réfugiés au Maroc (les andalous expatriés de l'Andalousie au Portugal), la Casbah des Oudayas (forteresse et un repaire de pirates vers 1627).

Le Maroc, longtemps sous protectorat français, jouit de sa liberté que depuis 1956 seulement. Nous passons dans un quartier résidentiel « la casbah des Oudayas ».

Le guide nous mène au Palais Royal dont la construction débuta en 1864 et à la mosquée royale. Les gardes royaux tiennent le fort, que dis-je le palais du roi Hassan II. Au 18e siècle, les portes de la ville se fermaient le soir sur Rabat.

En face de notre hôtel « Le Sarah Safir », le fleuve Bou Regreg coule vers la mer. Il sépare les deux villes jumelles, Rabat et Salé. Des barques sont ancrées. Aujourd'hui encore, les travailleurs utilisent ce système de transport moyenâgeux pour se rendre sur l'autre rive deux fois par jour pour vaquer à leurs occupations.

Le jardin andalou protégé par une muraille révèle une collection de fleurs, de plantes vertes, d'arbres fruitiers harmonieusement entretenus en plates-bandes. Deux femmes voilées s'attardent sur un banc à l'abri des regards.

Nous visitons la médina, construite sur une colline. Les maisons blanchies comptent quelques rares fenêtres d'où émergent deux petites têtes d'enfants qui guettent furtivement notre groupe d'étrangers. Les pierres imbriquées des rues étroites glissent sous nos pieds, usées par les pas lents des touristes ou les pas indifférents des résidents.

Environ 600 maisons y sont agglomérées. Le modernisme se dévoile par la présence d'antennes sur les toits. À ses portes, un mélange de couleurs chaudes sous les rayons faiblissant du soleil, donne à ce tableau d'ancien et de nouveau, un air de parfaite harmonie.

Rabat, ville de fonctionnaires s'anime au quotidien de 8:30 heures à 12:00 heures et de 14:30 heures à 18:00 heures. Autrement, elle somnole.

À 18:00 heures, nous sommes au centre de Rabat. Nous rejoignons notre hôtel le Sarah Safir. Au coin de la rue, des gens attendent l'autobus. Des jeunes étudiantes nous sourient et nous envoient discrètement la main.

Au souper, nous nous rassasions d'excellentes salades à défaut de goûter aux mets chauds. À notre arrivée, il n'en restait plus. Par contre, la vue est superbe. Une terrasse ceinturant presque entièrement le sommet de l'immeuble nous permet d'admirer le minaret Hassan II.

Vendredi le 7 avril 1995, un soleil splendide inonde les barques sur le fleuve Bou Regreg. Salé resplendit sous ses blancs éclatants sur fond bleu.

Aujourd'hui, nous devrons dévorer 250 km de route. Au coin de la rue, un panneau rouge indique un arrêt ou un stop ou, comme ici, écrit en arabe, on sait qu'il faut arrêter. Le nez à la vitre, on voit se dérouler la campagne piquée d'avocatiers et de chênes lièges dans la forêt de la Mamora au Nord Est de Rabat. Pour obtenir le liège des arbres, il suffit de tailler l'écorce à partir du bas de l'arbre vers les deux tiers en une mince couche. Après 10 ans, ce liège se sera reconstitué. Son fruit est comestible.

Des tentes d'ouvriers s'élèvent dans des terrains nus. Des vendeurs de poisson s'affairent au bord de la route. Des vendeuses de lait se protègent du soleil sous un amoncellement de branches. La région abonde de truffes. Le long du chemin des gens en vendent dans des sacs rouges. Les marocains ne mangent pas de truffes, ils les vendent seulement. De nombreux troupeaux de moutons paissent les quelques rares brins d'herbe qui poussent entre les cailloux.

Au Maroc, l'éducation est obligatoire partout même dans les campagnes éloignées; mais dans la montagne, les jeunes pour la plupart n'y sont jamais allés. Les classes primaires se comptent de 1 à 6. Les deux premières années sont consacrées à l'arabe et après, les élèves apprennent le français. Le secondaire dure 3 années où la littérature et les sciences sont enseignées en français. Pendant les trois années de lycée, l'arabe a le choix d'une deuxième langue étrangère soit l'allemand, l'italien, le japonais, l'anglais ou l'espagnol. Après l'université, les étudiants ont des bourses. Pour une licence, un étudiant doit consacrer 4 ans et pour un doctorat, 7 ans.

Nous passons près d'un vignoble. Et maintenant, aux poiriers d'étaler leurs formes généreuses sur plusieurs kilomètres. Nous sommes à Tifflets, une agglomération agricole.

Malgré le modernisme qui atteint les régions les plus reculées, les traditions survivent encore, bien ancrées dans les coutumes des familles campagnardes. Le mariage en est un exemple.

Lorsque deux jeunes gens se plaisent, ces derniers demandent l'opinion des parents sur leur union possible. Ceux du jeune homme vont visiter les parents de sa promise apportant un cadeau le dimanche. Chez le notaire, un acte de mariage est établi en bonne et due forme. Il va s'en dire que la femme doit être vierge. Si elle ne l'est pas, elle ne pourra pas se marier et ne le pourra plus jamais.

Nous apercevons au loin le moyen Atlas, montagnes dénudées se couvrant des mêmes teintes de terre que les champs et les maisons. Nous approchons de Meknès, un important centre agricole. Un petit marché affiche des quartiers de viande suspendus.

À l'hôtel Diouri, nous faisons halte afin de dégourdir nos membres ankylosés et nous désaltérer avec un coke identifié en arabe. Des maisons en terre rouge se dressent sur un promontoire. Le long de la route creusée par l'érosion, des palmiers projettent de minces ombres. Des figuiers de barbarie sont hérissés de fleurs jaunes. Ce cactus produit un fruit rouge qui se mange avec modération. Celui qui en abuse aura des problèmes certains de constipation.

Nous grimpons les collines privées de verdure. Sur les hauteurs d'argile, les vieux oliviers à peine plus bruns que la terre, tapissent les flancs dégarnis.

Le pré-rif précède les cultures de pois chiches. Le Maroc, jouit d'une confortable 3e place mondiale comme producteur d'oranges et d'une 5e pour les olives, pour les amandiers, ils sont fin premiers. Ils cultivent aussi des tournesols, des petits pois et des pommes.


Meknès

Voici la 4e ville impériale, Meknès, avec ses 450,000 habitants. Elle compte 2 portes. Celle du 17e siècle, la porte de jeudi, Bab el Khemis est grandiose.

Un berbère nous fait visiter les greniers Dar El Ma du Sultan, larges voûtes tempérées où étaient entreposées les réserves de foin et de grains. Les murs couleur moisson, de 4,80 mètres d'épaisseur et d'une hauteur de 12 mètres se divisent en 27 salles. Au milieu d'une salle trône un puits avec « moria » une roue. Une porte sculptée de soleils est exposée pour le simple plaisir des yeux. Cette porte fut donnée par Louis XIV, roi de France, au roi du Maroc de l'époque.

Meknès a été la capitale du cheval où restent encore aujourd'hui les ruines des écuries qui pouvaient héberger jusqu'à 12,000 chevaux. Magnifique architecture de génie et de symétrie, vingt-trois nefs composent le plafond de ces « écuries ». Les arches encore debout s'alignent dans toutes les directions en une suite parfaite de colonnes touchées par les rayons de soleil et teintées de verdure. À leurs sommets, jadis, dans les glorieuses années, un vaste jardin suspendu couvrait les stalles. Malheureusement, elles ont été partiellement détruites par le tremblement de terre de 1755.


Cette ville impériale conserve jalousement ses grandes et épaisses murailles. Elle est surnommée la « petite Versailles ». Sous Moulay Ismaïl, proclamé Sultan en 1672, jusqu'en 1727, la ville devint la capitale du pays. Il en fit une ville d'ordre et de prospérité.

Bab El Khémis magnifique porte du quartier Riad doit son règne sous ce même Sultan. Le bassin de l'Agdal, vaste, impressionnant par son volume, faisait office de réservoir d'eau au cas où la ville serait assiégée. Son emplacement choisi lui conférait le double rôle de lieu de divertissement pour les nombreuses épouses du roi.

Pour ceux qui connaissent les expressions « des rats dans le sac » et « des gens pressés sont des gens enterrés », ces dernières sont issues des illustres paroles du Sultan Moulay Ismaïl.

Nous rencontrons des femmes berbères qui portent un tatouage sur le front ou sur le menton. Cet ornement est tatoué à la puberté à l'effigie de la tribu à laquelle cette femme appartient. Il protège contre le mauvais oeil ou tout simplement, il se porte par beauté. La femme berbère doit se marier à l'intérieur de sa tribu.

Nous nous arrêtons quelques instants, le temps de dîner au palais Tarab. Tables et fauteuils bas, des céramiques sur tous les murs, des plafonds savamment sculptés, voici la décoration du restaurant. Pour la cérémonie du thé, le serveur apporte un plateau contenant une théière et des verres ciselés. Il verse l'eau bouillante sur les feuilles de menthe entassées dans la théière en argent. D'un geste élégant, il verse le thé fumant tout en élevant la théière à bout de bras, laissant ainsi couler un long filet du liquide verdâtre dans un des verres. Avec précaution, chacun prend le sien et y ajoute un carré de sucre au goût et déguste lentement.

Nous allons visiter une écurie encore active « Haras de Meknès ». Elle abrite 700 chevaux, des pur-sang arabes de couleur alsan brûlé. Ces chevaux ont les oreilles fines, le crin foncé et les jambes élancées. Ils valent chacun 280,000$ canadiens.

Le guide nous amène aux portes de la seule mosquée ouverte aux touristes non-musulmans. Elle fut érigée en 1703. Il nous recommande de respecter les lieux.


Tout au centre, se trouve une fontaine où le pèlerin fait des ablutions à trois reprises afin de se purifier avant de passer dans le lieu sacré. Une anti-chambre à ciel ouvert rassemble les fidèles. Devant un tapis de rotin, nous enlevons nos souliers et respectueusement, nous entrons dans ce lieu sacré.

Nous traversons dans une petite pièce, la salle des prières. Pieuse, cette salle s'orne de mosaïques multicolores, de tapis rouges, d'une horloge grand-père et d'un lustre suspendu. Une niche dans un mur est réservée au meneur de la prière. À cet endroit, reposent en paix Moulay Ismaïl, sa femme et ses enfants. À la sortie, nos souliers ont été replacés, tous bien alignés.

Passés les murs de la médina, les couleurs tendres et chaudes du soleil couchant confèrent une atmosphère d'irréalité au tableau qui se déroule devant nous.

