Musique : "Sous le ciel de Paris", par Michel Legrand

Voyage à Paris

Paris du 30 juin au 5 juillet 1992

J'ai hâte d'aller chercher mon mari à 16:00 heures, à son lieu de travail, pour lui annoncer la bonne nouvelle. Je pourrai l'accompagner lors de son voyage d'affaires à Paris. L'étape des réservations pourra être amorcée illico. Venez-vous avec nous?

Mon mari est aussi excité que moi. La première chose que l'on fait en arrivant à la maison, c'est de sortir nos passeports et là ça sent vraiment le voyage. Comme le départ est fixé au 30 juin, nous n'avons pas de temps à perdre.

Air Canada, sur 747, vol 890, départ à 23:45 heures de l'aéroport de Mirabel, nous sommes là, attendant patiemment l'appel pour l'embarquement parmi des centaines d'autres passagers.

Le voyage se passe en douceur et comme notre arrivée est en avance de quinze minutes, nous devons attendre ce même temps pour que l'autre avion d'Air Canada déjà stationné, libère l'accès au terminal.

Nous découvrons au centre du terminal des tapis roulants montant ou descendant couverts de dômes de verre qui s'entrecroisent et semblent nous transporter dans le futur. Un haut-parleur crie les numéros de vol et où les passagers de ces vols peuvent retrouver leurs valises. Pour le nôtre, il est complètement dans les patates, ce n'est pas du tout le numéro qu'il a annoncé.

Ce n'est pas facile de s'y retrouver dans cet encombrement créé par les voyageurs qui arrivent de tous les pays du monde. Du mouvement, ce n'est pas ce qui manque ici.

Nous prenons un taxi pour le Madeleine Plaza. L'autoroute, la circulation, le paysage, les abords de la voie rapide, ressemblent en tout point à une grande métropole comme Montréal. Plus nous approchons du centre de Paris, plus la circulation s'intensifie. Enfin arrivés à notre hôtel, mon mari paie la course au chauffeur, 136 FF, soit 36.00$ canadiens.

Le Madeleine Plaza, hôtel trois étoiles, à la façade blanche et étroite, coincé entre le café de la Madeleine et le marchand de vin chez Nicolas, n'affiche pas ses trois étoiles par son apparence extérieure.

Pris entre un divan d'âge mûr, nos valises et la réception, mon mari nous enregistre en attendant la femme de chambre qui s'occupera de nos bagages. Une femme menue, vêtue d'un sarrau bleu poudre, de son fort accent, nous invite à la suivre.

Mon mari s'empare de la valise la plus lourde et derrière elle, nous nous engageons dans l'escalier tournant jusqu'au premier étage où elle installe tous nos effets dans un minuscule ascenseur. Après s'y être entassées toutes les deux, il n'y a plus de place pour lui. Il monte donc à pied. Il arrive même avant nous pour nous ouvrir la porte au troisième étage.

Cet ascenseur a sûrement autant d'âge que l'immeuble, en bois très foncé, il n'est éclairé que par une faible lumière et la largeur de la porte ne pourrait pas permettre à une personne obèse de s'y aventurer tellement elle est étroite.

La femme sort de sa poche une énorme clef qu'elle fait tourner dans la serrure et poliment, elle s'écarte pour nous laisser entrer. Des lits jumeaux aux couvre-pieds bosselés, laissent deviner l'état des matelas. Les murs hauts de dix pieds couverts d'une tapisserie d'un beige douteux a à quelques endroits des réparations de plâtre en ébauche. Deux immenses portes-fenêtres sont habillées de plein jour d'un blanc tout aussi douteux et sont recouvertes de lourdes tentures de velours brun foncé. Entre les deux fenêtres, il y a un calorifère en serpent. Une petite table et deux chaises, style chalet, côtoient une garde-robe en bois qui sent un peu le vieux presbytère.

J'ai comme la frousse de découvrir la salle de bain. De couleur bleue, un bidet, un bain très profond et étroit, un mini-lavabo et la toilette cachée dans un coin, malgré leur âge avancé, brillent de propreté. Une douche téléphone est enroulée autour des robinets vieillots. Il n'y a aucun rideau de douche et une longue fenêtre au carrelage givré, s'ouvre sur la rue après avoir tiré vers le haut, la tige de métal incrustée dans le bois de la tablette. A bien y penser, nous ne serons pas si mal ici. C'est comme si cette grande dame âgée qu'est Paris commençait lentement à m'apprivoiser, moi la petite sauvageonne du nouveau continent.

Nous ouvrons une des deux portes-fenêtres pour y découvrir une vie trépidante, extrêmement bruyante, excessivement vivante et vibrante. Il faut dire que nous sommes déjà au milieu de l'après-midi. À cause du décalage horaire de six heures, nous sommes descendus de l'avion à midi, heure de Paris le mercredi, mais au Québec, il est seulement 6:00 heures du matin.

Paris, Paris tu es là sous nos yeux, pourrons-nous te découvrir en si peu de temps? Nous partons sans tarder.

Sachant que nous ne sommes pas très loin des Galeries Lafayette, à l'aide d'une carte, en sortant de l'hôtel, nous partons vers la droite face à l'église de la Madeleine. Nous sommes sur Place de la Madeleine, au centre l'église, très imposante, une large rue la ceinture et une dizaine de rues se greffent à cette dernière, tels de longs tentacules.

Après une interminable marche autour de cette place, nous constatons qu'il aurait été plus rapide de tourner à gauche en partant de notre hôtel, les Galeries Lafayette étant à cinq minutes de marche dans une autre direction. Comme dirait ma fille, c'est full de monde ici, full d'autos et full de bruit.

J'ai toujours pensé que Montréal était une ville extrêmement bruyante, mais ce n'est rien à comparer avec le tapage d'enfer qui règne ici.

Tout autour de cette place, se réunissent quelques boutiques et traiteurs de grand renom tel Fauchon, Hédiard. D'autres attirent particulièrement notre attention tel La Maison de la truffe, spécialisée dans la cuisine de ce champignon noir.

Le temps est superbe, une foule très dense déambule en tous sens, les automobiles, les véhicules motorisés quels qu'ils soient arrivent de partout.

Même quand le petit bonhomme lumineux indique aux piétons de traverser la rue, il faut être constamment sur nos gardes pour ne pas se faire écraser par une voiture qui arrive à toute vitesse dont on ne sait d'où. C'est pour le moins qu'on puisse dire " étourdissant ".

Pour trouver le nom des rues, il faut regarder sur les immeubles, les panneaux indicateurs sur des poteaux sont prequ'inexistants ici. Les rues sont recouvertes de pavés et non d'asphalte. Il est sûrement très difficile d'y marcher en talons hauts.

Nous sommes enfin arrivés aux Galeries Lafayette. Ces dernières sont reconnues mondialement et sont très anciennes. Il y a également les magasins Printemps qui sont rattachés aux Galeries.

