"I left
my heart in San Francisco", Tony Bennett
En février 1994, à Trois-Rivières (Québec, Canada), une neige abondante soufflée par le vent du nord, s'abat sur la province. Il est déjà tombé 30 cm (12 pouces). Dans la soirée, l'état des routes s'améliore. Nous pouvons enfin partir.
Nous passons la nuit à l'hôtel de l'aéroport et puis vers 7:00 heures le lendemain matin, nous montons à bord de l'avion. A travers le hublot, nous pouvons suivre les manoeuvres des charrues qui déblaient les pistes et les dégivreurs qui déglacent notre avion.
Attachez vos ceintures, nous décollons à l'instant. Nous avons enfin dépassé la couche de nuages et le soleil brille. Laissons derrière nous les tracas de l'hiver.
Jetez un coup d'oeil vers la terre, vous y verrez une succession de montagnes, de lacs, de cimes enneigées, puis, peu à peu, le blanc des sommets cède la place à la verdure. Nous passons au-dessus de l'Utah et du Nevada.
Nous arrivons à midi tapant, heure de San Francisco. Il est 3:00 heures à Montréal. Le temps est nuageux. En taxi, nous quittons l'aéroport, vers le centre de la ville. Nous passons devant plusieurs édifices à bureaux pendant que le chauffeur nous énumère différents sites intéressants à visiter.
Ce dernier nous laisse à la porte de l'hôtel Hilton où un portier nous ouvre galamment la porte du taxi.
Il nous devance dans le hall d'entrée, tirant le porte-bagages en laiton qu'il installe près d'un fauteuil à la réception. Mon mari est ici par affaires. Le congrès auquel il doit assister se tiendra toute la semaine, alors dans ses temps libres, nous aurons tout le loisir de vous faire découvrir cette magnifique cité.
Après avoir étudié un peu la carte de la ville, nous nous dirigeons vers le centre d'informations touristiques. Tout près, des autobus circulent, la bouche de métro descend sous terre à quelques mètres de nous et un " cable-car " engagé sur sa plaque tournante, repart vers le sommet de la colline.
A pied, nous gravissons la côte jusqu'à Union Square dans l'espoir de monter dans un " cable-car ". Le premier est vide mais ne s'arrête pas, le second est trop plein. Les bruits de la ville sont intenses. Il fait un peu sombre et le ciel est chargé de nuages. N'ayant pas trouvé encore de moyen de transport, nous nous rendons au coin de Kearny et Post. Nous prenons l'autobus no. 15 jusqu'à Bay Street et puis de là, nous nous rendons à Fisherman's Wharf.
Ici, l'activité ne manque pas, c'est le port, encombré de boutiques, de restaurants, de bateaux de pêche ancrés, un sous-marin à visiter. Des marchands de poisson font bouillir du crabe (dungenes crab) dans d'immenses marmites installées dehors le long d'un trottoir étroit longeant une série de restaurants de fruits de mer. Des odeurs de crevettes, de homard, de calmar frit attisent les gargouillis qui chantent dans notre estomac.
De l'endroit où nous sommes, nous pouvons voir les quais 38-39 et 41. Nous apercevons également Alcatraz, la prison fédérale à sécurité maximum située sur une île, qui, aujourd'hui n'est plus qu'un musée.
Le ciel n'est toujours pas dégagé et à cela s'ajoute un courant d'air frisquet. Nous marchons jusqu'à la rue Jefferson, au quai 47. Une suite de restaurants et bars s'ouvrent sur la rue, affichant leur menu. Au deuxième étage de Lou's Restaurant, un rythme de Rock & Roll attire particulièrement notre attention. Nous montons et entrons dans un bar où il y règne une atmosphère électrisante. L'orchestre invité est "The Bachelors". Un saxophone, une contrebasse, un drum et une bass se lancent dans des rythmes endiablés, rappelant la musique des années 50. Le batteur s'exécute sur deux tambours suspendus à son cou, se promenant entre les tables, jouant à l'acrobate, il donne un spectacle extra. Le contrebassiste fait danser sa contrebasse en la faisant pivoter comme une toupie. Il pince à nouveau ses cordes dans une musique envoûtante.
Après 1:30 heures de Rock & Roll, de blues et quelques bières, la fatigue se manifeste et la faim également. A regret, nous quittons ce bar enlevant et allons manger chez Nick's Restaurant, près des quais.
Il fait noir et froid. La température se situe autour des 8°C (48°F ). Nous entrons dans les boutiques encore ouvertes et puis nous marchons jusqu'à l'arrêt d'autobus, d'où la no. 30 nous ramène à notre hôtel.
A 8:45 heures, heure de la Californie, pour nous il est 11:45 heures. Nous avons dormi environ 5:30 heures avant de prendre l'avion, alors, nous avons du sommeil à rattraper. Vers 10:30, nous sommes au lit. Ne vous endormez pas tout de suite, mon récit n'est pas terminé.
Samedi matin, le ciel chargé de brume et de nuages épais, ne laisse aucune chance au soleil de s'infiltrer. Il est 8:00 heures, le 26 février, et sans nul doute, il a plu la nuit dernière.
Nous allons prendre notre déjeuner chez Ron's Coffee, à côté de l'hôtel, un établissement étroit et profond, aux boiseries foncées, aux murs tapissés de fleurs marines. Des baleines, des dauphins et des oiseaux en laiton décorent les murs ici et là.
Nous retournons au bureau d'informations touristiques afin d'y prendre quelques pamphlets sur les endroits principaux à visiter ainsi que sur le réseau de transport. Il fait environ 9°C (50°F). C'est toujours nuageux. Nous nous procurons des billets de transports qui nous permettront d'utiliser autant le " cable-car ", l'autobus ou le métro indifféremment, et ce, durant toute la semaine.
A la 4e rue, nous prenons l'autobus qui nous conduit dans le quartier des "factories outlet". Nous nous retrouvons dans une rue aux maisons délabrées, les alentours n'inspirent pas confiance. J'ai l'impression d'être dans un coin défavorisé de la ville. Les vêtements que l'on retrouve dans une ancienne usine, me rappellent ceux que les Artisans de Paix (association qui aide les défavorisés) récoltent de la population pour les redonner aux pauvres. J'exagère un peu, mais je ne suis pas loin de la vérité. La marchandise ne vaut pas plus cher que chez Croteau (boutique de vêtements bon marchés).