Nous allons de l'autre côté de la rue, visiter les boutiques d'art berbère. D'abord, un artisan du damasquinage nous fait une démonstration de son talent. Il s'agit d'incruster dans une surface métallique un filet d'or, d'argent, de cuivre formant un dessin. Ici, un vase en fer chauffé devient bleu, il est poli et repassé au feu, alors, il devient noir. L'artisan façonne un fil d'argent en arabesque sur le vase et le fait fondre pour l'incruster dans le fer.

Les broderies des Soeurs Franciscaines représentent les tatous des différentes tribus berbères. Nappes, napperons et chemin de table sont d'autant de pièces qui sont vendues.

16:20 heures, dans l'air humide et chaud résonne le cri du muezzin qui appelle à la prière.

Devant Bab El Mansour, l'autobus s'arrête. Les touristes descendent. Cette porte est vraisemblablement la plus belle porte d'Afrique du Nord. Le magnifique arc se teinte d'ocre, de vert et de blanc, il est entouré de deux tourelles piquées de trous. Fait de pisé, ces trous empêchent cet amalgame de se craqueler et de s'effondrer.


Moulay Idriss

À une trentaine de kilomètres de Meknès, voici Moulay Idriss, la ville sainte, née au 8e siècle avant J.C.. Lieu de pèlerinage pour les Marocains, elle juche sur une colline ocre-rouge en une petite agglomération de maisons blanches aux toits verts. À l'entrée, un cimetière sur une pente raide rassemble des pierres blanches presque enfouies dans la terre, embelli par quelques agaves. Des oliviers endormis accrochent leurs vieilles racines sur une terre ocre, sèche et crevassée.


La route passe au centre du village longtemps interdit aux non-musulmans. Un groupe d'hommes berbères arabisés (des berbères qui parlent arabe), accroupis près d'un mur blanc, se divertissent à je ne sais quel jeu. Un minaret rond, orné de céramiques vertes s'élèvent au-dessus des rues étroites.

Plus bas vers l'horizon, des colonnes et des ruines de murs se dessinent sur le fond du ciel bleu, dans une légère brume qui donne à Volubilis un air d'irréalité. Cette ville romaine a été construite en 42 après J.C.. Notre guide refuse de nous y conduire, trop inhibé par sa culture, il dénie le passage des romains qui y ont laissé leurs traces. Si vous y êtes allés, donnez-moi vos impressions.

Nous traversons le paysage de Zogota où un petit village aux maisons de pierre ne vit plus, privée d'eau et d'électricité, la route descend en lacet de la montagne. Les collines se teintent harmonieusement de tons verts qui pâlissent et de jaunes qui se fondent dans les rayons du soleil couchant. Les vastes champs dénudés se rident de sillons et garnis de roche, ils sont parsemés de petites pousses vertes. La montagne au loin, d'un beige pâle, dessine ses formes démesurées sur la trame bleue du ciel. Y succèdent des collines de terre jaune, ciselées par la structure des maisons de même ton.

Dans l'autobus, certains somnolent, d'autres regardent la campagne défiler. Le guide, un micro à la main, nous dit que le Maroc produit une bonne part des oranges, les Navel, que nous retrouvons sur les tablettes de l'épicerie au Québec, les sanguines en font partie ainsi que les oignons.


Fès

Nous arrivons à Fès vers 18:45 heures. Nous passons sous une colline marquée d'une inscription blanche en arabe : Dieu, Patrie, Roi. Fès considérée patrimoine universel est le plus grand complexe de textile en Afrique. Elle fut fondée au début du 1Xe siècle par la dynastie Idrisside.

Nous débarquons à l'hôtel Moussafir avec sa façade blanche découpée par des auvents bleus.

Samedi, 8 avril, le tour part à 8:30 heures en face de l'hôtel. Aujourd'hui, nous voyagerons dans un autre siècle, celui du moyen-âge. La médina de Fès regroupe 800,000 personnes. Un véritable labyrinthe où il vaut mieux être accompagné pour retrouver la sortie.

Nous formons une file de quarante visiteurs à la queue leu-leu, précédée du guide local et fermée par Hassan. Marcher à la marocaine et non à la québécoise est fortement recommandé. Il existe un proverbe marocain qui dit : tant que l'on sait parler, on peut retrouver son chemin. Les ruelles sont tellement étroites qu'aucun véhicule motorisé ne peut y circuler. Sur les dalles usées, seuls les ânes peuvent déambuler un à la fois. Si on entend « balak », il faut s'adosser au mur afin de laisser passer un chargement qui nous frôle le nez.

Chaque détour, nous dévoile la vie trépidante qui règne ici, des étals de viande, de poisson, de fruits aux multiples couleurs, de légumes aux odeurs alléchantes, de noix, amandes, olives à faire damner les plus gourmands. La lumière du jour entre à peine, jouant avec les ombres et les couleurs, sous des toiles en guise de toit. Les maisons aux murs grisâtres, collées les unes aux autres, gardent leur porte fermée. Une foule dense d'un autre siècle circule en djellaba et en caftan aux teintes multicolores. Les enfants nous regardent, curieux. Un aveugle aux paupières fermées penché sur une canne artisanale, marche au bras d'un homme. Une femme en caftan orange porte un voile noir uniquement sur sa bouche, le guide nous explique qu'elle a sans doute de la difficulté à respirer, elle a la permission de son médecin de porter son voile ainsi et non sur le nez et la bouche. Des artisans de tous les métiers offrent leurs marchandises aussi variées que du cuir, du cuivre, de l'argenterie, du tissu, du fer blanc et de la laine.

Oups! vite le dos au mur, un adolescent d'une douzaine d'années demande le passage. Il croule sous une vingtaine de feuilles de cuir qu'il porte sur la tête retenues par ses bras. Près d'un étal de menthe fraîche, Hassan remet à chacun de nous une branche odorante. Nous suivons le guide berbère, grand costaud portant une djellaba blanche rayée. Il tourne vers la droite, la ruelle descend en pente douce, elle est recouverte d'un filet d'eau. Attention, ça peut glisser.

Nous traversons une porte qui donne sur une large agglomération de toits. Un passage étroit en béton nous conduit vers un escalier qui grimpe sur une haute terrasse. Certains du groupe ont le vertige, le dos fortement appuyé au mur, Louise a visiblement peur du vide. De ce perchoir, nous apercevons de grands bassins de terre cuite remplis de teinture de différentes couleurs, le rouge attire l'oeil au premier regard.

La branche de menthe sous le nez, les odeurs sont pratiquement insupportables. Les teinturiers, debout dans les bassins de couleur piétinent sur place, de la teinture jusqu'au genoux, leurs vêtements souillés. Des peaux empilées attendent leur tour, d'autres sont à sécher au soleil. Sur une terrasse plus basse, à droite, ce sont les ballots de laine jaune safran, ou vert menthe, ou bleu indigo qui reposent sur les toits.


Où est mon mari ? Je regarde tout autour. Le voilà, il est redescendu, pour fixer sur la pellicule un autre point de vue des tanneurs à l'oeuvre. Le soleil est magnifique. La géométrie des lieux, amoncellement de cubes blancs, rivalise en largeur et en hauteur avec les fortes odeurs qui flottent et prennent à la gorge. L'oeil n'est pas en reste, le décor explose des teintes de l'orient.

Chaque coloration provient de savantes réactions physico-chimiques acquises et transmises au cours des âges : la cochenille pilée donne le rouge, le bois de campêche donne le violet foncé, le jaune pâle ou foncé vient de l'écorce de grenade, le bleu est obtenu dans des bains d'indigo, le blanc provient d'une préparation au lait caillé.

Fès, est une des plus prestigieuses villes du monde musulman. De toutes les villes impériales, elle fut certainement la plus grande par la durée de ses influences culturelles et politiques. Elle porte le surnom de « ville de lumières ». Depuis des siècles, elle se présente comme un centre culturel et religieux et comme le creuset des valeurs de la civilisation maghrébine. Fès est en outre la plus ancienne des villes impériales et la capitale de la première dynastie arabe du Maroc.

Après les teinturiers, les tisserands terrés dans une pièce exiguë et sombre, penchés sur les métiers, confectionnent les plus riches tissus de soie, de coton et de laine. L'un d'entre eux entrecroise les fils immaculés de soie luisante et de fin coton. La navette passe de droite à gauche et de gauche à droite inlassablement, afin de compléter ce matériel qui servira pour une robe de mariée.

Le guide berbère nous fait remarquer en passant devant l'école coranique, les versets du Coran qui ornent les murs extérieurs. Mon mari demande à notre guide si aujourd'hui le marocain a droit à quatre femmes légitimes. C'est encore vrai. Lors d'une guerre particulièrement sanglante, beaucoup d'hommes périrent, le roi de l'époque autorisa les survivants à prendre quatre épouses assurant ainsi la subsistance des femmes et perpétuant la race en élevant de nombreux enfants. Cette coutume survit encore aujourd'hui, mais peu de marocains peuvent réellement s'acquitter de cette tâche. Disons qu'ils ont plutôt adapté cette coutume aux temps modernes.

Dans un couloir sombre, nous débouchons chez le marchand de tapis. L'adjectif « tapissé », décrit bien le décor dans lequel nous entrons, des tapis partout, sur les murs, sur le sol, empilés dans les coins et dans le milieu de la grande salle à colonnes.

Les plus belles mosaïques ornent les murs découverts. Notre hôte nous invite à prendre place sur les larges bancs également tapissés. Un garçon présente à chacun de nous le thé à la menthe bouillant et la vraie cérémonie peut commencer. L'étalage de nombreuses pièces plus belles les unes que les autres, aux couleurs et formes variées, l'hôte nous fait l'éloge des tapis armoravides. Pour 45,000 dirhams, on peut en acquérir un de 9' X 10'.

À la sortie, une jeune fille d'une douzaine d'années, porte sur sa tête à bout de bras un panier rempli de pain qui sent merveilleusement bon. Des étalages chargés d'olives, d'oranges, de fraises, d'artichauts, de piments et de gourganes nous font saliver. Sur une affiche suspendue, il est écrit en français et en arabe : « Goûter avant d'acheter ».

Les portes ouvertes de la mosquée nous permettent d'entrevoir ses fidèles en prière, vêtus de blanc, ses tapis rouges, les mosaïques bleues, blanches et roses. Son minaret domine la médina, d'architecture iranienne, elle fut érigée au 14e siècle.

« Balak », des mercédès ou plutôt des ânes arrivent l'un derrière l'autre. Ils sont sept, chargés de différents produits, le maître se tient derrière eux. Habitués de faire le trajet, ils n'ont pas besoin de guide. Au coin, ils tournent à gauche, comme menés par un radar.