Tout autour, à l'extérieur, s'alignent de petites boutiques de produits très variés, tels bijoux, T-shirts, petits articles ménagers, cantines, souvenirs, etc... On jette un coup d'oeil sur les prix et c'est exorbitant si on compare aux mêmes articles que chez-nous. Le magasinage sérieux sera pour plus tard.

Comme je pourrai revenir ici demain matin sans difficulté, nous cherchons la première bouche de métro. Nous achetons dix billets et nous nous précipitons vers les tourniquets. Après avoir inséré le mien dans la fente prévue à cet effet, un petit mot s'affiche " non valide " je l'essaie de nouveau et toujours ce mot qui s'affiche et le tourniquet ne veut pas bouger.

Une dame s'adresse à moi dans un français très parisien. Ça ne fonctionne pas ? Se tournant vers l'homme qui l'accompagne " Allez, donne ton ticket ". Il me le tend aussitôt et voilà que ça tourne heureusement. " Merci, prenez ce billet ", mais non, elle refuse et les gens s'éloignent.

En remontant vers la surface, le décor est tout à fait inusité, dans une des plus vieilles stations, les murs entourant les escaliers font penser à l'intérieur d'un navire cargo, en acier brun laissant voir chacun des boulons qui solidifient la structure tel qu'on peut voir dans les films de marine marchande.


Notre-Dame : photo de René Girard

Nous nous trouvons au bord de la Seine, en face de la majestueuse église Notre-Dame, trônant sur l'Ile de la Cité. Elle est un des témoins privilégiés de l'histoire française, ayant survécu à plus de 700 ans. Sa construction a débuté en 1163, elle a vu couronner plusieurs rois, subit des changements selon les caprices de ces mêmes rois. En 1804, a eu lieu le sacre fastueux de Napoléon 1er par le Pape Pie VII. On peut d'ailleurs voir une toile de la cérémonie, exposée au Louvre.

Elle conserve précieusement de gigantesques et magnifiques vitraux et plus encore, un fragment de la Vraie Croix, la Couronne d'épines et le Clou sacré de Jésus-Christ. Son intérieur est sombre, les plafonds hauts de trente-cinq mètres nous donnent le vertige à vouloir les admirer. Aucun banc n'encombre cette église qui peut contenir facilement 9,000 personnes.

Comme nous ne serons à Paris que quelques jours, nous limitons notre visite pour retrouver le soleil aux teintes chatoyantes de fin d'après-midi. Les gens en groupes d'ethnies différentes s'entrecroisent devant le parvis de Notre-Dame, entre eux, les pigeons se dandinent et viennent tellement près qu'on pourrait les toucher.

Ici, j'ignore pourquoi, mais on sent comme une grande quiétude, peut-être était-ce la proximité de la Seine qui éloigne les hauts immeubles ou la vaste étendue de ce parc où la foule déambule lentement ou encore cette merveilleuse église qui inspire la paix.

Nous descendons sur le bord de la Seine par un large escalier de ciment, une grande promenade parsemée d'arbres et recouverte de pavés, donne aux amoureux l'envie de marcher l'un contre l'autre en se tenant par la taille.

Comme le soleil descend déjà, des reflets de lumière rebondissent sur l'eau pour sauter comme de petits lutins sur les pierres grisâtres et chatouillent tendrement les lierres qui s'agrippent au mur rocailleux le long de la Seine. Des bateaux-mouches élancés glissent sur l'eau. Ils sont bondés de touristes qui tournent la tête comme des girouettes, comme s'ils ne voulaient rien perdre de ce mélange d'ancien et de nouveau.


D'ailleurs, le bruit infernal des automobiles nous rappelle que nous vivons à l'époque de la pollution, du stress et de la vitesse et non des fiacres, de l'aristocratie et de la royauté.

Sur quai St-Michel, le long de la Seine, de grosses boîtes en métal ou en bois sont accrochées au mur de pierre. Comme il vient tout juste de pleuvoir, la plupart de ces boîtes sont fermées à clé et suivant les rayons de soleil faiblards mais renaissant, elles s'ouvrent une à une, offrant aux passants cartes postales, gravures et livres anciens, journaux et souvenirs. Les bouquinistes infatigables n'ont pour patron que les caprices du temps. Nous y trouvons quelques belles cartes postales pour les jeunes.

Dans ce coin de la ville, ce ne sont pas les restaurants qui manquent et comme nous aimons bien magasiner les menus, ici c'est un vrai centre commercial de la bouffe.

Nous empruntons une ruelle où des devantures de restaurants grecs en offrent plein la vue à l'amateur de fruits de mer, étalant des produits diversifiés et alléchants dans de minuscules vitrines, en espérant toutefois que la gastronomie est à la hauteur de l'offre.

Oups! Attention de ne pas te mouiller les pieds. Mon mari me tire vers lui d'une main ferme, le serveur d'un café vient tout juste de lancer une chaudière d'eau sur le mini-trottoir qui termine le coin de rue à la sortie de son établissement et dans un grand geste qui lui semble coutumier, il nettoie les quelques pierres usées, noircies par l'eau.

Nous avons une faim de loup et comme nous ne voulons rien manquer de l'animation qui règne ici, nous nous installons à un restaurant terrasse, non pas face à la grande artère, mais sur la terrasse qui donne sur une rue moins passante. Nous voulons quand même nous parler sans être obligés de se crier par la tête ou encore manger sans inhaler du monoxyde de carbone.

Ouf! comme il fait bon s'asseoir. Nous sommes au 1 quai St-Michel, au coin de la rue Jacques, à la brasserie " Le Notre-Dame ". Un serveur vêtu d'un pantalon noir, d'une chemise blanche dont les manches sont roulées aux coudes, un petit noeud papillon au cou et un long tablier blanc vient prendre notre commande.

D'abord, nous demandons deux Tuborg bien froides, ensuite, nous prenons des rillettes comme entrées, puis une salade aux fruits de mer accompagnée d'une coupe de vin blanc et le tout est parfait.

Amusés par le va et vient infernal des véhicules de tout genre, nous distinguons parmi eux des Deux Chevaux, des Mini-Austin, des Mercedez, des BMW, de rares Honda et un Ford, tout semblable à mon Tempo L, mais portant un autre nom.

De très rares klaxons et pas d'accrochage, vraiment étonnant. Au coin de la rue, malgré la lumière de circulation, un policier armé de son sifflet et les bras battant en gestes saccadés, dirige la circulation comme un grand chef d'orchestre. Il a même le regard qui fusille devant un automobiliste indiscipliné.

Pour bien digérer notre repas, le serveur nous apporte l'addition qui elle, est très salée, 228FF, soit 50.00$ canadiens, de quoi avoir une indigestion, certainement pas d'avoir trop mangé.