Nous montons à bord de l'autobus no. 15, vers le quartier chinois. Comme à Montréal, une immense porte marque l'entrée du plus gros quartier chinois au monde en dehors de la Chine. Cette porte est surmontée par un double-toit de tuiles vertes et gardée par deux dragons grimaçants.
Une camionnette remplie d'adolescents passe sous la porte. Ils sautent résolument dans la rue et rejoignent d'autres fêtards. Un long dragon de papier mâché, peinturluré, animé d'ondulations, serpente inlassablement devant chaque boutique, se tortille comme une marionnette à fils et puis se sauve vers la porte voisine dans un bruit de pétards enfumés. Il apporte ainsi chance et prospérité là où il passe.
Ce rituel fait partie de nombreux autres durant les festivités du Nouvel An chinois. Les jours précédents ont été comblés de réjouissances pour accueillir la nouvelle année chez ce peuple asiatique.
Pour nous, c'est un univers à découvrir. Les façades des boutiques peintes de couleurs vives, les pagodes sur les toits, les lanternes de papier de riz, tout représente ces gens imprégnés de leurs coutumes et leur goût profond d'identification.
Nous magasinons dans les boutiques. En plus d' objets de la culture chinoise, on y retrouve l'influence typiquement américaine. Nous achetons des chandails pour nos jeunes, ils sont nettement moins chers que dans les boutiques du centre-ville.
De nombreux kiosques encombrent les rues. Ils vendent de tout, attirent les amateurs de jeux de hasard. Les festivités prendront fin ce soir. Le Nouvel An chinois se fête cette année du 10 au 26 janvier (1994).
Nous tournons sur Ross Alley, étroite rue pavée de pierres imbriquées. A quelques pas du coin de rue, une porte s'ouvre sur "Golden Gate Fortune Cookie Company", la fabrique de galettes porte-bonheur: petites friandises dans lesquelles nous trouvons des messages écrits sur un petit bout de papier blanc. Cette minuscule usine fournit les restaurants chinois du monde entier.
Deux femmes sont penchées sur une machine pivotante. Elles veillent à ce que tout fonctionne bien. Une petite quantité de pâte coule sur un minuscule moule rond en métal. La galette est cuite, ensuite elles la saisissent et d'un geste qui tient de l'habitude la plient en deux en y incorporant un morceau de papier dactylographié et elles terminent en lui donnant l'aspect légendaire qu'on lui connaît.
L'entrepôt où elles travaillent est sombre et encombré de boîtes et de sacs prêts pour l'expédition. Nous en achetons un gros sac. Ainsi, nous aurons du plaisir à découvrir ce que la chance nous réserve ou du moins, nous dévorerons quelques biscuits en déchiffrant chacun des messages.
Il pleut maintenant. Les gens circulent sans relâche. Etant pour la plupart d'origine asiatique, les promeneurs ont eux aussi ouvert des parapluies. Il y en a tellement et comme ils sont presque tous noirs, nous avons l'impression de nous retrouver catapultés en Chine directement. Je crois bien que si nous n'avions pas le nôtre et étant donné ma grandeur, je suis certaine que je ne me ferais pas mouiller, tant il y en a.
Nous faisons un saut de la Chine à l'Italie. On ne peut pas se méprendre sur le quartier, les poteaux de lumières ont une lisière peinte aux couleurs du drapeau italien. Des odeurs d'ail viennent chatouiller nos narines. La vitrine du "Stinckin Rose", regorge de tresses d'ail et annonce une cuisine à base d'ail. Le menu vous tente, nous y reviendrons peut-être.
L'autobus nous emmène à Fisherman's Wharf. Nous nous promenons d'une boutique à l'autre. Tout en marchant, nous partageons un cornet de crevettes dans une sauce piquante. C'est délicieux à s'en lécher les doigts. Nous nous séparons un sandwich au crabe en jetant un coup d'oeil sur les prises du jour étalées dans de petites vitrines le long du trottoir.
Un crachin tombe inlassablement. Les visiteurs ne cessent néanmoins de déambuler le long des quais. Sur le quai 39, nous y retrouvons les plus belles boutiques du port. Entre autres, un magasin de vêtements de sport réserve tout un pan de mur aux "Forty Niners" le club de football de San Francisco. Nous y voyons également les chandails des autres clubs américains et même les vêtements à l'effigie des Expos (Club de baseball de Montréal).
L'air frais et humide fait place aux faibles rayons qui s'infiltrent entre les nuages. Les vagues, le long du quai, se sont calmées. Elles ne sont plus que clapotis qui caressent les piliers de bois.
Du bout du quai, nous apercevons l'île d'Alcatraz, inondée de soleil. Elle nous paraît tout droit sortie du passé avec ses bâtiments fortifiés.
Sur des plate-forme flottantes, des lions de mer se bercent paresseusement. Certains sont de tailles énormes. Ils émettent des grognements, lèvent nonchalamment leur gros museau à moustaches et se referment les yeux. Quand ils bougent, on dirait d'imposants sacs de gélatine. Dans l'eau, ils se déplacent beaucoup plus gracieusement.
Nous retournons à notre chambre, exténués, les pieds en feu. Tranquillement, nous sirotons un verre en regardant la ville et les collines s'endormir sous la luminosité châtoyante du soleil couchant.
Reposés quelque peu, portant une tenue de ville, nous nous présentons à notre premier souper d'affaires. Malheureusement, vous n'êtes pas invités. Venez tout de même prendre un digestif avec nous, nous montons au bar situé au 43e étage de l'immeuble. Du là, nous avons une vue imprenable de San Francisco la nuit. Au loin, nous apercevons le majestueux Golden Gate illuminé. En faisant le tour du restaurant, nous voyons également le Bay Bridge.
Des millions de lumières sont dispersées le long des rues, traversent la baie, s'accrochent aux immeubles qui doucement s'endorment. Suspendue dans le ciel noir, la lune veille, emmaillottée dans une fine vapeur blanche.