Nous passons l'autre porte de la médina. Une mercédès « une vraie » s'arrête devant l'entrée d'un hôtel luxueux. Soudain, le soleil nous apparaît éblouissant, les collines se dévoilent devant nous, recouvertes d'oliviers.

Il y a tellement à dire sur Fès qu'il serait presque péché d'oublier quelques détails. Tout semble si irréel et étrange. Tiré d'une publicité sur Fès, il est dit : « Ici, personne ne sait où finit le plaisir de l'esprit et où commence le plaisir des sens, luxuriance de la vie, Fès, ville unique vous convie à de multiples voyages».


Nous remontons à bord de l'autobus climatisé et le conducteur nous conduit à notre hôtel. Après le repas du midi, nous marchons près de l'hôtel. Un jeune garçon nous aborde et nous offre de nous servir de guide dans la ville pour pas cher. Une femme voilée, pointe discrètement l'appareil photo de mon mari. Elle frotte son index sur son pouce en un geste significatif. En échange de quelques dirhams, elle accepte de se faire photographier. Deux hommes en habit et cravate, s'approchent rapidement. Les deux hommes nous font signe de nous éloigner et parlent bas à la femme. Les yeux rivés sur elle, ils la menacent. Des éclats de voix parviennent jusqu'à nous. Il n'est pas bien difficile de comprendre ce qu'ils lui disent.

À quelques pas du Moussafir, nous allons voir la gare. Du quai tranquille à cette heure, nous apercevons plusieurs séries de rail, surmontées par un savant tissage de fils électriques.

Il est l'heure de retourner à l'hôtel. Une deuxième visite se met en branle à 15:00 heures. Le premier arrêt « Le Palais Royal , Dar el-Makhzen », au bout d'une vaste esplanade, inondée de soleil, Hassan nous invite à visiter le Palais Royal, mais avant quelques uns d'entre nous devrons exécuter un rituel.

Nous nous tenons devant les trois portes dorées qui marquent l'entrée principale du Palais. Trois des filles du groupe sont alignées à quelques pas de la porte centrale comme l'indique Hassan. Après avoir compté jusqu'à trois, il faudra l'aider à ouvrir les deux battants en poussant très fort, 1-2-3. Les filles s'exécutent en appuyant leurs mains fortement sur le métal, hey ! c'est brûlant. Hassan a fait semblant, il rit. Personne n'est autorisé à passer les sept portes en bronze du Palais Royal.

À droite de la résidence royale, nous nous engageons dans une rue bordée de maisons à l'architecture hispano-mauresque. C'est le quartier juif. Il se caractérise par de magnifiques balcons de bois sculptés, ce quartier a été placé sous la protection du roi. De nombreuses boutiques ont pignon sur rue.

Le groupe se rassemble devant Bab Boujloud, magnifique porte au style ancien dont la construction remonte à 1913 seulement. Décorée de faïence bleue d'un côté et verte de l'autre, la porte s'ouvre sur deux minarets.

Nous poursuivons notre trajet à bord de l'autobus qui nous mène sur une colline, au Palais Jamaï. L'ancienne demeure aristocratique de la fin du X1Xe siècle, est aujourd'hui agrandie et transformée en luxueux hôtel qui avoisine les tombeaux des Mérinides.

De ce belvédère privilégié, la médina s'étale tout en bas, fermée entre ses murs, elle recèle mille et un trésors. Le tourbillon de la vie qui l'anime semble endormi. Nous avons une vue panoramique de la féerique ville de Fès. J'ai lu dans « Le livre d'or du Maroc » de Bonechi « Un sentiment étrange saisit alors le visiteur. Ce sentiment se nourrit de l'impossibilité pour l'être humain de dévoiler les secrets de la ville et de son incapacité à tout voir et à tout comprendre dans cette cité chargée d'histoire et façonnée par le temps». Je n'aurais pu mieux décrire ce que je ressens.


Sur la gauche une colonne de fumée noire s'élève droite sur le fond azur. Elle provient des fours des potiers. Une visite dans les ateliers, nous permet d'admirer pots à couvercles, tajines, beurriers, bols et vases aux formes généreuses. Les récipients les plus beaux sont ceux teintés de bleus. Les oxydes colorants, en particulier le bleu par ses profondeurs et le vert par sa transparence, ont fait la célébrité de Fès. L'enchevêtrement des arabesques ou la juxtaposition des dessins géométriques, sont les deux genres majeurs dans la décoration arabo-musulmane, puisque le Coran proscrit toute représentation figurative.

Les fours sont alimentés avec des noyaux d'olives. Ce combustible dégage une chaleur intense de 900 degrés C et une fumée noire corbeau. Un céramiste assis à même le sol, les jambes repliées sous lui, met une dernière touche à une sous-glaçure.

L'art qui caractérise plus spécialement les potiers est la composition du zellige, ce panneau mural en fragments de céramique. Le maître-zelligeur découpe dans des carreaux de céramique de couleur unie (bleu, vert, jaune, rouge, lie de vin, marron, etc.), des pièces géométriques aux angles vifs: triangles, losanges, trapèzes. Il assemble ensuite ces éléments à l'envers selon les formes et les motifs désirés : étoiles, polygones, rosaces, arabesques ou entrelacs multiples. L'artiste coule un mélange de ciment et de chaux sur la céramique pour fixer l'ensemble, après séchage, le panneau peut alors habiller les murs des riches villas.

Nous relaxons à la piscine de l'hôtel. Sous un 25 degrés C, le soleil pique la surface de l'eau, éclaire le jardin, illumine les fleurs écarlates qui courent sur le mur blanc qui ceinture l'arrière-cour. Un paon fait la roue en se promenant autour des tables, ses cris stridents n'ont rien de mélodieux, mais son plumage le rend séduisant pour la femelle perchée sur un muret.

Une autre merveilleuse journée tire à sa fin. Debout dès l'aube, couchés longtemps après le soleil, nous grignotons chaque minute. Nous ne regrettons à aucun instant chacun des moments passés au Maroc.

Les mets nationaux, les visites historiques, les lieux exotiques, tout ce pays musulman nous ravit. À notre table ce soir, nous évoquons les moments qui ont retenu le plus notre attention. Le menu du souper fait partie du forfait vacances: une première entrée « harira » soupe marocaine, à la deuxième, une pâte feuilletée farcie de riz, de raisins, saupoudrée de cannelle et de sucre en poudre. Ces rouleaux peuvent être également farcis de dattes et de noix. Au plat principal, le serveur nous apporte un tajine de kefta, sorte de boulettes de veau, baignant dans une sauce tomate, des oeufs et des pois verts. Au dessert, l'orange nationale à la cannelle se répète.


Entre Fès et Marrakech

Dimanche 9 avril, debout dès 5:30 heures, il ne faut pas traîner au lit. Le départ fixé à 7:30 heures, personne ne doit manquer à l'appel. Nous aurons 500 km à parcourir pour atteindre Marrakech.

Nous voilà en route vers Beni Melal. Hassan, assis dans le premier banc de l'autobus, continue d'alimenter nos connaissances des us et coutumes de son peuple et de son environnement. Les arbres au centre de la ville sont des caroubes, son fruit ressemble à une fève et est comestible, d'ailleurs, il a des propriétés anti-diarrhée.

Après les portes de la ville, nous apercevons les montagnes au loin. Voici le Moyen Atlas comptant 3,334 mètres d'altitude. L'Atlas a 4,165 mètres et l'Anti Atlas a 2,531 mètres.

Le Maroc possède une forêt de cèdres où des singes s'ébattent. Sur la pente du Moyen Atlas, de nombreux cerisiers s'agrippent. Un village, dans les régions montagneuses « Imouzer Decandar » se confond avec les environs. La température se maintient en moyenne entre 25 et 35 degrés C l'été, et l'hiver, il peut même neiger.

Le long de la route, sur des étalages de fortune, des vendeurs itinérants offrent aux touristes des pierres fossiles provenant du désert, des améthystes, du quartz, de la malachite et bien d'autres. Nous arrivons à Ifrane, ville universitaire construite dans la montagne. L'architecture des maisons y est totalement différente, des toits de tuiles, des extérieurs de brique, des cheminées. Elles ressemblent plus à nos maisons canadiennes en bordure des pistes de ski. Nous faisons une halte au restaurant Chamonix, nous découvrons tout à côté, une boutique de ski alpin, vêtements d'hiver et accessoires assortis.

L'université de Ifrane attire des jeunes gens venant de partout au Maroc, elle est privée. Seuls les étudiants riches peuvent se permettre de payer 6,000 dirhams par mois pour y être admis et y vivre.

À Kenifra, nous passons près d'une ferme d'élevage de chevaux berbères. La terre prend une teinte de plus en plus rouge à cause de sa forte composante en fer. Des orangers sont en fleurs et d'autres portent déjà leurs fruits. La culture de la betterave à sucre et du coton fait aussi partie de l'économie du pays.

Entre Beni Mélal et les cascades d'ouzoud, des dromadaires broutent sur le bord de la route. Nous descendons de l'autobus pour les photographier. Les adultes sont d'imposante stature avec des airs hautains, quant aux petits, ils sont mignons, accrochés à leur mère. Les dromadaires peuvent passer 15 jours sans boire et siphonner 100 lt d'eau à la fois. Ils peuvent coûter entre 7,000 et 15,000 dirhams.

Nous arrêtons à El-Kelaâ des Sraghns où les bougainvilliers font légion. Il nous reste 27 km à parcourir avant Marrakech. Les maisons de terre rouge s'entourent de nombreux oliviers. Il vente et le soleil stabilise le mercure à 28 degrés C. À l'horizon, une brume flotte au pied du Moyen Atlas.


Marrakech

17:00 heures, nous arrivons à Marrakech. Le chauffeur nous fait descendre devant un hôtel tout neuf, ouvert depuis un mois seulement. Sur le trottoir, des musiciens en djellaba blanche et chapeau blanc et noir, nous accueillent au son des tambours, longues trompettes et castagnettes métalliques. Dans le hall magnifiquement décoré, une hôtesse nous remet une rose et un hôte nous sert le thé à la menthe accompagné de petits gâteaux.

Nous avons à peine le temps de passer à la chambre, qu'il faut déjà partir pour la place Jamaa al Fna. Hassan tient à nous y conduire particulièrement aujourd'hui puisque c'est jour de marché et qu'un grand nombre de marocains y viennent festoyer.

