Chapitre XIII

 

 

 

Ouverture aux autres

 

 

- La générosité

 

Marie Emmanuel, dans son volume: "Dieu au jour le jour", nous livre ce que c'est qu'aimer.

 

Aimer c'est devancer, toujours, désamorcer et délier.

 

Aimer c'est donner, pour que tu ne sois pas réduit à prendre et à voler.

 

Aimer c'est se donner, pour te délivrer de prendre et de violer.

 

Aimer c'est t'offrir d'être digne d'être aimé et te laisser devenir ce que tu es.

 

Aimer c'est croire que tu es celui que tu es et que tu n'es pas celui que tu n'es pas, pour qu'il y ait la joie et l'espérance.

 

Aimer c'est désamorcer toutes les morts, le mal où l'on s'enlise, et c'est mourir à moi pour que tu vives.

 

Aimer c'est consentir à mourir pour te sauver de vouloir me tuer.

 

Aimer c'est accoucher, c'est laisser naître en toi Celui qui te fait vivre.

 

Tu es, Seigneur, l'Amour qui seul fait vivre.

 

"La plus grande maladie actuelle, ce n'est pas la lèpre ou la tuberculose; c'est le sentiment d'être le mal-aimé, l'abandonné. Et cette maladie n'épargne pas les riches." (Jean Vanier)

 

Je me permets de vous soumettre un texte qui a paru dans La Presse, et qui s'intitulait: " Imaginez comment changer les choses pour que ça compte".

(Imagine: La générosité, La Confédération, mai '91)

 

La "belle vie" aujourd'hui, c'est autre chose.

 

Il n'y a pas si longtemps, "tout avoir", c'était ça la belle vie.

C'était l'image du bonheur.

 

Mais aujourd'hui, il se passe quelque chose de vraiment extraordinaire.

Les spécialistes des sondages révèlent qu'il s'agit là d'un des plus importants virages qu'ait connu l'opinion publique dans l'histoire moderne. Ils affirment que la génération du "je-me-moi" est en passe de devenir la génération du "nous".

 

Notre univers se transforme et nos aspirations évoluent aussi. Nous recherchons une nouvelle forme de satisfaction. Nous établissons d'autres priorités auxquelles consacrer notre temps, notre attention et nos énergies.

Ce n'est pas tant que nous ayons renoncé à nos intérêts personnels, mais simplement que nous nous voyons d'une façon différente.

 

Réfléchissez un moment: qu'est-ce que c'est que la "belle vie" pour vous?

 

Qu'est-ce qui compte ? Sur quoi repose la qualité de la vie ?

 

Avec le passage de la génération du "je-me-moi" à celle du "nous", notre conception de la qualité de la vie change.

 

On travaille fort, mais on exige plus de la vie.

 

Aujourd'hui, on se donne beaucoup de mal pour joindre les deux bouts. Les temps sont durs. Mais les temps durs ne doivent pas nécessairement être synonymes de dureté. Et puis, nous ne pouvons plus seulement penser à "arriver".

 

Depuis les incidents dont nous sommes témoins dans la rue jusqu'aux événements qui se déroulent dans le monde, beaucoup de choses affectent la qualité de notre vie. Les collectivités et l'environnement. La vie des animaux sauvages et la vie humaine. L'éducation de nos enfants et le bien-être de nos citoyens âgés. L'itinérance et l'analphabétisme. La faim et la santé. La culture, les traditions et la vie de quartier.

Tout à coup, sauver le monde prend une dimension très locale. Ce n'est pas seulement une question de compassion et de générosité. C'est l'idée nouvelle que nous sommes tous ensemble dans le même bateau et que prendre soin de nous-mêmes signifie aussi nous occuper du monde qui nous entoure. Individus, entreprises, organismes et gouvernements, tous, nous partageons cette responsabilité.

 

Nous sommes conscients des problèmes qui affectent notre vie et notre milieu et nous voulons changer les choses.

 

Ce qui commence à compter le plus, c'est de faire quelque chose qui compte.