Nous sommes dimanche. Très tôt ce matin mon mari est allé rejoindre un groupe d'hommes d'affaires. Ils iront jouer au golf à Napa Valley. Voulez-vous magasiner, eh bien!, hier j'ai repéré le San Francisco Shopping Center. Il nous sera facile de s'y rendre, il se situe non loin de la boutique d'informations touristiques.
Oh! quels chics magasins. Dans le hall principal, deux immenses escaliers roulant montent en demi-cercle. De nombreuses boutiques de vêtements admirablement décorées, peuvent satisfaire tous les goûts. Ne dépensez pas trop.
La température se situe autour de 10°C (55°F), le ciel est encore chargé de nuages, percé par de faibles rayons de soleil. Un vent de pluie se lève brusquement. Je suis à quelques pas de mon hôtel et une fine pluie se met à tomber. Mon mari est revenu de sa partie de golf au " Silverado Country Club". À part son pointage, il a passé une magnifique journée, les verts sont superbes, les allées plutôt moyennes, mais ce qui l'a le plus impressionné, c'est de voir les arbres exotiques sur le terrain.
Nous nous préparons pour sortir, venez-vous avec nous?
Montez avec nous dans le " cable-car ". Debout au centre, à l'intérieur, nous ne voyons pas grand-chose. Du moins, d'où nous sommes, nous pouvons voir les manoeuvres du conducteur. A ses pieds, deux énormes leviers serrent les freins ou les desserrent selon la dénivellation de la rue. Nous faisons présentement la ligne Hyde au complet.
Nous descendons et marchons dans le quartier italien. Plus tôt durant la semaine, nous avions repéré un restaurant qui semblait intéressant, vous vous rappelez le "Stinckin Rose"? C'est là que nous irons souper. De longues tresses d'ail courent sur les murs, un train miniature se promène sur une boiserie autour de l'établissement, il passe devant de minuscules stations aux noms d'épices. Des petites lumières scintillent le long d'un fils électrique accroché au plafond.
Dans une vitrine, à côté de la caisse, des chandails, des tabliers, des pots d'épices, des bocaux d'ail et nombre d'articles sont vendus sur place à la clientèle. Dans un coin, il y a un four à bois et un BBQ. L'endroit est très fréquenté et semble populaire. Un serveur aux manières de tavernier vient prendre notre commande.
Pour l'entrée, nous voulons essayer les gousses d'ail rôties dans l'huile d'olive. Je commande des penne aux tomates et olives vertes et mon mari des riciotti tomates et basilic. L'entrée nous déçoit beaucoup. Les gousses d'ail baignent dans une mare d'huile. Elles sont molles et brunâtres, sans saveur. Elles ont perdu leur piquant et leur couleur appétissante.
Je suis satisfaite de mon choix de repas principal. Quant à mon mari, son plat est tellement épicé qu'il ne peut pas terminer son assiette et pourtant je sais jusqu'à quel point il aime manger relevé. Il a le cuir chevelu tout mouillé et des gouttes de sueurs perlent sur ses tempes. A quoi bon insister, il a la bouche en feu. Il aura sans doute plus de chance la prochaine fois. Et vous, qu'avez-vous mangé?
Pour rentrer, nous prenons l'autobus. En approchant de la Cannery, une rue est encombrée de projecteurs, de caméras, de voitures des années 30 et de gens vêtus de la même époque. Une équipe de tournage dirigée par Kevin Costner a déployé tout son attirail pour terminer un film. Au-dessus des maisons, un feu d'artifice, arrangé avec le gars des vues, éclate pour le plus grand plaisir des curieux.
Nous allons enfin dormir. Le décalage horaire nous secoue un peu et la partie de golf a rachevé mon mari.
Tôt le matin, un épais brouillard s'étend sur la ville. Les immeubles d'en face sont à peine visibles. Les collines ont disparu. Peu à peu, une immense boule jaune perce les gouttelettes d'eau pour faire place à un ciel magnifiquement bleu. Ce lundi matin, me semblait morose, mais je me réjouis de voir le décor changer de mine.
Mon mari est parti depuis le matin. Au cours de la journée, il rencontrera différentes personnalités dans le cadre du congrès. Vers midi, je prends un taxi pour me rendre au Moscone Convention Center. Plusieurs autobus attendent leurs passagers pour le tour de ville.
Armée du 35 mm et d'un carnet de notes, je suis fin prête. Avez-vous votre appareil, je suis convaincue que vous aurez l'occasion de vous en servir. Notre guide nous invite à monter à bord de l'autobus, ayant pris soin de vérifier si tout le monde répondait à l'appel. Étant tous des gens plus ou moins rattachés au congrès, elle nous demande d'identifier les pays d'où nous venons. Nous avons l'insigne honneur de compter parmi nous des gens qui viennent d'aussi loin que la Chine, le Danemark et la France. S'adressant aux personnes francophones, elle nous assure qu'elle fera de son mieux pour parler lentement.
Nous sommes en route. Nous traversons le centre-ville, passons devant de nombreux édifices à bureaux dont certains sont les sièges-sociaux d'importantes compagnies mondialement connues.

Nous nous engageons sur le Bay Bridge, vaste pont argenté, réparti sur deux étages qui fait huit milles et quart de long. Un tablier va vers Oackland et l'autre, supérieur, revient à San Francisco. C'est difficile de ne pas penser au terrible tremblement de terre qui s'est produit il y a quelques années alors qu'une autoroute à voies superposées a vu son étage supérieur s'effondrer sur celui du bas, faisant ainsi des centaines de morts et des blessés très graves. La traversée ne dure que quelques minutes, pourtant elle paraît interminable.
Nous faisons un premier arrêt sur Treasure Island, une base navale entourée de marinas. Nous avons une vue magnifique de San Francisco. La ville est recouverte d'une légère brume. Elle perd un peu de sa vivacité et de sa beauté. J'imagine fort bien ce décor sous la luminosité châtoyante du soleil couchant, comme ce doit être merveilleux.

Derrière nous, le Bay Bridge repart de l'île vers la ville d'Oakland, où nous n'irons malheureusement pas.