Avant d'arriver, il nous met en garde. Parmi la foule, il faudra être prudent et rester en groupe. Une large place encombrée de kiosques variés, grouille littéralement de gens qui s'agglutinent autour d'un charmeur de serpent ou un avaleur d'herbes qui crache de la fumée ou des BBQ servant de la tête de mouton ou de la rate farcie. Des odeurs de saucisses, de brochettes de foie de veau, de frites, de poisson, tout cela couronné par des volutes de fumées embaument agréablement cette atmosphère électrique. Parmi la foule, des porteurs d'eau se faufilent, des autobus se fraient un passage et des mobylettes font du slalom.

Une foule de 5,000 à 10,000 personnes peut se rassembler ici dans les moments de grand achalandage. Nous y retrouvons des musiciens, des acrobates, des diseurs de bonne aventure, des tireuses de tarot, une raconteuse d'histoires et même l'arracheur de dents ainsi que le surprenant poseur de dentiers.


Un exhibeur de singes tente de me mettre un de ses protégés sur l'épaule. Plus rapide que lui, j'ai déjà fait le tour de mon mari pour me cacher de cette bestiole. Je n'ai pas envie que ce nerveux personnage m'égratigne le cou avec ses ongles aiguisés.

Soudain, quelque chose saute devant moi, je crie. Une jeune femme portant à bout de bras des chapeaux de paille, s'est plutôt élancée pour me les vendre. Désolée de m'avoir effrayée, elle s'éloigne sans insister. D'autres petits vendeurs peuvent vous offrir des poignards à 3 dirhams, ils les fabriquent à partir de boîtes de sardines, il faut tout de même le savoir avant d'acheter.

De 200 à 300 personnes se rassemblent autour d'une arène de boxe improvisée. Autour de la grande place, des kiosques d'oranges, d'amandes fumées que l'on vous sert dans un cornet de papier, un vaste stationnement de vélos et de mobylettes ceinture le marché, des cafés terrasses et de nombreuses boutiques et maisons y ont pignon sur rue.

Hassan nous invite à monter sur le toit d'un glacier d'où nous aurons une vue imprenable sur le tableau vivant. Les consommations sont de rigueur sur ce restaurant-terrasse.

Mon mari et un autre compagnon de voyage retournent parmi la foule afin de s'imprégner plus profondément de cette atmosphère trépidante. Les autres descendent sur le trottoir attendre l'autobus. Pendant ces quelques minutes, des vendeurs nous sollicitent de toutes parts. Voilà les deux gars qui reviennent à temps. Il était moins une puisque de gros nuages menacent d'éclater, ils sont plutôt larmoyants, ... pas les gars.

Les vacances s'écoulent rapidement, nous sommes déjà le 10 avril. Dans chacune des villes que nous avons visitées, chaque médina se révèle sous des aspects bien spécifiques, celle de Marrakech est emmurée à l'intérieur d'un rempart de 12 km datant du 11e et 12e siècle. Les vastes jardins Aqdal se composent d'oliviers, de poiriers, de grenadiers et de palmiers dattiers plantés à cette époque. Marrakech possède une mosquée en plein air, un minuscule édifice blanc surmonté d'un dôme et creusé d'une niche devient le centre de prières devant lequel les pèlerins s'agenouillent pendant la fête du sacrifice. Chaque famille apporte son tapis et spécialement pour cette occasion elle égorge un mouton. Occasionnellement, nous apercevons une petite construction blanche, carrée au toit rond sur un terrain vague, c'est un marabout dédié à un saint.

Marrakech est l'une des quatre villes impériales du Maroc. Elle se caractérise par ses murs ocres. Dotée d'une vaste palmeraie, le paysage surprend par ses arbres majestueux qui se découpent sur les montages de l'Atlas aux sommets enneigés. Au début de la visite, nous avons pris avec nous le guide local en djellaba blanche et chapeau rouge. Il nous raconte comment les berbères ont créé un ingénieux système de canalisation pour acheminer l'eau vers la ville. L'eau a été captée dans le Haut Atlas, à cinquante kilomètres de la ville, dans la nappe phréatique d'Admate, vers le XIIe siècle. Les bâtisseurs de l'époque, selon une technique dont on trouve des vestiges ailleurs au Sahara, ont creusé une série de puits, quelques centaines, reliés par des souterrains. L'eau de l'Atlas refait surface à Marrakech, pour former la splendide pièce d'eau des Berbères, la Ménara. Ce bassin de quatre mètres de profondeur, deux cents mètres par cent quatre-vingts, est entouré d'un balcon de promenade et doté d'un joli pavillon de réception. Ce bassin fournit l'eau à des jardins et des plantations qui couvraient 40,000 hectares. Ici aucun vent ne vient troubler l'image du pavillon qui se reflète sur la surface sombre.

L'importance de la ville est une conséquence de sa position géographique. Ici se rencontrent le Nord et le Sud du pays. Le Sahara est tout proche et l'océan Atlantique n'est guère lointain. De nombreuses routes s'y croisent et mènent aussi bien à Agadir qu'à Casablanca, Fès, ou Meknès. Bien plus, Marrakech est tournée vers la montagne tout en s'ouvrant par le Tizi n'tast et Tizi n-tichka sur le Sahara.

Mais Marrakech c'est aussi une ville à l'histoire très riche. Pendant longtemps, elle a eu le privilège de donner son nom au pays tout entier. Sa fondation remonte, probablement, à l'an 1070. Abou Bakr le chef almoravide y a fait construire une Casbah (Qsar Lahjar) dont les ruines ont été retrouvées au Nord de l'actuelle Koutoubia.

Sous différentes dominations, la ville connaît la prospérité et la déchéance. Au fil des siècles, elle perd son identité et en retrouve une autre. Les Saâdiens restituent à Marrakech sa fonction de capitale. Un grand moment de l'histoire de Marrakech commence. De nombreux monuments luxueux y sont édifiés. Les diverses activités traditionnelles de la ville reprennent et s'intensifient. Son rayonnement s'amplifie.

Les sultans Alaouites ne résident que temporairement et occasionnellement à Marrakech. On leur doit cependant de nombreuses réalisations qui font le prestige de la ville : le palais de la Bahia, Dar Si Said... on leur doit également de veiller à la restauration des monuments dont dispose la ville. S.M. le Roi Hassan II qui a, pour Marrakech, une affection particulière, y séjourne assez souvent. Il s'est engagé à l'embellissement de la ville ainsi qu'à son développement économique et social. Depuis son accession au trône, le roi Hassan II a doté la ville d'équipements et d'infrastructures de grande qualité.

Le minaret de la Koutoubia fait la célébrité de la mosquée du même nom, sa construction remonte à l'époque almohade au 12e siècle et rappelle la tour Hassan. C'est d'ailleurs l'oeuvre hispano-mauresque la plus parfaite et la plus ancienne de Marrakech. Le minaret a 77 mètres de hauteur totale et 13 mètres de côté.

À peu de distance de la Koutoubia, voici la place Jamaa Al Fna que nous avons préalablement visitée. Elle se situe entre la médina et la Koutoubia. Elle constitue le véritable centre de la vie urbaine dans ses multiples manifestations. L'animation y est constante.

La porte Bab Agnaou frappe par sa beauté. Elle fait partie de l'enceinte almohade construite par le sultan Abdelmoumen en 1150. Elle donnait accès à la Casbah édifiée par Yacoub Al Mansour. Son architecture et sa décoration en font par leur richesse et leur finesse un bel exemple de l'art militaire maghrébin. Après avoir franchi la porte, se dresse à droite la mosquée de la Casbah dite aussi El Mansouria du nom de son bâtisseur.

À droite de la mosquée, une impasse donne sur la porte d'accès aux tombeaux saâdiens. Cette nécropole date du XVIe siècle. Le prince saâdien Mohammed Ech Cheikh y repose depuis 1557 et ensuite suivront ses descendants. Moulay Ismail le Sultan Alaouite, ordonne d'entourer ce monument d'une muraille qui jusqu'en 1917 empêchait d'y accéder et le dissimulait au regard. Depuis, ce chef-d'oeuvre de l'art musulman propose sa beauté et sa splendeur à l'admiration des visiteurs. Deux mausolées séparés par un jardin comprennent chacun plusieurs salles. La première est intéressante pour son mihrab. La seconde qui se situe au centre contient la tombe d'Ahmed El Mansour. À ses côtés, reposent son fils et son petit-fils ainsi que d'autres membres de sa famille. Dans la troisième salle se trouverait la tombe de Lalla Messaouda, mère du sultan El Mansour. L'ensemble est indescriptible. L'histoire y est si présente et la décoration si fine et si belle qu'il est impossible de trouver les mots pour en parler avec exactitude et fidélité. L'architecture hispano-mauresque atteint ici un degré de perfection inégalable.


Les Saâdiens révèlent leurs origines africaines du sud du Maroc par leur teint foncé. Nous visitons le palais de la Bahia, connu sous le nom de «Palais resplendissant », construit entre 1894 et 1900. Il comprend une succession d'appartements entourant des patios garnis d'arbres et de fleurs. Chaque appartement est finement décoré. Nous nous attardons dans la chambre d'une légitime, regardons par sa fenêtre grillagée. Elle, 3 autres légitimes et 24 concubines se partageaient la cour intérieure, il ne faut pas oublier la favorite qui jouait un rôle particulier auprès du grand vizir Ba Ahmed.

Ici les murs, les portes et surtout les plafonds impressionnent, en chêne, ils sont peints délicatement de fleurs et d'arabesques multicolores. Une fontaine marque le centre d'un magnifique jardin planté de palmiers dattiers en fleurs, le palmier mâle produit une poudre blanche qui au gré du vent pollenise le palmier femelle. Le palmier voyageur se voit de loin, le palmier royal se reconnaît par son teint foncé.

Le jardin Agdal existe depuis le XIIe siècle, on y retrouve du romarin, les roses du midi, ces citronniers, des palmiers et une grande variété d'arbres fruitiers.

À l'école coranique, notre guide est intarissable. Elle fut érigée par le sultan Mérinide Abou el-Hassan (1331-1349) et est l'un des monuments les plus remarquables de Marrakech.

La première obligation du musulman, croire en Dieu et en Mohamed, pratiquer la prière 5 fois pendant la journée ou le soir à la mosquée et se soumettre au jeûne du Ramadan, c'est-à-dire ne pas manger, ni fumer, ni boire, ne pas avoir de relations sexuelles pendant 1 mois du lever du soleil jusqu'au coucher. À l'exception des enfants, des malades, des personnes âgées, des voyageurs et des femmes enceintes, tous doivent respecter ces règles. Si on ne peut pas s'y soumettre, il faut nourrir 60 pauvres, jeûner pendant 3 mois et donner une aumône, soit un dixième du surplus d'argent qu'une personne gagne pour le donner aux pauvres, aux voyageurs à pied ou aux esclaves. Le Ramadan dure un mois. Celui de l'an prochain aura lieu après 12 pleines lunes.