Nous allons prendre le métro, direction les Champs Elysés. Cette fameuse avenue que l'on voit dans des films ou aux nouvelles et qui a une réputation mondiale, est bien fidèle au poste, bordée de nombreux restaurants, bars, cafés, magasins, ornée de magnifiques arbres matures, elle est riche de terrasses fleuries, de parterre et de fontaines.

Un petit café-terrasse envahit par les clients murmure doucement au fil des conversations. Une ribambelle de piétons s'étire inlassablement traînant des ombres de plus en plus longues.

Derrière une des innombrables terrasses, se cache un concessionnaire Citroën et pour l'acheteur sérieux ou pour les curieux comme nous qui s'aventurent à admirer les voitures de l'année. Nous découvrons un autre restaurant adjacent à cette même salle de montre. Un concept publicitaire qui en vaut bien d'autres.

Comme à Montréal, il y a de gros travaux de réparation. Des stationnements souterrains sont creusés afin de garder le plus de verdure possible.

Apercevant un jeune homme en train de photographier sa compagne, mon mari lui offre de les photographier et lui demande d'en faire autant pour nous. Un merci en français et un en italien et nous nous éloignons aussitôt.


Arc de Triomphe : photo de René Girard

Continuant notre périple, nous arrivons à l'Arc de Triomphe. C'est exactement ce que j'ai toujours vu à la télé. En amplifiant le son de votre téléviseur, vous réussirez à recréer l'ambiance qui règne ici, si vous avez la chance de voir l'heure de pointe, c'est un spectacle par lui-même.

Des véhicules qui arrivent de partout à sept ou huit de large, qui se coupent, s'entrecroisent, se quittent pour s'engouffrer dans les douze rues tentaculaires à trois ou quatre de large, comme on dit chez-nous, c'est l'enfer.

Un jeune couple d'anglophones veulent savoir comment se rendre sous l'Arc de Triomphe, nous leur répondons " At your own risk ". Nous saurons plus tard qu'un passage sous la rue est aménagé pour s'y rendre sans problème et même on peut y monter.

En revenant vers notre hôtel, mais sur l'autre côté des Champs Élysés, nous entrons chez Renault. Même concept que l'autre concessionnaire, mais en plus un deuxième étage exposant fièrement des belles d'autrefois.

Au premier plancher se trouve un prototype de la voiture de Disney Land, magnifique par ses lignes futuristes, elle est comme suspendue entre ciel et terre, se penchant fortement vers nous, comme si elle amorçait un long virage très prononcé et ce, afin de nous permettre d'admirer son intérieur fascinant.

Le restaurant camouflé sous l'escalier orné de nombreuses plantes artificielles, accueille déjà une clientèle imposante.

Je n'ose pas compter depuis combien d'heures nous sommes éveillés. Nous prenons le métro et refaisons surface à un coin de rue de notre hôtel. Nous prenons une douche avant de nous coucher, très peu reposante mais rafraîchissante.

Le bruit infernal de la rue nous fait sursauter souvent et pour nous achever, vers 5:00 heures du matin, le pimpon de la police passe en trombe juste sous notre fenêtre.

Je ne me plaindrai plus jamais du murmure véhiculaire rarissime de la Côte Richelieu un soir d'été très chaud où la fenêtre est grande ouverte. Ici, c'est l'enfer et contre nous, surtout.

Pas déjà 7:00 heures, c'est un martyr de se sortir du lit, même plain de bosses, on aurait pu y dormir encore plusieurs heures sans rechigner.

Inclus dans le prix de notre chambre, nous prenons un petit déjeuner continental: croissants, brioches et café au lait, servis dans le petit restaurant très ordinaire de l'hôtel.


quartier de la Défense : photo de René Girard

Après le repas, mon mari prend un taxi Alpha pour se rendre dans le quartier de la Défense, un secteur d'affaires très important à Paris. Là, se trouvent les bureaux de Pechiney, un des quatre propriétaires d'ABI (Aluminerie de Bécancour). Il doit assister à une réunion sur les matières premières.

Je m'asseois au café de la Madeleine, juste en bas de notre hôtel, au coin de la rue Troncet et Place de la Madeleine. Je commande un café au lait. Si on demande simplement un café, le serveur nous arrive avec un expresso. A 22F, je le sirote, même froid.

Tout en prenant des notes je m'aperçois qu'autour de moi, ce n'est pas tellement différent de Montréal, une grande ville animée par les centaines de travailleurs qui s'arrêtent ici prendre leur petit déjeuner et repartent sans se préoccuper du voisin de table, tout aussi individuel et impersonnel que tous les grands centres industrialisés. Les gens sont pressés, ont des horaires à respecter, vivent vite et par habitude.

Le ciel est couvert, l'air est frais, mais pour se promener, c'est très confortable. Vers 9:30 heures, arpentant les rues en admirant les vitrines de magasins, je me rends aux Galeries Lafayette, tout en me prenant des points de repère pour en revenir après.

Dans le secteur des parfums, un flot de lumière inonde les comptoirs de reflets multicolores. De longs rayons filtrés par un immense vitrail suspendu au-dessus de nos têtes, se glissent, se déposent, frôlent et caressent tout ce qui se trouve sur leur passage.

Les prix sont exorbitants, 315 FF pour une bouteille de parfum de 250 ml, 100 FF pour une paire de souliers en spécial, une cassette audio à 90 FF et même à 130 FF, épouvantable. Après avoir jeté un coup d'oeil aux Magasins Printemps, tout aussi vastes que les Galeries Lafayette, je reprends le chemin de l'hôtel.

Les rues sont curieusement faites, tantôt terminées en pointe, tantôt se divisant en deux, je pourrais facilement m'y perdre.

Vers 11:00 heures, je reviens à la chambre et après m'être changée, je vais dîner au café de la Madeleine. Une salade mixte faite de salade, de tomates, arrosée d'une sauce au raifort et comme accompagnement, un verre de rosé de Provence, ce sera suffisant pour ce midi, à 44 FF le lunch, j'aurais pu me payer tout un snack chez Red Lobster, mais je ne serais pas à Paris.

Je prends un taxi pour me rendre au Louvre, encore là, la course me coûte 26FF et ma visite au musée est de 31FF. Imaginez un peu, je ne suis pas revenue là-dessus.

Au centre de l'immense cour du Louvre, s'élève une énorme pyramide de verre, d'où arrivent et où se rendent des centaines de gens. Après avoir franchi la porte, on découvre tout au bas des escaliers roulants, un immense hall très moderne, vaste, garni d'écrans de télévision, de comptoirs d'informations et de billetteries.

Comme il semble y avoir plusieurs expositions différentes, je consulte les écrans où sont affichés des objets précieux représentatifs de chacune des Galeries.

Venir à Paris et ne pas voir la Joconde serait pour moi un vrai péché, alors je suis la direction " Aile Denon ".