Angel Island, une île située dans la baie, près du Golden Gate, que nous ne verrons pas non plus, a servi dans les grandes années d'exode chinoise vers l'Amérique. Les hommes et les femmes, séparément, y étaient ni plus ni moins incarcérés ou plutôt mis en quarantaine pendant, plusieurs mois avant de pouvoir s'installer sur le continent. La vie y était extrêmement difficile.
Nous quittons Treasure Island pour repasser sur le Bay Bridge, mais cette fois sur le tablier supérieur. La traversée semble plus rassurante, mais imaginez une minute qu'à ce moment précis il y ait un tremblement de terre de 7,5 sur l'échelle Richter et que le pont au complet s'effondre. Je ne donne pas cher de ma peau.
Nous passons sur Fourth Street devant le San Francisco Marriott. Ce grand hôtel de 1,500 chambres ressemble à un immense jukebox.
Nous tournons sur Market Street. L'autobus s'engage dans les collines pour se rendre à Alamo Square où nous découvrons de magnifiques maisons coloniales surnommées " Painted Ladies ", ou encore " Victoria Houses". Ces dernières ont été construites à la fin du X1Xe siècle et ont survécu au tremblement de terre du 18 avril 1906.
Lors de cette catastrophe, au moins 50,000 édifices furent détruits et plus de 500 personnes ont péri. Ces maisons collées les unes aux autres, marient agréablement les couleurs pastelles, les pignons, les dentelles de bois et les appliqués contrastants.
Nous continuons notre ascension pour atteindre " Twin Peaks ". Ces collines sont surnommées "The breasts of the indian girl". Ces dernières situées au centre de la ville en offrent une vue imprenable, ainsi que sur la baie, ses deux ponts et l'île d'Alcatraz. Enfin il faudra revenir à cet endroit avec mon mari. J'aimerais qu'il puisse admirer le merveilleux panorama qu'il y a ici.
L'autobus amorce sa descente en lacet jusqu'à Woodside Avenue et puis après quelque minutes de trajet, nous entrons dans le parc du Golden Gate. Ce vaste jardin botanique comprend le Conservatoire de Fleurs, le plus vieil édifice du parc. Sa structure entièrement vitrée, emballée et expédiée en pièces détachées de l'Angleterre en passant par le Cap Horn fut terminée en 1879.

Nous pouvons admirer le "Japanese Tea Garden" ainsi que deux moulins à vent hollandais. L'ensemble du parc a été conçu afin de permettre aux gens de profiter agréablement de la nature. Les fleurs, les arbres, les pelouses jalousement entretenus, offrent ce que la nature et l'homme ont de meilleur quand ils se cotoient intimement.
Nous nous engageons sur Great Highway. Nous longeons l'océan Pacifique. Des vagues énormes déferlent sur une large bande de sable. Il est interdit de se baigner à cet endroit, les courants sont trop violents et les récifs à fleur d'eau.
Sur une pointe qui avance dans la mer, nous arrêtons à Cliff House une trentaine de minutes afin de permettre aux gens de se détendre. De la terrasse, nous avons une vue sur les quatre milles de plage, balayés par la mer. Un vent frais mêlé aux doux rayons du soleil, s'amuse dans mes cheveux.. L'horizon semble tellement lointain, la mer n'en finit plus. Elle se heurte aux écueils qui émergent. Elle transporte avec elle, une colonie de lions de mer et des oiseaux de rivage. Par temps clair, Farallon Island est visible à quelques trente milles des côtes.
Nous contournons la colline et nous nous dirigeons vers le Golden Gate en passant par le camp militaire Presidio. D'abord érigé par les espagnols, Presidio, qui veut dire caserne, devait défendre la baie. Il n'aura jamais l'occasion de repousser les envahisseurs puisqu'inexistants. Plus tard, il deviendra la base militaire des troupes fédérales. Il est aujourd'hui le quartier général de la sixième armée américaine.
Le voilà enfin, le Golden Gate.
Majestueux pont érigé sous la direction du chef-ingénieur Joseph Strauss et emblême de San Francisco. Il fut terminé en 1937. Il mesure 4,200 pieds de longueur et 746 pieds de hauteur. Son nom vient du nom de l'étroit passage qui relie l'océan Pacifique à la baie de San Francisco. Ce nom donné par John C. Fremont en 1848, veut dire "Passage d'OR" et représente l'époque des chercheurs d'or. Son nom n'a rien à voir avec sa couleur. Sa teinte rouge-orange est déterminante par journée d'épaisse brume puisque seules ses deux tourelles pointent au-dessus des nuages.
Notre itinéraire nous conduit le long de la baie vers Fisherman's Wharf, en passant au Pier 39, puis le centre-ville et enfin mon hôtel, directement à la porte.
J'ai apprécié grandement cette visite. Notre guide a tenu parole. Elle peut se flatter d'avoir capté l'attention de tout le monde, la vôtre aussi, je l'espère.
A ma grande surprise, mon mari est déjà là. Il a terminé vers 4:00 heures. Il en a profité pour me faire un cadeau, un magnifique bouquet de fleurs qui trône déjà sur le secrétaire.
Il a eu le temps d'aller voir comment fonctionne les " cable-cars ". Si nous avons un peu de temps, nous irons en voir les rouages.
Nous sortons dans la rue, un vent frais nous fait frissonner. Il fait déjà nuit, les rues sont moins encombrées que dans la journée. Nous nous rendons au Gand Hyatt Hotel à pied. Nous traversons le hall d'entrée, prenons l'escalier roulant jusqu'au deuxième sous-sol. Tout le long de la descente de longs rubans de tulle, piqués de fleurs sont attachés à la rampe. Désolée, vous n'êtes malheureusement pas invités. Ne restez pas loin, nous repartons tantôt.
Mardi matin, le 1er mars, il est 7:00 heures et le "smog" épais s'accroche aux immeubles et les enveloppe d'un manteau de ouate. À travers l'épaisse couche blanche, une boule jaune se dessine de plus en plus précise. Le soleil réussit à vaincre la brume pour la repousser au loin jusqu'à la faire disparaître complètement. J'en suis ravie, nous avons une magnifique journée en perspective.