 

Bribe de conversation entendue dans une soirée: "Après la naissance de mon bébé, j'ai commencé à voir les choses différemment. J'ai commencé à penser au monde que j'allais laisser à mes enfants, j'ai senti qu'il fallait que je m'engage."

 

Beaucoup de choses nous inquiètent dans le monde, ce n'est pas nouveau.

Mais, ces temps-ci, nous voulons faire plus que de simplement nous inquiéter. Nous voulons changer les choses.

 

Voilà, le mot est lancé. "Changer les choses". S'engager d'une manière qui compte.

 

Mais n'est-ce pas là, peu importe la forme que cela prenne, cette nouvelle générosité que nous voulons réinventer ? Dans un récent sondage, 92% des gens au pays ont déclaré qu'il était important de "donner quelque chose en retour".

 

Qu'avons-nous à donner ? Nous avons du temps et de l'argent. Nous avons des compétences, de la générosité, de l'intelligence et de l'énergie. Et nous pouvons les utiliser d'un million de façons pour appuyer les causes, les débats et les organismes auxquels nous croyons.

 

De retour à la soirée: "Je lis des choses dans les journaux, je les vois à la télévision ou dans la rue, et je ne peux pas accepter qu'il n'y ait rien que je puisse faire. Non pas que je pense à renoncer à tout, mais je ne veux tout simplement pas rester à l'écart."

Les gens ont de plus en plus le goût de s'engager. Plus nous serons nombreux à le faire, plus nous réussirons à changer les choses.

 

Que vaut une goutte d'eau dans l'océan ?

 

Voici ce que dit le philosophe: "Mieux vaut faire peu que rien du tout."

Qui d'entre nous peut se vanter de faire des gestes extraordinaires tous les jours ? Probablement personne. Mais le seul fait de participer compte déjà, parce que cela fait partie d'un tout beaucoup plus grand.

Mieux encore: si nous sommes nombreux, nous pouvons faire tellement plus ensemble.

 

Songez qu'au pays, les individus donnent déjà plus d'un milliard d'heures de travail bénévole par année, une valeur de plus de 13 milliards $. Et ceci n'inclut pas les façons moins officielles de donner, telle l'aide aux voisins ou à la famille.

 

Toutes ces gouttes suffiraient à remplir l'océan ! C'est vrai, nous n'avons que des gouttes à donner. Mais ces gouttes s'ajoutent les unes aux autres, et c'est là le pouvoir du "nous". Et son potentiel.

 

Pas besoin de changer de vie pour aider. Mais aider peut changer votre vie.

 

C'est une vérité simple que tout le monde connaît. Donner vous fait du bien. Mais il y a plus. Donner vous donne l'occasion de changer les choses, d'améliorer le monde, près de vous. La chance de participer aux événements et de travailler avec des gens. D'utiliser vos compétences et d'en acquérir de nouvelles.

 

En fait, on ne donne pas seulement parce que les autres en ont besoin, mais parce qu'on a aussi besoin de faire quelque chose qui compte. Et nous avons tous besoin de savoir que notre travail compte. C'est ce qui lui donne sa valeur et c'est ce qui nous gratifie.

 

C'est dans la nature humaine que de vouloir recevoir quand on donne.

 

Aider, c'est gratifiant.

 

Apprendre à dire "Non" pour pouvoir dire "Oui"

 

Au pays, on compte plus de 60 000 organismes de charité et sans but lucratif. Nous sommes plus sollicités que nous ne pouvons donner. Par la poste, à notre porte, à la télévision, dans les journaux, c'est parfois trop.

 

De façon réaliste, il nous faut dire "non" plus souvent que nous ne pouvons dire "oui". Que nous donnions à plusieurs causes ou à quelques-unes seulement. Inutile de nous sentir coupables.

 

Parce que le problème, ce n'est pas de dire "non". C'est plutôt de dire "non" automatiquement, chaque fois qu'on est sollicité, sans même y penser.

Quand est-ce qu'un "non" est raisonnable ? Quand nous savons exactement de quelle façon nous voulons dire "oui".

 

Dans ce cas, ce n'est pas un "non" automatique, mais le résultat d'un choix: celui de donner de la façon qui nous convient le mieux.