L'immensité de ces salles d'exposition est difficile à décrire, tellement c'est grandiose, des plafonds sculptés, ou peints, d'énormes moulures en pierre, tout y est gigantesque. La première salle nous montre l'époque des pharaons avec leurs sarcophages, des bustes. On remarque entre autres celui de l'empereur Caligula, plus loin dans une autre, les peintures des plus grands peintres qui ont marqué l'histoire.


la Joconde : photo de René Girard

La voilà enfin la Mona Lisa de Léonard de Vinci " La Joconde " quoi, enfermée dans une petite vitrine tel un bijou précieux. Les experts évaluent son origine entre 1479 et 1550. Les craquelures du temps lui donnent un charme particulier. Elle est impressionnante. Elle accroche le regard.

Peut-être était-ce sa popularité, mais je m'y attarde plus longtemps qu'aux autres, afin de conserver dans ma mémoire ce précieux moment.

Passant de peinture en peinture, j'aime lire la petite description incrustée dans le bronze tout au bas de chacune et le temps passe ainsi à sauter d'une époque à l'autre, admirant deux amoureux s'enlacer, découvrant des soldats s'entre-tuer ou encore des chérubins accompagnant des baigneuses nues.

Les peintres, à une certaine époque, étaient obsédés par les nus, les anges, le démon et le Christ, par les guerres, la pauvreté et la monarchie.

Ces longs couloirs sont comme une longue bande dessinée décrivant les horreurs, les tourments, les chimères, les rêves de ces peintres aux talents exceptionnels.

Étant très amateur dans ce domaine, je n'en admire pas moins le réalisme, le génie de ces grands Maîtres. Un immense tableau de 54 mètres carrés, représentant le sacre de Napoléon 1er par Pie VII en 1804 dans l'église Notre-Dame, dégage tout le faste de cet événement historique, dans les moindres détails. L'artiste s'est appliqué à reproduire tellement fidèlement chacun d'eux, qu'entre autres, le manteau de l'impératrice semble fait de vraie fourrure.

Je pourrais facilement passer le reste de la journée allant d'un tableau à un autre mais comme je veux voir la Vénus de Milo... Je change de galerie passant à l'époque avant Jésus-Christ.


la Vénus de Milo : photo de René Girard

La voilà cette Vénus datant de cent ans avant Jésus-Christ. Elle attire les regards de nombreuses gens qui s'attroupent autour d'elle, même que c'est difficile pour moi de l'approcher et de bien l'apercevoir.

Après nombres de sarcophages, bustes, peintures, potiches et statues, je suis absolument exténuée.

Je reprends un taxi pour retourner à l'hôtel. Le chauffeur reconnait mon accent et tout simplement engage la conversation. Il avoue s'être levé ce matin très tard par paresse, il n'avait pas le goût d'aller travailler.


Place de la Concorde : photo de René Girard

En passant devant l'obélisque de la Place de la Concorde, il s'indigne des sommes exorbitantes que la ville investit dans la construction d'estrades provisoires pour la célébration de leur fête nationale, le 14 juillet prochain.

De l'écouter comme ça me fait oublier la cohue infernale de la circulation et la longueur du trajet. Il est environ 16:00 heures quand j'arrive au 33 Place de la Madeleine. Vers 17:00 heures, je vais attendre mon conjoint au café de la Madeleine.

De petites tables de bistro et des chaises de rotin sont adossées aux vitrines du bar. Les serveurs se promènent du dedans au-dehors pour servir leurs clients de fin d'après-midi.

Je m'installe à l'une d'entre elles et aussitôt un garçon de table se précipite vers moi. Je lui commande une bière et comme je ne sais pas ce qu'est un demi, je le vois revenir avec un pichet contenant un demi-litre de bière. Heureusement qu'elle est très froide, j'aurai de quoi m'occuper en attendant.

Ma table occupe le seul espace libre, ensuite c'est le trottoir, les gens déambulent tellement près que j'ai le loisir de les observer à mon gré. Une jeune femme me demande où se trouve la rue de l'Arcade, malheureusement, comme je ne peux pas l'aider, elle s'éloigne.

Au centre de la place, en face de moi, se trouve l'église de la Madeleine, un temple grec orné de cinquante-deux colonnades de vingt mètres de hauteur. Sa construction a débuté en 1806 et avait été commandée par Napoléon.

Malheureusement, nous ne pourrons pas la visiter, puisque de nombreux travaux de réparation sont en cours.

Sur les longs gradins de la façade, une troupe de guides s'adonnent à des jeux et des rondes.

Sur le trottoir, le va-et-vient de la foule s'intensifie, parfois des odeurs agréables de parfum viennent chatouiller mes cellules olfactives, mais elles sursautent quand un dessous de bras fatigué laisse flotter derrière lui son arôme particulier. A vrai dire, ce n'est pas pire que chez-nous.

Une grande blonde, mince vient s'asseoir à la table voisine. Elle est accompagnée d'un petit chien qui curieusement a le poil de la même couleur que la chevelure de sa maîtresse ou est-ce l'inverse? Elle fume des Winston et passe sa commande en anglais. On dirait une vraie américaine, mais il paraît que ça fait " IN " pour une française de se donner des airs d'américaine. Je crois plutôt, à son accent anglophone, que celle-ci est authentique.

De plus en plus de toutous envahissent les trottoirs. Tous en laisse, caniches, barbettes, bergers anglais et bien d'autres, on dirait que c'est l'heure de la promenade quotidienne. Au contraire des croyances populaires, nous ne sommes pas obligés de faire du slalom sur les trottoirs pour éviter de marcher dans les cadeaux de ces animaux de compagnie.

J'ai remarqué des gens en salopette verte, munis d'un balai vert fluo qui s'affairaient au nettoyage des rues tôt le matin. L'un de ces balayeurs ouvre une valve à l'aide d'une clé qu'il introduit dans une serrure au centre d'une plaque encastrée directement dans le trottoir, l'eau jaillit en filet et il nettoie tout autour.

Déjà 6:00 heures, en passant à la réception de l'hôtel, je m'informe si j'ai un message. À peine assise à la porte-fenêtre, j'entends trois petits coups caractéristiques sur la porte. Mon mari est enfin là. À son sourire, je sais qu'il est heureux de sa journée mais encore plus d'être libre pour le reste de la fin de semaine.

Pas loin de l'hôtel, Fauchon, le traiteur mondialement connu (entre parenthèses, moi, je ne le connaissais pas) est là tout près au 26 Place de la Madeleine. Pâté de foie d'oie, moutardes aux épices, huiles aromatisées, confitures de petits fruits, enfin, tous les produits raffinés qu'ils offrent sont réunis ici. Même les étalages dénotent le raffinement, sans oublier les prix qui eux sont le fidèle reflet de ce dernier.