Nous grimpons à bord du " cable-car " qui a à peine terminé son demi-tour sur la plate-forme tournante. Nous partageons le mini-balcon arrière avec le conducteur de réserve. La hauteur des collines est impressionnante. Les gratte-ciel du centre-ville diminuent à vue d'oeil pour faire place à des maisons appartements plus modestes. La baie s'élargit de plus en plus à mesure que nous gravissons la colline. Le chauffeur s'arrête au milieu d'une rue comme pour se reposer sur un marche-pied, pour laisser au " cable-car " le temps de reprendre son souffle. Il arrête ainsi à quelques reprises. Tout au sommet, la rue chute rapidement. Nous arrêtons sur le plus haut point.
L'île d'Alcatraz, ancrée au milieu de la baie, offre à la ville son meilleur profil. Elle semble énorme et combien mystérieuse.
La rue Filbert, avec sa pente de 31.5%, est la plus abrupte de la ville. Nous sommes en haut de cette rue. A peine, avons-nous fait cent pieds, que la côté la plus impressionnante que j'ai jamais vue, se jette littéralement au bas de la colline. Une voiture remonte la rue, au point le plus élevé de la rue, nous voyons le dessous de l'auto avant même d'apercevoir son pare-brise.
Nous la descendons à pied. Je vous assure qu'il faut avoir de bonnes semelles anti-dérapantes. Je bannis les talons hauts en descendant particulièrement, quoique pour monter, il faudrait faire le test. Ça pourrait être amusant. En tous cas, sûrement fatigant.

Nous remontons jusqu'à Hyde et continuons vers Lombard. Cette rue est surnommée "La plus tortueuse du monde" et pour cause, elle bat tous les records d'inclinaison. Pour en faciliter la descente, huit virages en épingles à cheveux ramènent son inclinaison à 18%. De chaque côté de la rue, des gens y ont leur entrée de garage.
A ce temps-ci de l'année, les fleurs sont absentes. Nous avons vu une photo de cette rue prise l'été alors que les fleurs abondent, c'est magnifique. La verdure offre quand même une vue exceptionnelle de cette rue désormais célèbre. Nous avons la chance de voir une limousine noire, se tortiller dans les virages. Il est intéressant d'observer le conducteur manoeuvrer pour tourner.
Sur la ligne Hyde, nous reprenons le " cable-car ", cette fois vers "The Cannery". En retrait de Fisherman's Wharf, elle occupe un vaste bâtiment de briques rouges du début du XXe siècle. Cette ancienne conserverie de fruits a été aménagée avec ingéniosité et regroupe des restaurants et des boutiques.
Nous prenons le chemin qui mène à Hyde Street Pier. Là, de vrais bateaux se balancent le long des quais. Vieux d'un siècle, l'Eureka fut le plus gros car-ferry du monde. Nous montons à bord du trois-mâts C.A. Thayer, ancien transporteur de bois de charpente et du Balclutha, navire écossais construit en 1886.
Je ne sais pas l'heure qu'il est mais mon estomac crie famine. Nous nous installons sur une terrasse au soleil située dans la cour intérieure de la cannerie. Avec un manteau léger, à l'abri du vent, nous prenons notre premier repas de l'année dehors.
Au menu, nous choisissons des saucisses accompagnées de choucroute, de patates, de salade, sans oublier une bonne bière bien froide du nom de Samuel Smith. Un orchestre péruvien, installé sur une scène improvisée attire une foule qui grossit peu à peu. Nous avons une place de choix. Nous ne perdons aucune note du spectacle.
Cette entracte nous a reposé les pieds et bien remplit l' estomac. L'heure est au magasinage. Plus nous approchons de Fisherman's Wharf, plus les boutiques se multiplient.

Depuis ma visite guidée de la ville, j'ai décrit à mon mari le point de vue que nous avons de la ville sur le belvédère de Twin Peaks. Nous prenons deux différents autobus, puis le métro et encore l'autobus. Nous sommes seuls avec la conductrice. Elle s'informe de notre destination et nous arrête gentiment à l'endroit où nous pourrons atteindre cet observatoire, le plus directement possible, sans pour cela faire de longs détours.
Elle regarde mes chaussures et me désapprouve de grimper la colline avec ça. Des chaussures de course auraient été préférables.
Nous jetons un coup d'oeil rapide à la montée, un étroit sentier piétiné par les habitués, est couvert à certains endroits d'un treillis de coton afin de rendre la terre moins glissante. Il zigzage entre les cailloux et les herbes hautes. Parfois, la terre se dérobe sous nos pieds, il faut bien s'accrocher. Mon mari me tend la main et nous voilà au bout de nos peines. Nous suivons la route, jusqu'au belvédère.
Au soleil, il fait environ 27°C (80°F), le ciel est d'un bleu profond, sans aucun nuage. Seule une légère brise nous décoiffe. La vue est superbe.
Il est impossible de tout voir en une seule fois. A droite, des ilôts de maisons s'accrochent au flanc des collines. Tout droit, la longue rue Market se déroule jusqu'au centre-ville, côtoyant le Bay Bridge qui se sauve vers Oakland via Treasure Island. Sur la gauche, Alcatraz mouille au milieu de la baie et enfin le Golden Gate qui ferme le pas jusqu'à l'océan Pacifique, laisse derrière lui le quartier de Japantown, Russian Hill, Fisherman's Wharf, enfin les quarante collines de la ville.
Dans le quartier latin, plusieurs ethnies se côtoient. Nous trouvons dans l'autobus, le meilleur exemple du mélange des races. Sur 16th Street, nous arrivons à la mission Dolorès. ou mission de San Francisco de Asis. Elle a survécu au passage du temps. Devant cette façade entièrement peinte en blanc, nous découvrons l'architecture mexicaine du XVIIIe siècle. Il est 4:02 heures et les visites se terminent à 4:00 heures. Nous nous butons à des portes barrées et bien zut!... Nous retournons à notre hôtel par le métro.
Les rares nuages parsemés au-dessus de la ville ont pris une teinte rosée. Les ombres se sont répandues, enveloppant la base des immeubles et les rues grouillantes de vie. Le haut de la colline a revêtu des couleurs éclatantes. Elle profite du soleil couchant pour attirer les regards et peut-être l'envie des gens qui se sont retrouvés très tôt dans une demi-pénombre.