 

La première chose à donner, c'est quelques minutes de réflexion. C'est simple. Il vaut mieux commencer par réfléchir. En d'autres mots, il faut planifier.

 

Il nous faut penser à la cause ou aux causes auxquelles nous voulons donner, à combien nous voulons donner et aux raisons pour lesquelles nous voulons donner. Et enfin, à la façon dont nous pouvons planifier nos dons dans notre budget et en faire une partie intégrante de notre vie.

 

C'est la façon de nous engager personnellement, de faire de nos dons quelque chose de réel, quelque chose qui compte vraiment.

C'est la façon de changer les choses.

 

Donner, c'est un choix. Un choix à planifier si on veut qu'il ait du sens.

 

 

- Vivre avec soi-même et les autres

 

Téo Chentrier, dans son bouquin: "Vivre avec soi-même et avec les autres", nous donne plusieurs secrets pour comprendre la psychologie de la vie quotidienne.

 

L'homme véritable trouve en lui la source de son énergie et de ses activités. Le jour où un homme ne dépend plus intérieurement de l'opinion des autres pour sa conduite, il prend confiance en lui.

 

Il est certain que l'homme a besoin d'encouragements, mais il doit apprendre à s'en passer s'il veut devenir fort dans la vie.

 

Prendre ses responsabilités, c'est avoir plaisir de prendre sur soi les conséquences de ses actes et de ses décisions, en toute connaissance de la question.

 

Si vous voulez être aimé, commencez par être aimable.

 

Pour que la communication avec autrui soit bonne, il faut être d'abord réceptif de la pensée et des sentiments de l'autre.

 

Ce n'est point par les choses elles-mêmes que nous faisons que nous méritons la reconnaissance, mais par la manière dont nous les faisons, et aussi pour quel motif.

 

Il faut vivre en tenant compte des autres, mais il ne faut pas vivre en fonction des autres.

 

L'amour, ça se sent, ça se ressent, mais ça ne s'explique pas.

 

L'amour supporte toujours les défauts de l'être aimé; c'est quand on n'aime plus quelqu'un qu'on ne supporte plus ses défauts.

 

On ne commande pas à ses sentiments, on ne peut commander qu'à sa conduite et c'est en agissant sur sa propre conduite qu'on peut arriver à agir sur ses sentiments.

 

Dans son livre: "Bon Jour", Richard Lauzon nous invite à vivre pleinement notre quotidien.

 

Le geste altruiste et réconfortant, ainsi que la générosité demeurent des qualités humaines qui demandent beaucoup, en apparence, mais qui bénéficient tellement à qui donne.

 

N'est-il pas juste de dire que c'est par le biais de nos talents de "coeur" qu'on peut entrer en communication la plus intime avec nos semblables ?

 

Un loisir n'est en lui-même ni accessoire, ni essentiel; c'est la place qu'il occupe dans nos activités qui lui confère le titre d'accessoire ou d'essentiel.

 

La qualité évolutive de notre être est constituée des actions et absences d'action, des oui et des non de nos quotidiens réunis. Faire des choses du mieux qu'on peut; tenter d'éviter les erreurs de parcours; et apprendre de celles qu'on aura commises en les remplaçant par des gestes plus judicieux.

 

Il faut être amoureux de la vie pour pouvoir être amoureux de quelqu'un, il faut être heureux de la vie, malgré ses épreuves, pour être libre dans l'épanouissement de ses sentiments.

 

Se sentir accepté tel que l'on est, c'est se sentir aimé et c'est quand on se sent aimé qu'on accepte de changer.

 

Quand on a la bonté dans le coeur, on l'a sur le visage, et la bonté c'est beau à voir. Nous avons tous le devoir d'être beaux, chacun à notre manière, par l'intelligence et l'esprit, par le coeur et surtout par la simplicité.

 

 

- Relations humaines

 

 

Jn-Luc Hétu, dans son volume: " La relation d'aide", nous dit qu'aider quelqu'un, c'est joindre nos efforts aux siens, tout en lui laissant la direction des opérations.