Nous passons devant chez Hédiard, une fruiterie où l'on trouve également chocolats, café, thé. Tout à côté, la " Maison de la Truffe " et " Creplet, Bruissol "; fromagerie où il est annoncé une dégustation de fromage tous les jours. Nous y entrons pour tenter l'expérience. Il est déjà 7:10 heures et comme l'heure de fermeture est proche, la serveuse nous conseille de revenir le lendemain afin de profiter pleinement d'un repas de ce genre.

Comme la soirée est jeune, nous prenons le métro vers la butte à Montmartre. Place Pigalle !!! qui n'a pas entendu parler de cette rue ? Qui ne l'a pas imaginée avec ses nombreux cabarets, ses enseignes lumineuses qui en mettent plein la vue, ses restaurants-spectacles, ses danseuses de can-can, un vrai rêve quoi.

Le "Moulin rouge" : photo de René Girard

A mon grand étonnement, le long de cette fameuse rue très large, partout on peut lire Sex Shop, Projections individuelles, Films Porno. Ici, c'est le royaume de la pornographie, où les gens qui circulent ne m'inspirent pas confiance. Je qualifierais cet endroit au même titre que la rue St-Laurent à Montréal. Malgré cette remarque bien personnelle, je suis quand même très heureuse de voir le Moulin Rouge où Latoya Jackson est présentement en spectacle. L'enseigne lumineuse d'un rouge éclatant brille dans le crépuscule, elle dessine les formes de ce moulin à vent dont la réputation est surfaite.>

Nous gravissons la rue jusqu'à Place du Tertre, sur la Butte à Montmartre, tout en haut d'une colline à pic, passant par d'étroites petites rues bordées de maisons attachées telles le vieux Québec.


La pénombre gagne la ville, les ombres s'étirent mais là-haut, le soleil peut atteindre encore le rendez-vous des artistes. Entourée de restaurants, de boutiques, cette petite place accueille encore les peintres, les maîtres du ciseau sur papier, ces dessinateurs qui rêvent d'être reconnus par la foule en offrant leurs oeuvres telles une partie d'eux-mêmes.

Autant les rues étaient désertes et presque endormies en bas, autant il règne ici une vie intense et frénétique. On s'asseoit à une terrasse pour prendre une bière et pour reposer nos pieds fatigués.

Place du Tertre :

photo de René Girard

C'est presque incroyable d'être là à Paris, tous les deux explorant ces coins typiques dont seulement les noms nous étaient familiers jusqu'à ce jour.

L'air est frais, un bon chandail est apprécié pour continuer notre tournée.

Comme nous avons raté notre dégustation de fromages, il est plus que temps de trouver un endroit où satisfaire notre appétit. Et bien voilà, " Le Petit Creux " pourra certainement combler celui que nous avons dans l'estomac.

À l'intérieur, le cachet ancien a été conservé, les boiseries foncées, le comptoir en bois, les murs de pierre sont là pour nous rappeler le passé et nous plaire au présent.

Pour souper, hop ! pardon, pour dîner, je prendrai un pavé de boeuf au poivre avec frites et mon époux une soupe à l'oignon gratinée avec une escalope de veau à la normande, un Beaujolais " Cellier des Ducs " viendra arroser le tout, sans oublier naturellement un riche expresso pour terminer. Il nous en coûte 228 FF, mais ça vaut la dépense.

À mon avis, je n'ai jamais mangé d'aussi bonnes frites de ma vie et le pavé, un filet mignon, est délicieux. Mon mari s'est également bien régalé.

Aussi peu croyable que cela puisse paraître, il est 10:00 heures et il fait encore clair, c'est extraordinaire.


Sacré-coeur :

photo de René Girard

Tout près, nous traversons une rue âgée de 900 ans. Nous passons devant l'église du Sacré-Coeur, où des centaines de personnes ont envahi les marches. Le simple fait de tourner le dos à l'église, voilà que sous nos yeux se déroule un spectacle magnifique. Paris est là, illuminée, tapissant le paysage de néons, coulant au bas de la colline et s'étendant longuement jusqu'à l'horizon.

Après s'être tapé un escalier qui n'en finit plus, nous reprenons le métro pour ressortir à la Tour Eiffel. Quatre lignes de métro plus loin, nous apercevons cette immense construction dont on ne peut pas s'imaginer les dimensions, sauf en l'ayant vue de ses propres yeux. C'est gigantesque. C'est gargantuesque. Je pense qu'il n'existe pas de mot suffisamment explicite pour la décrire réellement.

Elle semble fait d'or tellement elle est balayée par d'innombrables faisceaux de lumière. Son premier étage est à 57 mètres du sol, son deuxième à 115 et son sommet est à 320 mètres. C'est inouï. En passant près d'un des piliers, je regarde au-dessus de moi et du même coup, j'ai le vertige, tellement c'est haut, j'ai comme la tête qui chavire, je me demande si je pourrai monter jusqu'au sommet. L'ascenseur est fermé pour la nuit, nous reviendrons la visiter, il ne faut pas rater ça, c'est primordial.

Gracieuseté de :

Luc Paradis

Il est trop tard pour prendre le métro. Pour rentrer, nous prenons un taxi et après avoir tricoté entre les voitures, le chauffeur nous dépose à bon port.

Ce soir, c'est le cas de le dire, nous tombons dans notre lit, mais les ronronnements de la rue, que dis-je le tintamarre des automobiles vient encore perturber notre sommeil, quel enfer ! pas vrai, laissez-nous dormir pour l'amour du ciel. Rien à faire, les gens d'ici ne font pas la distinction entre la journée agitée et la nuit calme et sereine.

Vendredi, 9:00 heures, nous daignons nous lever, péniblement, empesés dans une léthargie qui nous engourdit jusqu'à la moelle des os. Ça prend une bonne douche pour envoyer tout ceci dans le renvoi-d'eau.

Il est 10:45 heures quand nous nous présentons à la petite salle à manger pour se faire dire par la serveuse que la salle à manger est fermée et qu'elle termine son travail un point c'est tout, merci, bonjour, elle est partie. Et bien, on s'en passera.

Nous allons changer un peu d'argent en devises françaises au bureau de change et nous allons déjeuner au café de la Madeleine. Après avoir englouti une énorme omelette, nous magasinons aux Galeries Printemps, dans l'espoir de trouver quelques souvenirs à rapporter aux jeunes.

L'étendue de ce complexe est tellement vaste et pis encore en comptant les Galeries Lafayette. Si on ne trouve pas ici, ce sera peine perdue. Dans une très petite boutique s'ouvrant sur la rue, nous avons la chance de tout trouver et après avoir rapporté nos paquets à l'hôtel, nous nous rendons aux tuileries en métro.

Nous passons sous le nez de Jeanne d'Arc à cheval, sans même la remarquer et billets en mains, nous courons vers l'autobus de Cityrama afin de faire un tour de ville qui est sur le point de partir.