Le souper auquel nous sommes conviés a lieu au 45e étage de l'hôtel, au Vista Room, grand salon vitré où déjà nombre de personnes sont en grande conversation. A défaut d'une atmosphère électrisante, la vue de San Franciso confère un cachet de romantisme à notre repas. Les gens sont aimables et la conversation va bon train. De ma place, je vois le Bay Bridge, le Marriott Hotel, les gratte-ciel du centre-ville.
Après une journée aussi bien remplie, nous éprouvons très tôt l'envie de nous retrouver la tête sur l'oreiller, enveloppés dans des draps frais.
Nous sommes déjà mercredi le 2 mars. La semaine s'envole plus rapidement que nous l'espérions.
Aujourd'hui, nous projetons de visiter l'île d'Alcatraz. Nous montons dans le cable-car vers Fisherman's Wharf, au Pier 41. Nous achetons nos billets et attendons avec d'autres passagers que le bateau de la Red & White Fleet accoste.

A bord, nous avons amplement le temps d'admirer la baie de tous ses côtés. Nous avons une perspective différente de la ville mais tout aussi admirable que les points de vue variés que nous avons découverts durant nos excursions.
Sur le bateau, le capitaine avertit sérieusement tous les passagers sans exception que la dernière navette partira à 4:00 heures, prière de noter l'heure, sans quoi, ceux qui manqueront le bateau devront rester dans l'île jusqu'au matin suivant, sans nourriture, sans eau et n'ayant nulle part où aller coucher que la prison.
Un guide nous donne certaines consignes à respecter et nous brosse un tableau sommaire des différentes étapes de la visite. Pour ceux qui le désirent, des baladeurs sont disponibles en français, anglais, japonais, allemand, espagnol et italien. Cet enregistrement nous permettra de faire le grand tour de la prison, quidés par un prisonnier, sous les bruits de tasses frappées contre les barreaux des cellules, ou les cris des gardiens qui rappellent les pensionnaires à l'ordre.
Au cinéma, nous voyons déambuler les prisonniers, des hommes se battent, mangent, dorment, lisent ou jouent aux cartes. Ici, la visite fait appel à l'imagination. Nous ne voyons que des touristes de toutes ethnies. Il suffit à chacun de suivre un itinéraire tracé par une voix. Il décrit la vie de tous les jours. Il ne manque pas de parler des gardiens qui sont là pour les mâter, du prisonnier récalcitrant qui se fait jeter au cachot.
La chaise du barbier a tout l'air d'une chaise électrique. Prenez place, afin de vous sentir dans la peau de ces mauvais garçons qui échouaient ici.

Le corridor central des cellules porte le nom de "Broadway". Les hommes demeuraient de 16 à 23 heures par jour dans des cellules individuelles mesurant 1 3/4 mètre par 3 mètres (5 pieds par 9 pieds).
Ceux qui respectaient les règlements de la prison pouvaient jouir de certains privilèges tels que la cour de récréation, un emploi, des livres, des films ou recevoir des visiteurs. Ceux qui, au contraire, les enfreignaient, n'y avaient pas droit.
La prison pouvait accueillir au maximum 360 détenus, mais elle n'en comptait que 260 en tout. Chaque gardien s'occupait de trois prisonniers, donc il y avait une forte population de gardiens.
Au bout des corridors, se trouvait la "gun gallery" d'où les gardiens armés surveillaient l'ensemble des pensionnaires.
Le réfectoire était l'endroit le plus dangereux à cause des ustensiles. La nourriture, dite la meilleure dans le système de prison fédérale, aidait à réduire les tensions et diminuer les griefs des détenus.
Les plus récalcitrants étaient parfois jetés au cachot, habituellement apppelé "le trou". Ces cellules numérotées de 9 à 14 recevaient individuellement un visiteur pendant une moyenne de trois jours, souvent dans l'obscurité totale.
Une large bibliothèque était à la disposition de ceux qui savaient gagner leurs privilèges.
En passant devant les cellules no.138, 150 et 152, la voix nous raconte l'histoire de trois hommes: Frank Morris, John Anglin, et son frère Clarence, qui avaient préparé leur évasion des mois à l'avance en se fabriquant des têtes leur ressemblant, en papier mâché, peintes et coiffées de vrais cheveux. Le 11 juin 1962, durant la nuit, ils sont passés par le corridor d'utilité derrière le mur des cellules et puis par le trou d'un ventilateur dans le plafond. Ils se glissèrent dans l'eau, à la partie nord de l'île, sur des radeaux soufflés, de fabrication maison. Ils n'ont jamais été retrouvés. Ils se sont présumément noyés.
Al Capone a également été incarcéré à Alcatraz pendant quatre ans et demi dont deux ans dans une cellule d'isolement de l'infirmerie.
Les crimes commis par les prisonniers contre la société allaient du kidnapping au cambriolage de banque. Toutefois, ce qui valait aux prisonniers d'être incarcérés à Alcatraz était leur indiscipline et leur comportement perturbateur dans d'autres prisons.
Le coût du transport de l'eau, de l'essence, de la nourriture et autres utilités ont fait d'Alcatraz une prison dispendieuse. Son budget était deux fois celui d'une autre prison fédérale.
Le salaire des gardiens, les bâtiments qui se détérioraient rapidement dans l'air salin et le taux élevé des réparations, rendaient la prison onéreuse à opérer. Pour toutes ces raisons, la prison ferma ses portes le 21 mars 1963.
Un homme assis à une table, près de la boutique de souvenirs, répond aux questions des visiteurs. Cet homme a lui-même passé vingt ans de sa vie à Alcatraz. Maintenant, il fait profiter le public de son expérience en vendant un livre racontant son histoire.
Nous ne pouvons même pas l'apercevoir, tellement il attire les curieux.
Vers 12:15 heures, nous reprenons le bateau, et sur le quai, nous allons dîner chez "Johnny Rocket". Ce snack bar ressemble à ceux des années 50 avec ses bancs chrômés haut-perchés, ses dessus de comptoir glacés et ses affiches des groupes Rock & Roll de l'heure. D'ailleurs, la musique endiablée de ces années emplie le restaurant. Par contre, le prix est plutôt des années 90.