Le quartier des souks regorge de produits de toutes sortes. Nous entrons dans une pharmacie berbère. Fermer les yeux, c'est un voyage olfactif. Notre hôte nous invite à le suivre dans une pièce étroite garnie de chaises et de bancs adossés à des étagères débordantes de pots. Nous pourrons nous procurer différentes poudres et remèdes tels de la peau de serpent pour soigner les hémorroïdes, de grosses câpres que l'on plonge dans l'eau contre le psoriasis, le ginseng à mastiquer ou à verser dans un jus pour devenir intelligent, la mouche de cantaride contre l'impuissance. Pour les femmes il y a du concentré de roses que l'on dilue dans l'eau pour enlever le maquillage, l'eau de rose contre les cernes, une crème à base de rose contre les rides, de l'huile d'argane contre les rhumatismes, les graines d'eucalyptus que l'on trempe dans de l'eau bouillante contre les migraines et les ronflements, du cumin sauvage contre le cholestérol, du harissa (très piquant), du safran, rashanout (35 épices). Il y a même du rouge à lèvres vert qui, appliqué sur les lèvres, tourne au rouge foncé selon le degré de sensualité de la femme. Ne soyez pas curieux, vous ne saurez pas la teinte qu'il a donné sur moi.


Il fait un soleil superbe, nous sortons des souks. Là, deux porteurs d'eau attendent que les touristes veuillent bien se faire poser avec eux moyennant quelques dirhams. Ils sont magnifiques dans leur costume rouge vif auquel sont suspendues les traditionnelles cuillères dorées. De grands chapeaux à large bord ornés de pompons cachent des visages bronzés et des sourires amicaux.

Nous remontons à bord de l'autobus qui nous reconduit à la porte de notre hôtel. L'après-midi est libre. Nous en profitons pour magasiner sur la rue Mohammed V. Nous gravissons les escaliers qui montent sur le toit terrasse de l'hôtel Renaissance. La vue est splendide, la rue Mohammed V s'étire longuement, où se recoupent de nombreuses rues bordées de blocs rouges, de minarets qui pointent vers le ciel. À l'horizon, la chaîne de l'Atlas est estompée par un fin brouillard, des nuages noirs rendent ce tableau irréel. comme si une immense fresque sur 360 degrés se déroulait tout autour de nous.

Nous nous préparons pour aller souper à l'extérieur. Ce soir, nous aurons droit à la Fantasia chez Ali. La pluie tombe pendant notre trajet vers la palmeraie de Marrakech. Un magnifique ensemble de murs, de tourelles avec dôme, le palais des mille et une nuits nous accueille. 600 visiteurs arrivent aux portes des murs. Des chevaux berbères poussés au galop par leur cavalier sortent de l'enceinte, ils s'immobilisent en deux lignes pour former une haie d'honneur pour nous souhaiter la bienvenue.

À l'intérieur, c'est le dépaysement total, une cascade en forme de gigantesque cobra royal coule à flot, à gauche, la caverne d'Ali Baba gardée par un garde mesurant pour le moins 7 pieds. Des jeunes filles vêtues selon leurs origines tribales nous sourient, elles représentent les mariées des différentes villes impériales.

Avant de passer sous les immenses tentes, nous longeons l'arène où sera donné le spectacle. Nous prenons place à des tables pouvant accueillir de 6 à 8 personnes, assis sur des banquettes garnies de coussins ou des chaises basses.

Au cours du repas, ddes groupes folkloriques dansent et chantent autour des musiciens et passant près des tables, les jeunes danseuses invitent les touristes à se joindre à elles. Mon mari ne se fait pas prier pour s'exécuter. Un mélange de tambourins, de médailles qui tintent sur de magnifiques costumes et les cris stridents du désert, nous transportent au coeur même d'un oasis parmi les gens du désert.

Après le repas, la Fantasia se prépare. Des chameaux surmontés d'une nacelle invitent à la promenade, les lumières se tamisent, les murs prennent des couleurs sombres, des hennissements emplissent l'air.

Une troupe de cavaliers se rassemblent au fond de l'arène, entre deux hautes tours apparaît un magicien sur un tapis volant directement sorti des contes de fées. La horde de chevaux s'élance à travers l'arène dans un bruit infernal, martelant le sol de bruits sourds et vibrant, levant un nuage de poussière. Les cavaliers, debout sur les étriers, tirent un coup de fusil en l'air, dessinant au-dessus de leur tête, une flamme et une nuée blanche à odeur de poudre, ils s'arrêtent brusquement à l'autre extrémité. D'autres cavaliers rivalisent d'acrobaties. Le plus magnifique des chevaux salue la foule en pliant un genou à terre sous les applaudissements nourris. Un jeune passe sur un âne trottinant sous les rires des spectateurs. Les groupes folkloriques défilent sur la piste et sous des lettres en feu apparaissent les deux mots «Bar Salama ». Une danseuse du ventre, au grand plaisir des messieurs, s'exécute sur une estrade après être descendue de sa monture à bosse.

À la fin du spectacle, les cavaliers se réunissent et saluent la foule. L'un d'entre eux fait tournoyer son fusil et semble le faire pour attirer mon attention, dès que je lève le bras pour le saluer, il brandit sont fusil en l'air dans un geste de grande satisfaction.


L'Atlas

Ce mardi 11 avril, grand départ pour le Sud. Le groupe se divise ici, certains partent pour Agadir et nous pour Ouarzazate. L'autobus a considérablement rapetissé et sans l'intervention de Hassan, le bagagiste chargeait nos valises dans le mauvais. De quarante et un compagnons de voyage, nous passons à onze. Notre nouveau conducteur se prénomme Omar et le mécanicien Abdul. 9:00 heures, nous quittons l'hôtel Myriem. La veille, la pluie est tombée soudaine et abondante à certains endroits accompagnée d'un peu de grêle. De grandes mares de boue rouge traverse la route sur plusieurs centaines de mètres.

Sur les collines et le long de la route, les abricotiers, les oliviers et les tamarès (arbre qui ressemble à un pin) profitent des grands espaces pour gober les rayons de soleil et boire la nappe d'eau.

Les collines grossissent pour devenir de longues pentes verdoyantes du côté droit de la route et à gauche, l'aridité du flan de montagne, camoufle presqu'à merveille un minuscule village berbère né de la même terre et sans électricité. Un marché hebdomadaire grouille de gens arrivant des villages voisins pour vendre leurs animaux. Ils s'entassent à l'intérieur de murs de pisé, pataugeant dans la boue. De profondes ornières se sont creusées dans le sol sous la force de l'orage. De nombreux ânes ont été abandonnés temporairement le long de la route, attachés là jusqu'au retour du maître. Les gens préfèrent faire du pouce pour se rendre au marché, c'est plus rapide ainsi. Dans les villages que nous traversons, certains ont l'électricité et parfois même des antennes paraboliques qui desservent toute une population. Nous traversons un bois de thuyas.


Plus nous grimpons dans la montagne, plus la température descend. Les flans ocres n'offrent à l'oeil que peu de végétation, les ravins s'approfondissent et réveillent des papillons dans les estomacs sensibles au vertige. La route se dessine en serpentin tout en bas et accentue les virages tout en haut sous un ciel sombre. De grandes nappes de nuages glissent leur ombre sur les sommets et les vallées, frôlant l'horizon et permettant au soleil de jeter un filet de lumière furtif en quelques rares moments.


La température est aux environs des 15 degrés C, elle se rit de nos bermudas et de nos t-shirts. Nous voici au col du Tizntichka qui culmine à 2260 mètres de hauteur, c'est le plus haut col du Maroc entre Taddart et Tiz n Tichka.

Nous faisons une halte de 15 minutes. Claquant des dents, nous entrons dans la seule boutique du coin. Des souvenirs pour touristes, des pierres variées tirées des montagnes sont offertes, transformées en multiples objets tels que canards, jeux d'échecs, statuettes, masques, etc..

Nous pensons fortement ouvrir nos valises pour y récupérer des vêtements plus chauds, mais nous sommes ici sur le point le plus haut de notre traversée, donc le plus froid, si nous tenons bon, dans une trentaine de minutes, nous bénéficierons de la chaleur du désert. Effectivement, le soleil vient doucement nous réchauffer pendant que nous apercevons au loin sur les sommets ce que chez-nous nous avons hâte de nous débarrasser dans notre cour-arrière, même en ce mois d'avril.

En montagne, les gens fabriquent les toits de leurs maisons en thuya, couverts de terre mêlée à de l'herbe. L'été, ils font sécher le maïs sur ces toits. Ils sont pour la plupart pauvres et leurs enfants ne vont pas à l'école.

Ce même circuit que nous faisons depuis Marrakech jusqu'à Ouarzazate, d'autres touristes le font à vélo et d'autres à dos d'ânes.

Nous arrivons au village de Taddart. Un camion de charbon et un autre de bois nous rencontrent. Ici, une barrière s'abaisse pour interdire la route lors de grosses tempêtes de neige. Des charrues inertes attendent la prochaine bordée. À 11:20 heures, il pleut. À 200 mètres plus haut, les sommets sont enneigés. Des femmes croulant sous de lourdes charges de verdure, transportent la nourriture pour leurs animaux.

Le temps de nous dégourdir les jambes, nous profitons de cet arrêt pour fouiner dans la boutique de souvenirs. Nous négocions à un bon prix, un jeu d'échecs en agathe rouge et en malachite, ainsi qu'un petit chameau sculpté en malachite pâle. Le marchand demande d'abord 1,100 dirhams, jouant le jeu de la négociation, mon mari lui fait baisser son prix trois fois jusqu'à nous les céder pour 400 dirhams, soit 50.00$ canadiens. C'est un merveilleux jeu, il ne faut pas hésiter, ça fait partie de leurs traditions, c'est amusant et ça démontre un grand intérêt envers le marocain. Cela dure parfois longtemps pour des nordiques au sang froid comme nous, mais ici il faut vivre au rythme marocain, très lentement.

Ici, c'est la steppe où 130 mm de pluie tombent par année. Ces statistiques changent selon les régions. Par exemple à Agadir, l'accumulation passe à 200 mm, à Casablanca, à 450 et à Fès à 600.

Des policiers debout au bord de la route arrêtent notre autobus, le chauffeur descend et va rejoindre l'un deux à l'arrière du véhicule. Ils discutent très fort et Omar revient avec une contravention pour l'usure des pneus du côté gauche. Pourtant nous venons tout juste de traverser le haut Atlas, les virages serrés me reviennent en mémoire ainsi que les carcasses de voitures rouillées au bas des ravins. St-Christophe nous accompagne sûrement.