L'autobus est vraiment de très grand luxe, sur deux étages, elle permet aux touristes de mieux apprécier la visite en étant plus haut et à chaque siège, on peut brancher des écouteurs dans le dossier du siège avant et tourner le bouton dans la langue que l'on désire.


la "Tour Eiffel" :

photo : René Girard

Nous avons ainsi une vision de Paris un peu différente et nous pourrons éventuellement aller là où ça nous semble intéressant. Le plus impressionnant est quand nous passons par la Tour Eiffel et pouvons l'apercevoir à partir du Trocadéro. Le musée Rodin, au coin d'une rue, expose dans la cour intérieure le " Penseur " de Rodin. À peine, avons-nous le temps d'apercevoir le dos de cet homme prostré, aux teintes vert de gris.

"Le Penseur" de Rodin

Photo : René Girard


Le tour de ville passe par l'Opéra de Paris. Là, sur une terrasse, nous allons prendre une consommation tout en regardant la foule circuler et les automobiles s'entrecouper.

Curieusement, sur les terrasses de café, toutes les chaises sont orientées vers la rue pour permettre aux gens d'admirer toute cette animation tel un spectacle à grand déploiement.

Opéra de Paris :

Photo : René Girard

Notre tour de ville étant maintenant terminé, sur le chemin de notre hôtel, nous arrêtons chez Lafayette Gourmet pour y acheter du café du Brésil dans une très belle boîte noire en métal et du foie d'oie. Nous sommes à la recherche de nouvelles gâteries raffinées qui sauront égayer un repas en tête à tête lors de notre retour chez-nous et ainsi faire renaître de doux souvenirs.

De chez Fauchon, nous rapportons une moutarde au basilic. Mon mari a enfin réussi à me faire aimer la moutarde de dijon et j'en suis même venue à l'aimer aux différentes herbes. Dans la cave à vin de l'établissement, un homme en smoking est là pour conseiller les clients et pour se charger personnellement des bouteilles que ces derniers désirent se procurer.

Il les dépose ensuite dans un petit élévateur, ainsi les clients n'ont plus qu'à prendre livraison de leurs marchandises à la caisse du premier plancher et tout ça sans même avoir touché ce qu'ils achètent. Il en est de même des fruits et des légumes. Donc, si on ne peut pas toucher, on ne peut pas connaître la fraîcheur du produit et bien c'est ainsi: don't touch. Après avoir pris livraison du Château Lafite Tramier (Médoc), nous allons chez " Creplet, Bruissol " pour le souper, hop! Pardon le dîner. Je ne m'habitue pas.

La serveuse, qui en fait est la propriétaire, passe quelques commentaires sur les différentes sortes de fromage de son comptoir et disparaît dans l'arrière-boutique, le temps de préparer notre dégustation.

Elle nous sert huit différents fromages en prenant bien soin de nous donner une légère description de chacun, les ayant classés par ordre de goût.

Deux d'entre-eux attirent particulièrement notre attention, le Mascarpone, un délicieux fromage crémeux au goût léger de bleu et le Chambertin, un triple crème, très fort au goût se développant surtout arrosé du vin rouge du pays de l'Ardèche.

Un homme entre dans la boutique et se dirige tout droit vers l'arrière-boutique. À peine a-t-il ouvert la porte, qu'un énorme chien se lance en trombe vers nous. Au commandement autoritaire de son maître, l'animal retourne dans ses quartiers sans se faire prier.

L'atmosphère est douce et tranquille, elle nous permet d'entretenir la conversation avec les deux propriétaires de la boutique.

Comme visite, ils nous conseillent de monter sur la terrasse de la Tour Montparnasse d'où l'on peut admirer Paris.

Le mari, muni d'une canne à pêche, vérifie le poids de son équipement en prévision d'un voyage de pêche en Alaska.

Ils sont fiers de nous apprendre que Charles de Gaule et son épouse se rendaient régulièrement dans leur établissement pour y déguster leurs fromages favoris et comme la maison fête son centième anniversaire, ils nous invitent à signer leur livre d'or.

Nous aimons particulièrement ce contact chaleureux avec les gens et je crois que c'est ce qui donne à nos voyages tant d'importance.

Nous allons acheter une bouteille de vin chez " Nicolas ", 31 La Madeleine, un vin rouge qui saura nous rappeler cet endroit qui nous sera désormais familier.

Il pleut. Les rues semblent plus sombres par le fait que le pavé est mouillé. Les trottoirs sont presque déserts. Nous montons à la chambre où nous nous assoyons côte à côte à la porte-fenêtre grande ouverte.

Une légère brise nous caresse. Il n'y a pas de moustique et les bruits de la rue sont comme feutrés. Les lampadaires se reflètent dans les flaques de pluie que le ciel bougonneux crache dans les moindres replis du sol.

Nous terminons notre soirée en dégustant des chocolats au rhum achetés chez Hédiard et nous arrosons le tout d'eau minérale, à défaut de lait.

Nous avons sous la main plusieurs pamphlets de tours organisés que nous feuilletons et prenant en note ce qui nous paraît très intéressant, nous planifions notre journée du lendemain.

Le samedi matin, nous nous levons trop tard pour aller déjeuner à la salle à manger.

Nous nous rendons à St-Germain des Prés. Comme nous avons faim, nous cherchons un endroit charmant où il sera plaisant de savourer un repas léger.

À peine sommes-nous entrés au restaurant qu'une hôtesse nous invite à la suivre. Il est déjà midi et la clientèle est totalement inexistante.

Un jeune serveur aux joues rosées nous apporte une corbeille de pain, un autre plus âgé nous verse de l'eau. Enfin, après avoir consulté le menu, nous commandons à un autre serveur une soupe de poisson et un café au lait.

Je n'ai jamais vu de toute ma vie, un serveur aussi déplaisant. Il était tout à fait insulté que l'on prenne seulement qu'une soupe de poisson. À peine éloigné, il manifeste à un autre serveur, sans prendre la précaution de nous épargner son désaccord, en lançant l'addition en l'air comme si c'était un crime.

Surpris par l'attitude du serveur, nous mangeons notre maigre repas et partons l'amertume sur les lèvres.

Nous visitons la plus vieille église de Paris. Datant du X11e et X111e siècle, sa structure est plus modeste que la plupart des autres églises, ses murs extérieurs portent les empruntes du temps, tachés de noir, ils tiennent fièrement debout.

Nous aimerions visiter les catacombes, un endroit qui nous semble tellement mystérieux. Je pensais qu'elles existaient seulement qu'en Italie et que ces dernières servaient à cacher les chrétiens au temps des romains. Une pancarte indique la prochaine visite à 2:00 heures, nous avons donc suffisamment le temps de nous rendre à la Tour Montparnasse et revenir pour l'heure.