Nous montons dans l'autobus qui nous conduit à "Coit Tower". Cette tour érigée au sommet d'une des nombreuses collines de San Francisco, nous fait découvrir une autre vue de la baie et de la ville qui a tout à fait le même air enchanteur qu'aux autres points d'observation.
Juchée sur Telegraph Hill, Coit Tower, d'une hauteur de plus de 70 mètres (210 pieds), fut réalisée selon le voeu de Lillie Hitchcock Coit, une originale qui s'était prise d'affection pour les pompiers de la ville et demanda qu'on érige un monument en leur honneur.
Nous sautons à nouveau dans un autobus qui nous emmène cette fois vers "The Painted Ladies".

Nous sommes invités dans un restaurant chinois. Ce soir, je vous invite à nous y accompagner. Vous ne serez pas déçus.
La tenue de ville est de rigueur dans cet établissement. Nous arrivons en taxi au restaurant chinois "Tommy Toy's", 655, Montgomery Street. Le restaurant porte le nom de son propriétaire: Tommy Toy.
Notre hôte qui se présente comme le capitaine de la table, nous invite à prendre place à une longue table dans un coin. La décoration, la luminosité et la musique dégagent une atmosphère asiatique chaleureuse.
Sur le menu, les choix sont si variés qu'il est difficile de s'y retrouver. Nous donnons carte blanche au capitaine.
Une première entrée est composée de champignons sur feuille de laitue servis sur le sommet d'une petite coupe en céramique blanche. Il faut refermer la salade sur les champignons en une minuscule pochette que l'on déguste en une bouchée. Un Chardonnay bien frappé accompagne la première partie du repas.
Une bisque de fruits de mer nous est présentée comme deuxième entrée. Elle est servie dans une noix de coco chapeautée d'une minuscule pâte feuilletée. Il faut tailler la pâte avec une cueillère pour en faire une rondelle qui tombe directement sur la bisque bouillante. Le capitaine démontre à toute la tablée la façon de procéder en préparant le mien en un clin d'oeil.
Chacun des services est effectué par deux serveurs vêtus de blanc, de manière impeccable et à pas feutrés, sous l'oeil vigilant du capitaine.
Le premier plat principal est un régal autant pour les yeux que pour le palais. Des morceaux de homard, accompagnés de champignons et d'échalottes sont disposés pour reproduire un vrai homard de façon stylisée.
Notre capitaine nous sert un vin rouge tout à fait exquis, un Cabernet Sauvignon "Silver Oak". Comme mon mari se montre septique, le capitaine lui propose de faire un marché, si nous trouvons le vin délicieux, il gardera la dernière coupe pour lui.
Ce dernier nous présente, sur une longue assiette, le fameux Canard de Pékin. Pièce de viande entière recouverte d'un glaci noir. Après un signe d'approbation, notre hôte repart vers les cuisines. Les serveurs nous rapportent un minuscule morceau de Canard de Pékin sur une sorte de biscotte floconneuse blanche. C'est divin. Nous lui donnons le nom de Pékin Burger et tout le monde rit.
Le troisième repas principal se compose de trois médaillons de boeuf à la Shéchuannaise.
Le capitaine s'approche de mon mari et amicalement lui tapote les épaules en lui demandant ses impressions sur la qualité du vin. Il n'a pas aussitôt manifesté son ravissement que le capitaine emporte avec lui la bouteille ne contenant plus que l'équivalent d'une coupe et c'est le rire général.
Tout au long du festin, le capitaine s'est montré agréable, drôle et juste assez amical pour ne pas dénoter dans la qualité du service et faire de ce repas, une détente.
Pour clore cet inoubliable dégustation, l'on nous sert une mousse sur coulis de fraises parsemé de coeurs en crème et feuilles de menthe et puis un café.
N'hésitez surtout pas à recommander ce restaurant à ceux qui voudront se payer une merveilleuse aventure gastronomique chinoise.
Nous sommes très fatigués et allourdis par ce copieux repas, oh! combien excellent! Quelle bouffe mémorable. Nous sommes couchés et nous en parlons encore.
Le jeudi matin, nous nous levons vers 6:30 heures. Nous allons chercher notre déjeuner à l'étage de la réception et vers 7:30 heures et puis prenons possession d'une Lincoln Town Car de location. Montez avec nous et un couple d'amis tout aussi curieux que nous, pour découvrir la côte ouest des États-Unis, par la route, en descendant vers le Mexique.
Nous nous engageons sur la route 1, route panoramique qui longe la côte ouest. Les premiers quinze milles sont parsemés de collines rougeâtres qui glissent jusqu'à la mer. De fortes vagues écument sur les récifs et meurent sur un sable de cassonade.
Nous nous arrêtons pour admirer le découpage de la côte et la couleur aqua que l'océan précipite dans des remous, sur le fond du ciel d'un bleu à peine piqué de moutons légers.
Le paysage devient quelconque en longeant les champs de culture d'artichauds. Nous arrêtons à Santa Cruz prendre un café dans un "Donuts" quelconque. Il est si mal entretenu que, mon mari qui adore les beignes, n'ose pas en commander un. Ils ont l'air douteux.

Nous reprenons la route vers la péninsule de Monterey. Nous quittons la 1 pour nous retrouver dans un petit village fort joli. Allons voir les arbres à papillons.
Des monarques y ont élu domicile. Plusieurs se posent sur les branches tandis que d'autres s'envolent. Il semble que ce ne soit pas la plus belle saison pour les observer. L'automne, quand les masses de papillons émigrent du nord américain et du Canada vers le Mexique, le spectacle doit être grandiose.

Nous longeons de nouveau l'océan Pacifique jusqu'à Lone Cypres. Un parc est aménagé autour d'énormes rochers poreux et de Cyprès qui ont tout l'air de Bonsaï géants. Le long de cette route, nous admirons de magnifiques résidences, que dis-je, des châteaux, avec une entrée grillagée et une haute clôture de pierre qui ceinture un vaste domaine de verdure.
Nous roulons aux abords du terrain de golf "Spanish Bay". En plus de profiter du rivage et de ses environs, ce terrain habrite un troupeau de chevreuils d'une trentaine de bêtes qui ne semblent pas du tout se soucier des golfeurs. Ils broutent en toute quiétude.