La route étroite nous mène à Aït Benhaddou, où coule une rivière de sel, la terre en est également imprégnée. De vastes plaques blanches se dessinent sur la terre rosée, encore du sel. Tout autour, le désert de roches s'éternise. Une vaste Casbah se découpe sur l'horizon. Située du mauvais côté de l'oued Méla, cette casbah se trouve coupée de tout secours lors de forts orages, puisque la rivière salée monte de trois mètres, affublée d'un fort courant, elle devient très dangereuse à traverser.


Du temps des caravanes, elle servait de grenier collectif. Aujourd'hui, sept familles seulement y vivent, en tout quarante-cinq personnes. Leur présence se signale par le linge qui sèche sur une corde improvisée. Une vieille dame assise à même le sol, le regard penché sur un écheveau de laine, n'ose pas lever la tête vers nous.

Cette casbah nommée patrimoine mondial par l'UNESCO a été le théâtre de plusieurs films qui ont été tournés ici comme : La vie d'Abraham, Sodome et Gomorrhe en 1958, Laurence d'Arabie en 1963, le Diamant du Nil en 1985. On voit encore le trou dans le mur d'enceinte qu'a laissé l'avion que Michael Douglas pilotait dans ce dernier film.

Les murs sont faits de torchis, un mélange d'argile et de paille, le mélange de pisé est lui confectionné d'argile, de pierre et d'eau. Les amandiers, les figuiers, les grenadiers, l'orge et le maïs font partie des productions locales.

Dans les ruelles en pente de la Casbah, nos pas glissent sur les pierres lisses, le soleil s'infiltre en reflets chatoyants sur les murs rouges. Une visite dans une maison nous permet de constater le grand dépouillement dans lequel vivent ces habitants. Il n'y a pratiquement rien, pas de cuisinière, mais plutôt un four en terre, parfois un réchaud à gaz et quelques chaudrons pour une cuisine moderne, aucun meuble. Des chèvres vivent dans la pièce voisine.


Notre guide local Hamed porte le turban bleu des Touaregs. Soumis aux tempêtes de sable, ces hommes se protègent le visage en le voilant d'un foulard bleu dit de Mauritanie, prolongement du turban qu'ils portent sur la tête. Le visage des hommes bleus se colore de cette couleur non pas parce que le tissu a déteint sur leur peau mais bien parce qu'ils s'enduisent le visage de nila, produit qui protège du soleil et qui éloigne les mouches par son odeur forte.

Une femme âgée approche discrètement notre groupe et quête des aspirines pour ses maux de tête. André, qui se trouve à côté d'elle, lui donne des tylénol. Dans ce bout de pays reculé, la pharmacie la plus proche n'est pas au coin de la rue, d'ailleurs, il n'y a pas de coin de rue, il n'y a tout simplement pas de rue du tout.

Autour de nous le désert est une hamada (plateau rocheux dans les régions désertiques du Sahara) au contraire d'un erg (région couverte de dunes).


Après notre repas du midi, nous continuons sur une route cernant un ravin, coupant le flan de la montagne, apercevant au loin la prochaine étape et ensuite regardant en arrière le trajet déjà parcouru. Il est époustouflant ce paysage aride, il est impressionnant ce mélange de pentes abruptes aux teintes nuancées d'ocre.


Ouarzazate

Nous atteignons enfin Ouarzazate. Cette ville date du début du siècle, elle compte 50,000 habitants. Située en plein désert, elle est la troisième plus grande ville touristique du Maroc.

L'autobus nous dépose au « Berbère Palace », hôtel cinq étoiles. Sous les extérieurs d'une gigantesque casbah, nous découvrons une réception dont la décoration en jette plein la vue tant par son luxe que par son modernisme, rien à voir avec tous les autres hôtels où nous avons séjourné même pas le Myriem de Marrakech, pourtant tout neuf.

Les chambres sont réparties en une succession de maisonnettes rattachées les unes aux autres. Pour nous rendre à la nôtre, nous empruntons un trottoir de pierres imbriquées rouges longé de fleurs, d'arbustes, de fontaines et de lumières. Chaque unité est dotée d'une vaste salle d'eau magnifiquement décorée, d'une toilette isolée derrière une porte, de deux grands lits, de portes-fenêtres donnant sur un étroit jardin intérieur cerné d'un haut mur de ciment.

À la salle à manger, le luxe, la décoration nous impressionnent. Le buffet alléchant et rehaussé de magnifiques pièces montées tient majestueusement une large place au centre. Que dire de la table des desserts, les demoiselles de notre groupe se précipitent immédiatement se délecter des yeux de toutes ces friandises dont nous sommes privées depuis le début du voyage, cela changera du fruit de la saison.

Il y a tant de diversité que nous ne savons pas par quoi commencer. Une salade, des légumes en entrée, ensuite un poisson, du riz, une sauce rouge, etc., chacun y va selon son goût et son appétit. Ouf ! la sauce rouge me met les papilles en feu, mais qu'est-ce que c'est? Harissa, vite de l'eau pour éteindre, oh non ! essayez plutôt du lait, ce sera plus efficace.

Adjacente à la grande salle à manger, se trouve la piscine, vaste plan d'eau coupé d'un minuscule îlot avec un palmier, rappelle le style romain. Il est rempli à ras bord, reflète de grandes colonnades blanches De longs bancs ornés de céramiques bleues, et couverts de coussins attendent les baigneurs tout au fond d'une esplanade ornée d'arbres et de fleurs. Le château des mille et une nuits de mes rêves comprend un endroit comme celui-ci.

Nous marchons lentement vers notre chambre, la main dans la main, humant l'air qui embaume des différents parfums de fleurs. Nous nous laissons porter par la douceur de la nuit, la fraîcheur et la tiédeur que de fines gouttelettes de pluie ont laissé s'échapper après s'être accrochées sur les jardins.


Vallée du Dadès

Près de Ouarzazate, les maisons ornées de motifs berbères tout en haut des murs sont spécifiques à cette région. La Vallée du Dadès, produit des abricots, des pêches et des amandes, les roses (Baldi) y sont florissantes. L'eau de rose distillée dans cette région en a fait sa renommée. La fête des roses en mai (El-Kela â) couronne la période de la cueillette.

La célébrité de la Vallée du Dadès tient à ses casbahs. Nombreuses, celles-ci perpétuent le souvenir des luttes d'influence dont la vallée a constitué l'enjeu.

Près de la casbah d'Améridil, l'autobus s'arrête sur le côté de la route. Hassan nous invite à visiter une maison marocaine typique du sud. En bons touristes, nous nous dirigeons vers la porte à quelques 500 mètres de la route. Nous saluons timidement la femme qui puise de l'eau au puits. Un jeune homme mince au teint foncé nous invite à entrer. Il nous indique tout aussi timidement un escalier où nous montons. Celui-ci donne accès au toit en terrasse inondé de soleil. Elle surplombe la vallée qui s'étend tout autour. De cette hauteur, nous apercevons le village au loin. Au bas de l'escalier, une chambre dont le sol se couvre de tapis s'ouvre devant nous. Au milieu de la maison, une ouverture dans le toit laisse entrer les rayons de soleil qui alimentent un petit jardin intérieur. D'autres pièces semblent s'ouvrir sur ce minuscule jardin. Nous passons devant une dame âgée qui tient dans ses bras un bébé d'environ un an, puis nous sortons de la maison.


Mon mari veut photographier le bébé, mais ce dernier, au moment du déclic, tourne la tête. Le jeune homme me demande en baissant la voix, s'il peut avoir la photo. Je lui demande son adresse et il l'inscrit dans mon carnet de notes. Je lui enverrai plus tard la photo de son garçon. Depuis cet envoi, nous correspondons toujours. Son bébé se nomme Yaoub âgé d'un an (bientôt 5 ans), il est dans les bras de sa grand-mère. Mohamed m'a envoyé des photos de deux casbahs, celle d'Améridil appartenant à ses grands parents où il a vécu des souvenirs inoubliables comme il me l'a écrit et de la casbah Skoura, majestueuse par son architecture.

Nous remontons à bord de notre véhicule et Hassan nous alimente encore en informations de toutes sortes. Les animaux sont ici une source importante de revenus. Le cuir de chèvre et celui du chameau sont de bonne qualité mais le meilleur est celui de mouton. Le dromadaire est utile pour son poil, son cuir, son lait et même sa viande. Pour favoriser les cultures, l'état plante dans le désert du fourrage pour les animaux, ces cultures sont irriguées par des citernes.

D'autres maisons d'argile rouges bordent la route. Nous traversons un village qui s'étend en longueur. Des femmes croulent sous les ballots d'herbe pour les animaux, c'est leur travail, les hommes ne le font pas. Nous sommes à Boumalen du Dadès, ce village est connu pour son souk du mercredi et comme nous sommes mercredi, de nombreuses gens se rassemblent. D'ailleurs le stationnement est plein de ....mulets et d'ânes qui attendent que le maître revienne de ses emplettes.

Sur le chemin de Tinerhrir se trouve une mine d'argent. Ici le paysage change, des plateaux volcaniques accidentent la monotonie du désert. Noirs et plats, ils ne sont plus en activité depuis longtemps. De petits animaux indésirables peuplent cette région, comme le scorpion jaune qui pique, Hassan l'a d'ailleurs été à trois reprises. Sa morsure n'est pas fatale mais celle du scorpion noir l'est. Les serpents y règnent également mais ils ne sortent que lorsqu'il fait très chaud. On retrouve aussi des iguanes, des chacals et des renards du désert.


Gorges du Todrha

En route pour les gorges du Todrha, nous passons sur une rue en terre jaune, bordée de maisons rouges d'argile. Une fillette s'accroupit sans gêne sur le côté de la route pour uriner dans le sable comme un chat. Devant nous, des falaises rouges se dressent majestueuses et imposantes. L'autobus traverse un filet d'eau qui coule sur un lit de roches arrondies. Nous débarquons et continuons à pied en longeant le ruisseau qui coule entre les falaises resserrées. Elles comptent environ 300 mètres de hauteur. Sur la paroi au soleil, des alpinistes évoluent lentement vers le sommet.


Au fond de la gorge, adossé à la paroi rocheuse, un restaurant nous attend pour le dîner sous une tente en poil de chèvre. Le mobilier sous l'immense toile noire, le soleil qui éclaire entre chacune des mailles du tissage, les falaises imposantes, le sentier de terre et de roches, le ruisseau qui bouillonne, tout respire le désert. Un vieil homme aux traits foncés, aux rides profondes, s'appuie sur un bâton et sur une roche. Il aime se faire photographier et remercie pour les dirhams en découvrant un sourire édenté.