Nous sortons du métro et malgré la courte distance à parcourir, une légère bruine vient ruisseler sur nos joues et un vent frais s'amuse à nous faire frissonner. Rejetant la tête en arrière, la Tour Montparnasse nous apparaît géante, une immense structure moderne couverte de vitres miroirs. De notre point de vue, elle semble chatouiller les nuages menaçants.

Nous prenons l'ascenseur nolisé pour les visites au sommet. Un dernier escalier sombre rempli des sifflements du vent, débouche sur la toiture en passant par une épaisse porte de métal.

L'immense terrasse gravelée, juchée sur le 59e étage est munie de jumelles tout autour. Étant donné la rareté des gratte-ciel à Paris, un magnifique point de vue s'étale à nos pieds. Des cartes décrivent les divers monuments et les degrés où on peut les apercevoir dans les lunettes payantes. Nous pouvons maintenant repérer chacun des endroits où nous sommes passés.

En descendant, nous nous arrêtons à la petite boutique du 56e étage pour acheter des diapositives et un signet de cuir blanc.

En moins de deux, nous nous retrouvons dans le métro, en route pour les catacombes. Sous une fine pluie, cachés sous un parapluie, nous attendons dans la file de visiteurs, l'heure d'ouverture.

Nous descendons les quatre-vingt-onze marches d'un escalier en colimaçon et longeons d'interminables couloirs sombres. La pierre des murs et du sol est humide par endroits. Les seules ampoules qui éclairent nos pas, laissent traîner derrière nous de grandes ombres inquiétantes. L'air est confortable à respirer, aucune odeur d'humidité, seulement de longs couloirs qui descendent toujours plus profondément.

De petits sanctuaires taillés dans la pierre témoignent du passage de ces hommes croyants qui descendaient tous les jours travailler dans cet incroyable endroit.

Paris a essuyé pendant des siècles une succession de guerres, a soigné une épidémie de peste, a continué d'enterrer ses morts dans les cimetières surchargés, jusqu'à ce qu'un personnage haut placé suggère l'idée de trouver une solution définitive au surpeuplement de ces endroits devenus sources de gêne pour les voisins encore vivants qui se plaignent des mauvaises odeurs.

Jusqu'au 17e siècle, les carrières de pierre exploitées dans le sous-sol de Paris, fournissaient aux artistes, tout le matériel nécessaire pour l'érection de statues, de monuments commandés sur mesure.

Vers la fin des années 1700, nombre de galeries n'étaient plus en activité, donc l'idée de faire de ces dernières l'endroit de prédilection pour y rassembler plusieurs cimetières, s'est concrétisée.

Cimetière par cimetière, les ossements furent exhumés, transportés et rassemblés en des endroits bien précis et clairement identifiés. Entre cinq à six millions de personnes y sont réunies. C'est justement à cet endroit que l'on peut lire " Arrête ! c'est ici l'empire de la mort " inscription en noir et blanc, affichée tout en haut d'une voûte, marquant l'entrée de ce sanctuaire.

Au plafond, une épaisse ligne noire est tracée tout le long de ces galeries afin de permettre aux ouvriers de retrouver leur chemin dans ces dédales de corridors, tel un labyrinthe.

Les ossements empilés sur une hauteur d'un mètre et demi (quatre pieds), sur une profondeur de deux mètres (six pieds) et cela tout le long de ces corridors interminables, nous donnent la chair de poule. Tibias, péronés, fémurs, crânes, ils sont là entassés pêle-mêle, sans identité propre, cimentés les uns aux autres formant des murs à eux seuls.

Brunis par un long séjour sous une épaisse couche de terre, ils sont les restes de ces témoins du passage des rois, de la pauvreté, de l'esclavage, de la maladie, des guerres, des invasions, des grandes cultures, de la montée et de la décadence d'un empire, en fait, de l'histoire entière de Paris.

Une fontaine creusée à même le roc remplie d'eau souterraine, servait de rince-pieds aux ouvriers qui oeuvraient durement. Cette eau était un peu un réconfort et une amie apaisante. Des marches descendent encore dans cette eau tonifiante qui a baigné plus d'un pied meurtri par le dur labeur.

Dans une salle presque ronde et mieux éclairée, le guide nous raconte l'histoire de la cloche de Fonty. A cet endroit, une bulle de gaz se formait avec les années et faisait une pression telle, sous le roc du plafond, qu'elle faisait éclater la pierre jusqu'à la surface. Des ouvriers rebouchaient le trou et d'autres explosions suivaient, jusqu'à laisser l'emprunte des réparations en forme d'anneaux encore très visibles dans la voûte.

Nous visitons au autre cloche comme celle-là et pour terminer nous nous tapons les quatre-vingt-trois marches d'un autre escalier en colimaçon qui viennent nous arracher ce qui nous reste d'énergie tellement nos pas semblent s'alourdir à chacune des marches que nous gravissons.

Nous débouchons sur une petite pièce carrée où se tiennent deux gardiens. Une pancarte avertit les visiteurs que ces derniers pourraient éventuellement exiger de voir le contenu de nos sacs.

L'un d'eux apercevant la petite valise que je tiens en bandoulière, il me dit qu'il a bien envie de me faire vider mon sac. Sans aucune hésitation, je lui tends le sac et d'une voix ferme, je lui réponds que ce n'est pas vraiment ce que je souhaiterais rapporter à la maison comme souvenir de Paris, en parlant des ossements entassés dans l'ossuaire et il nous laisse partir.

Après avoir traversé une porte en bois, nous retrouvons volontiers la lumière rassurante du soleil. Malgré le cachet antique des murs de pierre, du pavé étroit de la ruelle où nous mettons le pied, il nous semble respirer une bouffée de liberté après cette promenade à soixante pieds sous terre.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, nous étions même sous les égouts de Paris. J'ai préféré le savoir après qu'avant être descendue dans ce trou.

Pendant les cinquante-cinq minutes où nous avons été absents sur cette terre, il est tombé une forte ondée par les flaques d'eau dans les rues. Il règne maintenant une chaude atmosphère ensoleillée où les terrasses se garnissent peu à peu dès que les serveurs eussent asséché les chaises et les tables. Nous-mêmes y prenons place pour se désaltérer et pour savourer de délicieuses frites-allumettes.

"Place des Vosges"

Photo : René Girard

Nous prenons la direction Place des Vosges. Depuis les années 1600, cet ensemble de trente-six hôtels particuliers, les uns attachés aux autres, forment un immense carré abritant dans la cour intérieure de magnifiques parterres où règnent le romantisme et la quiétude. Deux de ces hôtels particuliers, remarquables par leurs architectures plus imposantes que les autres sont à l'opposé d'un de l'autre. L'un était le pavillon du Roi et l'autre, le pavillon de la Reine.