 

L'aidé arrive à découvrir qui il est, à clarifier ce qu'il doit devenir, à identifier les changements à apporter dans ce sens, et à utiliser les ressources et à développer les habiletés requises pour ce faire.

 

C'est ainsi que l'aidant fournit progressivement à l'aidé la possibilité d'apporter de vraies réponses à ses vrais besoins.

 

L'aidé cesse d'avoir besoin de recourir à des stratégies inadéquates pour satisfaire des besoins mal identifiés: suralimentation, surconsommation matérielle, abus de tabac, d'alcool, de café, du travail et d'autres drogues, agitation et surmenage, contrôle excessif de soi, tensions chroniques et autres symptômes.

La compréhension d'autrui se trouve au coeur de toute démarche de relation d'aide valable. Dans la mesure où je réussis à saisir quelque chose du vécu d'autrui et à la lui communiquer, je contribue par le fait même à l'aider à mieux se comprendre, et donc à progresser.

 

L'aidant dispose de deux ressources fondamentales pour accomplir sa tâche, à savoir: ses connaissances psychologiques d'une part, et sa sensibilité à autrui (son empathie) de l'autre.

 

Toute personne étant semblable en partie aux autres, Rogers nous parle ainsi: " Plus nous allons profondément à l'intérieur de nous-mêmes en tant que particuliers et uniques, à la recherche de notre identité propre et individuelle, plus nous rencontrons l'espèce humaine dans son ensemble.

 

Puisque la personne humaine est en partie semblable aux autres, ce que la psychologie ou tout autre savoir scientifique me dit de la personne humaine en général a bien des chances d'être vrai aussi pour la personne concrète que j'ai devant moi.

 

Toute personne étant également en partie différente des autres, l'aidant sera prêt à faire de patients efforts pour tenter de pénétrer dans l'univers de l'aidé au rythme des révélations que celui veut bien lui faire sur lui-même, dans la mesure où il sera convaincu qu'autrui représente une individualité unique que l'on ne peut bien connaître qu'" empathiquement ", c.-à-d. de l'intérieur".

 

Dans la relation d'aide, l'expert, après avoir utilisé sa compétence professionnelle pour apporter des informations valides ou des hypothèses pertinentes, va ensuite utiliser sa compétence interpersonnelle pour aider la personne à clarifier l'impact de cet apport sur son cheminement existentiel.

Jean Bédard, dans son volume: " La relation d'entraide", nous fait comprendre que l'entraide c'est un peu comme lorsque nous nous promenons dans un grand jardin. Nous cueillons des fleurs et des fruits, nous nous enrichissons. En même temps, nous avons l'impression que nous pouvons donner quelque chose à ceux que nous rencontrons.

Cette relation est le seul type qui peut réellement nous arracher au sentiment de solitude.

 

Dans la relation d'entraide, la personne découvre qu'elle a un but qui lui est propre et qu'elle est un but en elle-même.

Dans cette relation, nous parlons de collaboration plutôt que d'intégration, de coopération plutôt que d'enseignement, de services ou d'aide.

 

Certaines personnes ont une grande difficulté à faire les premiers pas vers quelqu'un, mais elles acceptent qu'on aille vers elles, si on ne les bouscule pas.

 

Dans la relation d'entraide, l'intention est de se révéler mutuellement.

Le but de notre relation est de nous proposer l'un à l'autre des sentiments, émotions, idées et actions, qu'il nous semble risqué de transmettre à tout le monde.

 

La relation est réciproque. C'est l'acte de donner et l'acte de recevoir.

 

L'amitié est souvent une relation d'entraide. Mais une relation d'entraide n'engage pas forcément la continuité et la fidélité que suppose l'amitié.

 

La relation d'entraide est une sorte de compromis entre un altruisme pur et un égoïsme calculateur. L'entraide suggère un sentiment d'égalité dans la dignité qu'on accorde l'un à l'autre.

 

Une relation d'entraide devrait nous permettre d'ajouter la manière de voir de l'autre à la nôtre. Cela s'appelle se compléter.

 

Dans ce type de relation, chacun n'a que sa propre compétence, celle que sa vie vérifie ou réfute.

 

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