Nous remontons dans l'autobus et atteignons Ouarzazate vers 18:00 heures. Avant d'aller souper, nous marchons lentement dans les jardins entourant les chambres. Au coucher du soleil, les fleurs et la verdure prennent des teintes douces et l'air se charge de voluptueuses fragrances.

Jeudi, le 13 avril, nous avons une bonne journée devant nous. Nous devrons parcourir 200 km pour nous rendre à Zagora. Nous roulons dans la vallée du Draâ, celle-ci se caractérise par tout un chapelet d'oasis s'étendant sur plus de 200 km. À l'ombre des figuiers, des grenadiers et des palmiers se développent des cultures aux couleurs luxuriantes. Nous apercevons une tente noire de nomades. Des chèvres paissent nonchalamment tout autour, un jeune enfant garde le troupeau. Il existe que très peu de nomades aujourd'hui.

Nous arrivons à Agdz. Hassan invite ceux qui le désirent à visiter le souk hebdomadaire où déjà une foule d'habitués est assemblée. Les hommes s'affairent autour de comptoirs offrant une variété de produits alimentaires, des tissus, des articles de cuisine et même des cassettes de musique. La majorité des gens ici ont le teint très noir trahissant leur descendance d'esclaves africains.


Sur une grande toile grise étalée à même le sol, une pyramide de dattes attend l'acheteur potentiel. Plus loin, un vendeur offre diverses épices, safran, curcuma, harissa et bien d'autres. Sur de larges plateaux, elles s'élèvent en cônes. Chez-nous une telle quantité de cumin coûterait bien une centaine de dollars au moins, sinon plus. Le vendeur en prend une petite quantité et la dépose dans le creux de sa main. Il frotte vigoureusement ses paumes ensemble et nous fait sentir une envoûtante odeur ravivée.

Je porte mon regard sur le paysage qui nous entoure, un début d'oasis verdoyant prend naissance au-delà des murs du marché abritant des palmiers dattiers et des lauriers sauvages aux fleurs roses.

Nous voudrions nous attarder plus longuement, le temps de parler aux gens, de les regarder vivre mais nous sommes minutés. La visite continue vers Zagora.

Un palmier dattier peut produire de 40 à 50 kg de dattes. Une usine d'emballage de dattes est installée à Zagora.


Sur une grande pancarte, nous pouvons lire « départ des caravanes vers Tombouctou, 52 jours ». Cette phrase est accompagnée d'une série de dromadaires et d'un Touareg prêt à nous guider. Dans l'oued Draâ, des lavandières sont courbées sur l'onde et frottent vigoureusement des vêtements enduits de savon, pendant que d'autres suspendent aux branches des arbres la lessive déjà propre.

Nous dînons dans la casbah Ammazzrou, convertie en hôtel, le As'maa. Nous nous installons sous une tente berbère, nous profitons ainsi de la magnifique température douce et sèche. L'édifice principal de la casbah s'entoure de superbes jardins de fleurs dont les roses y tiennent une place d'honneur.


Tamegrout

À Tamegrout, nous entrons dans une bibliothèque où sont conservés précieusement de beaux Corans et des manuscrits sur peau de gazelle du XIIième siècle. Des armoires vitrées affichent fièrement environ 4,000 livres. Les sujets sont aussi diversifiés que l'astronomie, l'histoire des caravanes, la médecine, différentes analyses du Coran, l'algèbre, la grammaire et bien d'autres. L'encre utilisée dans les illustrations était celle des moines, une harmonie parfaite des tons de safran, indigo, or et henné.

Au soleil, il doit faire au moins 30 degrés C. Nous, nous trouvons cette chaleur confortable. Il en va bien autrement de notre guide local qui porte six épaisseurs de vêtements. Pour lui, il fait froid. Le mercure peut monter jusqu'à 45 degrés parfois même 50 à l'ombre l'été, donc au soleil, il tape à 60 environ.

Il nous précède dans l'antre des potiers, une cour intérieure où l'on retrouve le tour, le four, une boutique et nombreuses poteries qui attendent d'être traitées. La glaise utilisée est extraite à trois mètres dans la terre, de l'eau est jetée dans un trou, l'artisan fait une pâte de la glaise et de cette eau. Il se sert d'un four à gaz pour les produits destinés à la revente, l'autre à bois sert pour la production locale.

Vers la fin de l'après-midi, nous retournons vers Ouazarzate. La route au pavement étroit n'offre guère d'espace pour deux véhicules qui se rencontrent. Dès que le chauffeur doit dépasser un vélo, un âne, une charrette, une voiture, il klaxonne pour avertir de sa manoeuvre.

Le ciel s'assombrit, de lourds nuages s'amoncellent dans la montagne. Nous allons à la rencontre d'une pluie battante et puis elle s'adoucit. Les pierres de chyste brillent sous les rayons de soleil qui s'infiltrent timidement. De l'eau s'est accumulée sur la route. La luminosité dans les tons de gris et de noirs luisant donne au paysage environnant un aspect irréel.

L'autobus et une voiture passent serrés entre les murailles de pierre. Une certaine inquiétude règne à bord lorsque le conducteur rencontre un autre véhicule. Il entreprend une courbe et klaxonne pour avertir tout autre véhicule qui prendrait ce même virage en sens inverse tellement la visibilité est inexistante. Le chemin zigzague.

Des femmes au bord de la route portent de longues robes noires ornées de médailles métalliques ainsi que des ceintures contrastantes. Elles sont accompagnées de jeunes enfants à la propreté douteuse.

À Ouarzazate même, l'eau s'est répandue en grandes mares dans les rues de la ville. De retour dans notre chambre, nous avons le déplaisir de découvrir que l'eau s'est infiltrée en une mare depuis l'entrée jusqu'au tapis au pied du lit. Nous nous changeons pour le souper et prenons un apéritif dans le mini-jardin intérieur semé d'arbustes et de fleurs, entouré de trois murs de ciment hauts de deux mètres.

Vendredi le 14 avril, nous quittons Ouarzazate à 8:15 heures. Nous visitons la casbah de Taourit, datant du début du 9e siècle, elle fut le palais du pacha Gilaoui. Différente des autres casbahs, elle se caractérise par des motifs dans les tours et autour des toits et au-dessus des fenêtres. Des grillages en fer forgé arrondi ferment les ouvertures. À l'intérieur, la décoration y est hispano-mauresque et les plafonds berbères. Patrimoine mondial, cette casbah fut rénovée par l'UNESCO. Sur son toit un canon d'origine allemande repose là depuis 1884.

Fréquemment sur la route, une boue rouge coule en larges bandes, elle bouillonne sous un fort courant. La route se déroule comme un long ruban gris, droit, parsemé de mirages. Elle emprisonne tout véhicule lointain d'un voile transparent qui disparaît graduellement dès qu'il s'approche de nous. Une mine de manganèse se creuse au pied de la montagne coiffée de blanc.

Un fracas de tonnerre nous fait sursauter. Le conducteur braque son volant à droite et puis à gauche si brusquement que nous avons frôlé nous renverser sur le bas côté de la route. Que se passe-t-il? La partie de droite du pare-brise a éclaté en mille miettes aspergeant Hassan assis sur le premier banc ainsi que deux autres passagers. Omar immobilise l'autobus et nous constatons avec beaucoup de soulagement que personne n'est blessé. Selon Omar, nous avons reçu un gros caillou projeté violemment par le pneu d'une Land Rover que nous avons croisée. Le coupable gît sur le plancher parmi les éclats de verre.

Louise enlève délicatement les petits morceaux de verre qui se sont logés dans la chevelure crépue de Hassan. Une fois les émotions retombées, nous poursuivons notre route. Il fait froid. Le vent s'engouffre généreusement par l'ouverture béante. Nous enfilons des vestes chaudes et Hassan se couvre la tête à l'aide du rideau noir qui pend à la vitre latérale. Nous nous blottissons du côté gauche de l'autobus, l'air climatisé ne se contrôle plus désormais. Comme si ce n'était pas suffisant, la pluie se met de la partie, elle entre par le gouffre pour atterrir jusqu'au deuxième siège.

Nous passons par le col Tizi N' Bachkoun qui culmine entre 1600 et 1800 mètres. Nous y faisons un arrêt technique durant lequel Hassan emprunte un foulard du guide d'un autre autobus arrêté à cet endroit.

Au village de Taznakht, Abdul et Omar achètent du plastique et des lattes de bois dont ils fabriquent un pare-brise de fortune. Pendant ce temps, nous marchons dans les petites rues proches. Une mini-boucherie propose des têtes de boeufs qui reposent à même le sol, la langue sortie. Un vendeur nous offre des bracelets berbères à 100 dirhams qu'il a tôt fait de réduire à 50 dirhams dès qu'il nous voit nous éloigner.

Vers 11:30 heures, nous pouvons repartir. La réparation de fortune résiste difficilement à la poussée du vent. Au centre, une baguette de bois se fendille, alors, le mécanicien la retient fermement en y appuyant une main de fer. Heureusement le soleil perce maintenant, il fait un peu plus chaud à bord.

Bon! voilà qu'il grêle maintenant, pourvu que le plastique tienne bon. De lourds nuages s'amoncellent et menacent. Notre conducteur s'écarte de la voie principale. Sur quelques kilomètres, il emprunte la piste (route étroite et abandonnée, utilisée uniquement par des Land Rovers) évitant ainsi les travaux routiers. On se fait brasser le camarade et la boue rend le trajet un peu hasardeux.

Après le repas du midi à l'hôtel de Talouine, nous sommes témoins d'un spectacle pour le moins inusité. Le long de la route, des arganiers, arbres qui ne dépassent pas cinq à six mètres portent de grosses épines et des chèvres, bien oui ! des chèvres. Elles grimpent sur les branches horizontales et se délectent de l'argan, sorte d'olive dont la pulpe est nourrissante.

L'argan est avalé par les chèvres, les chameaux et les bovidés au pâturage. La pulpe est digérée. Le noyau rejeté est recueilli par les indigènes qui de l'amande extraient l'huile d'argan, d'une couleur brune, d'une saveur peu agréable. Si on vous offre de l'huile d'argan pour accompagner votre repas, vous saurez au moins d'où elle provient.

Le soleil luit de mille feux, aucun nuage dans un ciel magnifiquement bleu, pourtant un bruit suspect nous laisse croire qu'une pluie s'abat dans le pare-brise. Ce n'est pas du tout la pluie qui fait ce bruit, ce sont des centaines d'abeilles qui folâtrent gentiment dans les orangers en fleurs faisant la navette d'un côté à l'autre de la route. Je n'ose pas imaginer le scénario sans le plastique protecteur.