Tout le long de ce carré, une promenade abritée par des voûtes permet aux promeneurs de passer de boutique en boutique sans se faire tremper par cette pluie qui est devenue maîtresse des lieux pour quelques heures.

Au numéro 6, la maison de Victor Hugo fait découvrir aux visiteurs, la vie de ce célèbre poète. La vocation de ces hôtels particuliers s'étant acclimatée au modernisme, elle a métamorphosé ces lieux secrets du temps d' Henri IV en luxueux lofts réservés aux mieux nantis de l'an 2000.

Reprenant de nouveau le métro, nous allons prendre nos informations pour une visite sur les canaux de Paris. Malheureusement, il est trop tard et sans tarder, nous retournons vers la Seine.

Enfin, le soleil se montre de nouveau. Il accompagne délicieusement nos promenades. Depuis le matin, il suit harmonieusement nos visites, laissant la pluie capricieuse s'éclater pendant nos visites abritées.

Nous reprenons notre souffle en nous accordant une marche lente, mariant nos pas au rythme des flâneurs qui passent d'un bouquiniste à l'autre.

Au coin de la Harpe et Saint-Sévenir, dans le cinquième arrondissement, nous nous attablons à la terrasse de la Lune rousse. Mon mari commande une salade d'avocat et saumon fumé, puis un pavé de boeuf au roquefort et pour finir une tarte aux pommes, pour ma part, ce sera un pâté de foie de canard, puis une escalope de saumon meunière, une dame blanche comme dessert. Nous arrosons le tout d'un vin rouge " Château Moulin de Clotte ".

Je m'absente quelques instants pour aller à la toilette du restaurant et en revenant, plus de mari, les deux mains dans les poches, je le cherche à travers la foule de promeneurs. Ah! le voilà, il a capté furtivement ma mine inquiète sur sa pellicule photographique. De l'autre côté de la rue, il m'attend avec son petit air amusé.

Nous revenons à notre chambre, le temps de prendre des chandails et nous arpentons de nouveau les tunnels du métro rencontrant des musiciens de fortune qui attendent l'humble obole du passant.

Au pont neuf, le plus vieux pont de Paris construit en 1606, nous prenons une excursion en bateau sur la Seine. Il fait déjà nuit et les lumières de la ville se jettent à l'eau comme dans un miroir et s'amusent sur les vagues des bateaux-mouches.

Nous passons devant la conciergerie où Marie-Antoinette fut emprisonnée pendant deux mois avant d'être exécutée par guillotine sur la Place de la Concorde. Nous apercevons les tuileries, l'Église Notre-Dame, le Louvre et la Tour d'Argent, ce fameux restaurant où l'on sert un canard numéroté.

La Tour Eiffel, toute aussi somptueuse vue de la Seine que de la terre ferme, se détache sur le ciel étoilé et jette discrètement son reflet sur l'eau noire frissonnante. Sur Place de la Concorde, l'obélisque âgé de 3,300 ans, s'élève majestueusement. Cet obélisque qui appartenait à la ville de Luxor, a été offerte à Paris par l'Égypte.

Nous passons devant la Gare d'Orsay où sont rassemblés les oeuvres d'art de l'âge des Monet, Renoir, Toulouse-Lautrec, Van Gogh et bien d'autres. Enfin, nous pouvons voir l'Hôtel Lambert, un hôtel particulier où jadis Jean-Jacques Rousseau descendit.

Nous avançons lentement, passant sous les ponts de Paris, côtoyant tantôt un bateau-restaurant chic par la tenue soignée de sa clientèle, tantôt un autre tenant à son bord un bal masqué rappelant l'époque romaine de Jules César.

Autant de surprises que de bateaux-mouches, voilà le va-et-vient sur ce large canal, qui a la largeur d'une autoroute. Il ne faut pas oublier les péniches, ces maisons flottantes qui demeurent en permanence amarrées en différents points, alignées parfois par deux, trois ou quatre de large, le long des quais.

Après avoir quitté le débarcadère, nous retournons à notre hôtel. Comme toute bonne chose à une fin, il faut déjà penser au retour. Nous préparons nos bagages et allons dormir. Vers 7:15 heures le dimanche matin, le réveil sonne et sans tarder, nous nous préparons en vitesse, nous déjeunons à la salle à manger et partons pour la Tour Eiffel.

Il nous reste à peine quelques heures pour notre dernière visite et malgré la grisaille et le froid, nous ne manquons pas l'ascenseur de cette immense tour.

Dans la grosse boîte métallique du pilier nord, une trentaine de personnes entassées comme des sardines sont en route pour le deuxième étage. De là, il faut prendre un autre ascenseur pour le sommet.

Une large plate-forme clôturée et grillagée jusqu'en haut, nous accueille sous un vent glacial. Nous apercevons à peine la terre ferme tellement le nuage qui nous entoure est dense. De fines gouttelettes viennent nous geler jusqu'aux os, mais c'est quand même très agréable d'être là à observer ce panorama vraiment spécial de Paris.

Au-dessus de nos têtes, une immense antenne-radio a permis de sauver la Tour Eiffel de la démolition, en raison de son utilité durant la première guerre mondiale.

Nous redescendons au deuxième étage où il y a une boutique, nous y trouvons naturellement des Tours Eiffel miniatures, des cartes postales et un livre souvenir.

Cette immense construction a été complétée en 1889, pour l'exposition universelle. Elle a été construite en vingt-six mois. Haute de trois cent vingts mètre, elle pèse sept mille tonnes.

Nous descendons au premier étage et allons manger une bouchée avant de s'en aller.

Même manger un hot dog à Paris est une aventure. On nous sert un pain baguette dont on en a retiré la mie, à l'intérieur duquel on a inséré une saucisse à la peau coriace et badigeonnée de moutarde de dijon. Les vrais amateurs de hot dog en prennent pour leur rhume avec celui servi à la française.

En toute vitesse, nous reprenons le métro pour aller boucler nos valises. On appelle un taxi et le chauffeur de race asiatique demande à quel numéro d'aérogare doit-il nous conduire. Malheureusement nous ne connaissons que le nom de l'aéroport et il se met à rire en nous disant qu'Air Canada est à l'aérogare numéro 1. J'imagine qu'il se sert souvent de ce gag pour rendre ses passagers un peu mal à l'aise.

Après un si agréable voyage, il fait quand même bon de se retrouver à la maison.

À peine de retour, nous planifions déjà un repas gastronomique composé de pâté de foie d'oie, d'une moutarde de dijon au basilic, d'un bon morceau de fromage Epoisse, le tout arrosé d'un Château Lafite-Tramier et d'un café brésilien, et pour finir en visionnant nos diapositives; nous ferons ainsi renaître de merveilleux souvenirs.

Nous espérons que vous avez apprécié notre petit voyage éclair ou du moins, vous a-t-il donné le goût d'y aller un jour.

Merci de nous avoir accompagnés


francine_poisson@yahoo.ca


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