Nous atteignons le Pebble Beach Golf Club, un des terrains les plus prestigieux aux Etats-Unis. Dans le "Tap Room", bar où se retrouvent les golfeurs au 19e trou, nous commandons de la bière.
Nous traversons un vaste salon et passons sur la terrasse par une large porte-fenêtre. De là, nous avons une vue imprenable sur le 18° trou de ce parcours qui longe l'océan.
La mer ancrée dans une sorte de baie, ronronne doucement, éclaboussant la rive verdoyante.

Nous reprenons la route vers Carmel. Cette ville d'artistes n'a ni gratte-ciel, ni édifices à condo, ni feux de circulation. C'est ni plus ni moins qu'une attrayante petite ville, aux larges rues fleuries et aux maisons respirant la douceur par leurs couleurs et leur construction romantique.
Une mini-plage de sable blanc, se rafraîchit à l'ombre de gros arbres et offre en prime une vue sur le terrain de golf qui longe la moitié de la baie.
D'attirantes boutiques étalent des vêtements de bonne coupe et de nombreux objets d'artisanat local.
Nous stationnons et à quelques pas de là, nous descendons un escalier derrière une boutique où le restaurant Hog's Breath Inn est annoncé. Ce dernier appartient à Clint Eastwood qui a d'ailleurs été maire de la ville pendant quelques années.
Le restaurant est en plein air, entouré par les murs des boutiques, un bar à la mexicaine et la section intérieure de ce même restaurant.
Sur le mur du fond, une grande fresque est peinte représentant un paysage californien. D'épaisses tranches d'arbre résinées forment le dessus des tables.
Dans les arbres, des chaufferettes sont orientées vers les clients pour réchauffer l'air si la température se montre capricieuse. Bon appétit!
Nous continuons notre route sur le 17 Mile Drive et puis nous laissons la mer derrière nous pour nous engager sur l'autoroute vers le nord. Nous revenons ainsi à San Francisco plus rapidement. Nous devons malheureusement sacrifier le coucher de soleil sur le Pacifique.
Une fois rendus à San Francisco, nous nous rendons à la rue Filbert. Mon mari conduit la Lincoln depuis notre départ de Pebble Beach. Il sort à Civic Center, prend Hyde et s'engage sur Filbert pour enfin connaître la sensation de descendre cette rue qui du haut de sa pente ne semble pas avoir de fond. La dénivellation nous apparaît plus impressionnante étant assis sur la banquette arrière. Je laisse échapper un petit cri étouffé qui en dit long.
Comme un petit garçon qui va monter dans les autos tamponneuses pour la première fois, il s'empresse de remonter sur Hyde et descend Lombard. Il s'amuse dans les virages extrêmement serrés.
Il grimpe la ville vers les maisons victoriennes "Painted Ladies". Les vieilles demoiselles aux fenêtres qui s'éclairent de reflets jaunâtres, apparaissent maintenant dans la pénombre qui envahit les rues. Les lampadaires s'allument comme par magie et leur jettent des ombres qui atténuent leurs teintes pastelles.
Nous montons vers Twin Peaks. Le vent glacé se lève brusquement. Du belvédère, nous admirons la ville et ses milliers de lumières qui scintillent.
Venant de la mer sur notre gauche, un immense nuage de brume, poussé par un vent rapide et glacial s'avance sur la ville et la recouvre jusqu'à la faire disparaître complètement en cinq minutes.
Ce phénomène presque incroyable se déroule sous nos yeux. Le froid nous oblige à réintégrer l'auto rapidement. Nous avons des frissons sur tout le corps. Mon mari met le chauffage, tant nous sommes gelés.
Le brouillard s'est installé partout. Sur la route qui contourne la colline, il rend la visibilité quasiment nulle. La proximité du goufre nous rend très nerveux. De ma vie, je n'ai vu un brouillard aussi dense.
Au centre-ville, les lumières percent l'épaisse couche d'ouate et les immeubles font obstacle au vent. Malgré la température très fraîche, nous la préférons à celle du haut de la colline.
Le vendredi matin, nous nous levons vers 7:00 heures. Nous voilà à la fin de notre voyage. Il faut penser au retour et refaire nos valises.
Nous sortons pour aller déjeuner chez Lori's. Assis au comptoir, juchés sur des tabourets, nous regardons la danse des cuisiniers qui cassent des oeufs sur une grande plaque de fonte, rôtissent des petites patates qu'ils font sauter d'un coup de spatule, et tournent des tranches de bacon qui pétillent.
Dans un ballet étourdissant, ils passent du comptoir au poêle et servent rapidement chacun des clients. Des portions généreuses remplissent les assiettes et la nourriture est brûlante.
En sortant de ce restaurant, je manque de trébucher sur un homme étendu à même le trottoir, sur un grand carton appuyé au mur de brique. Un itinérant, dans des vêtements négligés, dort vraisemblablement là depuis quelques minutes.
Il est facile d'imaginer son emploi du temps quand il ne dort pas. Tout près de lui, une pancarte écrite à la hâte, réclamant de l'argent pour manger, indique clairement aux passants que son sort dépend d'eux. Je ressens de la culpabilité de pouvoir m'offrir d'aussi copieux repas. Je repense à ce que j'ai laissé dans mon assiette et mon déjeuner n'a plus la même saveur. Comme on dit, on ne peut pas changer le monde, mais ça ne suffit pas pour aider ces gens qui n'ont probablement pas choisi d'être là.
Nous remontons la rue vers le quartier chinois, les boutiques ne sont pas encore ouvertes.
Nous regardons les vitrines en flânant et dès qu'une porte s'ouvre, nous allons acheter les objets que nous avions repérés plus tôt durant la semaine. Nous devons retourner à notre hôtel sans tarder et terminer nos bagages.
C'est presqu'une course contre la montre. Nous n'avons plus de temps à perdre. Mon mari hèle un taxi. Le chauffeur s'occupe des valises et à peine en route, nous entendons à la radio "I left my heart in San Francisco". C'est comme un au revoir que nous fait cette ville.
Sur ce, je vous dis " à bientôt". Peut-être, aurons-nous l'occasion de voyager à nouveau ensemble, qui sait?
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