Taroudant

Voilà Taroudant, ville de 80,000 habitants. Elle date du 16e siècle. Neuf kilomètres de remparts la cernent. Elle fut nommée le petit Marrakech. Elle a conservé un très très beau Palais reconverti en hôtel agrémenté de bananiers et d'orangers.

Dans les jardins intérieurs luxuriants, une foule impressionnante de touristes déambule. Les femmes voilées que nous rencontrons portent des tissus turcs drapés à la façon des indiennes, au contraire de la plupart de celles que nous avons vues en caftan.


Agadir

Enfin le bout de la route, nous débarquons bien volontiers à l'hôtel Adrar, près de l'hôtel Sahara où notre groupe se divise de nouveau. Il est venu le temps de remercier Hassan, de le féliciter pour son excellent travail, de son aide et de lui verser un pourboire de 200 dirhams et à notre chauffeur Omar, 45 dirhams pour nous avoir menés à destination sains et saufs.

Nous nous empressons de récupérer nos valises et de monter à notre chambre. Les vêtements suspendus ou rangés dans les tiroirs, nous pouvons enfin enfiler des tenues plus estivales, que dis-je, de plage. Au cours de nos visites, il convenait de porter des vêtements seyant plus particulièrement pour une gazelle, jupe longue ou pantalon, blouse à manches longues ou aux coudes, sans décolleté et pour les messieurs, pantalons longs et chemises.

Les jardins qui encadrent la piscine charment par les couleurs variées des buissons en fleurs qui embaument. Par la grille-arrière, nous rejoignons l'allée qui mène à la plage. Le soleil couchant étire de longues ombres élancées sur une large plage déserte. Nous nous rendons à l'hôtel Oasis où les piscines et les jardins rivalisent de beauté. Sur les trottoirs timidement éclairés, des marchands emballent leurs produits artisanaux et démantèlent les kiosques de vente itinérante.

Samedi déjà, le temps file. Autour du buffet, les affamés s'activent devant des mets appétissants. La journée s'annonce chaude et sèche, nous descendons à la plage. Il vente à écorner les boeufs. La température de l'eau nous rafraîchit et le sable colle à la peau. Nous devons malheureusement nous baigner séparément, puisqu'il serait téméraire de laisser nos effets sans surveillance. Nous flânons les pieds dans l'eau fraîche et marchons le long de la grève. Au retour à l'hôtel, près de la piscine, nous nous allongeons à l'ombre d'un jacaronda chargé de fleurs mauves.


Mon mari veut tenter une nouvelle expérience en louant une moto de trail Yamaha 125. Pour cette location de 9:30 heures à 12:30 heures, il en coûte 150 dirhams. Il enfourche l'engin, écoute les conseils du locateur et fait un petit tour, histoire de se sentir à l'aise. Il n'a jamais conduit de moto, sauf une mobylette à Cuba. Je monte derrière lui, non sans réticence. Es-tu sûr de toi ? D'un ton qui se veut rassurant : Oui, oui pas de problème. Dois-je le croire ! Il emprunte l'avenue Mohamed V, il s'arrête pour laisser passer un peloton d'une trentaine de cyclistes qui compétitionnent et se dirige vers le terrain de golf du Club Med.

Le sable tourbillonne violemment autour de nous jusqu'à rendre la visibilité presque inexistante. Mon mari hésite à continuer, mais ça se calme un tantinet. À l'entrée du terrain de golf, deux gardes surveillent les allées et venues et contrôlent une barrière. Nous passons devant eux et stationnons la moto près du « Club House ».

Un magnifique terrain, planté de palmiers et d'arbres du voyageur déroule sa verdure sous les pas d'heureux golfeurs accompagnés d'un caddy. Ce club sélect n'utilise pas de voiturettes, les joueurs ont recours à de jeunes hommes pour transporter leurs sacs.

Nous rapportons le véhicule intact et à la facture d'essence de 50 dirhams que le locateur veut nous charger en surplus, il doit se contenter de seulement 10 dirhams.

Un deuxième après-midi à la plage, nous fait le plus grand bien. Las de nous faire rôtir des deux côtés, une promenade en chameau nous intéresse. Nous donnons 15 dirhams au chamelier qui incite déjà sa monture à s'agenouiller dans le sable fin. Le chameau se redresse en dépliant ses deux pattes de devant qui me propulse vers l'arrière et puis se redresse de toute sa hauteur impressionnante. Il se balance au pas, me ballottant d'avant en arrière en un mouvement lent et nonchalant. Après quinze minutes, l'animal exécute de nouveau la manoeuvre d'atterrissage en gîtant sèchement de l'avant et puis sombrant de l'arrière. Autour de mon mari de vivre les sensations que Kisto, cet animal étrange, provoque chez les non-initiés.

Sans crier gare, le chamelier me plaque les rennes du chameau dans le creux de la main : n'ais pas peur, je vais vous photographier. Pendant qu'il règle l'objectif, je sens sur mon épaule droite le souffle chaud de l'animal qui approche son énorme face de ma tête. Je la repousse vigoureusement, mais elle revient tendrement poser son gigantesque museau près de mon visage. Je ris, ma fossette se creuse profondément dans ma joue droite. C'est parce qu'il t'aime, donne, je m'en occupe. Je reprends l'appareil photo et mon mari peut redescendre de son perchoir. Il charge 50 dirhams de plus, mon mari lui tend un pourboire pour les photos, puis nous quittons la plage.

Libres d'aller et venir, il est bien agréable de décider où nous irons la minute suivante, sans contrainte de temps et de lieu. Paresser, flâner sur le balcon, se prélasser au soleil, marcher à l'aventure deviennent nos seules préoccupations. Quoi de plus merveilleux que le soleil chaud sur la peau, les chants d'oiseaux qui gazouillent dans les arbres, les cactus qui ajoutent un air exotique aux palmiers et bougainvilliers multicolores qui envahissent les jardins.

Nous descendons vers l'hôtel Agadir Beach Club « splendide hôtel de luxe », richement décoré. Il surpasse aisément l'Oasis en beauté.

La nuit noire envahit le ciel, la lune fixe peu à peu son quartier près des étoiles. La marée basse découvre des rochers normalement camouflés sous les vagues lorsque la mer est à son maximum. Un policier surveille la plage presque déserte.

Sournoisement, une femme pousse de la main deux jeunes filles crasseuses vers nous pour quêter, pauvres enfants !

Lundi le 17 avril, nous profitons de l'avant-midi pour faire nos derniers achats. Midi passé, nous descendons à la plage pour profiter des quelques heures qui nous restent pour y cueillir des coquillages. Un vendeur nous accoste. Il veut nous vendre une tunique bleue brodée de blanc, le marchandage commence. L'homme agenouillé dans le sable chaud, insiste, il baisse son prix, on n'en veut pas, il baisse encore, on n'a plus d'argent, il baisse encore, on n'a pas de place dans nos bagages, il baisse encore, mais cette fois, il tient bon : tu m'arraches la nourriture de la bouche, avec quoi vais-je nourrir mes enfants ? À 230 dirhams, il fait encore des profits. Il nous salue aimablement le sourire aux lèvres et s'en va.

À la terrasse du Palm Beach, nous dégustons un délicieux sandwich aux sardines, je n'en ai jamais goûté de meilleur.

Sur le sable chaud, étendus sur nos serviettes, un doux clapotis nous berce, la brise tiède frôle notre peau blanche d'oiseau du nord. Nous sommes déjà restés trop longtemps en plein soleil. Il ne nous reste plus beaucoup de temps pour le goûter. Dans quelques heures, nous devrons nous protéger du froid.

À l'ombre du balcon, nous complétons nos dernières notes en croquant des chips et des olives. Nous évoquons les temps forts de ce magnifique voyage. Nous devons déjà partir. Il nous reste un dernier voeu à réaliser avant de retourner nous emprisonner dans notre hiver canadien. Dans la rue à l'arrière de l'hôtel, nous hélons un taxi et négocions une course aller/retour jusqu'au port. Nous avons droit à un cours d'histoire en prime. En longeant la montagne, le conducteur nous relate les conséquences du tremblement de terre de 1960 qui avait fait 10,000 morts. Il y a perdu sa mère et sa soeur.

Nous arrivons au port. Pour y entrer, nous passons à un contrôle de police. Le chauffeur se dit notre guide, alors on peut entrer aisément. Nous aurions dû venir ici bien avant aujourd'hui. L'activité y est frénétique. Les bateaux ont déchargé leurs cargaisons de calmars, de lottes, de rougets, de barracudas, de crabes et bien d'autres. Autour de la jetée, de 200 à 300 bateaux s'entassent dans le port exiguë. On dirait que les gréements s'entrelacent tant il y a de mâts et de cordages.

Presque entièrement composée d'hommes, cette foule s'active à transiger ses prises, le plus rapidement possible. Dans la rade se trouvent des destroyers qui ont pour mission de patrouiller les eaux territoriales. Ils surveillent les bateaux qui contreviennent aux règlements de la pêche en haute mer, tels que pêcher dans les eaux peu profondes où les poissons fraient.

Nous revenons à notre taxi, une mercédès bleue poudre, aux sièges en velours bleu royal. Il y fait une chaleur de sauna. Le velours couvre également le tableau de bord découvrant uniquement les cadrans. Ahmad met en marche cette trottinette brinquebalante qui rote sur les lumières rouges. La transmission manuelle grince et des bruits étranges accompagnent la radio de service qui crache en arabe. Il nous mène quand même à bon port...à l'hôtel.

À notre tour de nous affairer frénétiquement à ... boucler les valises. Non sans peine, nous fermons le tout, les souvenirs en plus.


Ce soir, nous aurons droit à notre dernier souper en terre marocaine. Une grande partie de la troupe s'y trouve. Certains paradent fièrement un bronzage évident, d'autres tentent de cacher les rougeurs du soleil qui a mordu trop fort les peaux délicates.

Un groupe folklorique s'exécute pendant que nous nous ravitaillons au buffet. Trois femmes vêtues de voiles rouges, dansent sur la musique que produisent deux hommes à l'aide d'une guitare, d'une scie à fer et des baguettes sur une casserole renversée.

Levés tôt, nous partons pour l'aéroport. La ville dort encore, un ciel de carte postale s'éclaire peu à peu. Il ne faut que quinze minutes pour atteindre l'aéroport Al Massila. Ouvert depuis trois ans seulement, il dépasse aisément en beauté ceux de Montréal, mais pour aller aux toilettes, il faut se prémunir de dirhams et donner un pourboire.

Nous montons à bord de l'autobus qui nous conduit à l'avion sur la piste. Nous quittons les 20 degrés C qu'il fait à Agadir pour terminer notre voyage sur une piste enneigée sous un 5 degrés C à Montréal.

francine_poisson@yahoo.ca


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