Chapitre II

 

Adolescence/Orientation

 

 

 

Pour Yves, sur le plan émotion, sentiment, à l'âge de 11-14 ans, ce fut une période à la fois calme et troublée. Il se sentait mal dans sa peau et il ne se trouvait pas aimé, apprécié en dehors de sa famille. Ce furent des années où il ne vivait pas réellement, il subissait le système et il souffrait énormément, car Yves était et est toujours très sensible.

 

À bien y penser, je crois qu'il aurait aimé rencontrer quelqu'un, une présence, une oreille attentive, peut-être aurait-il osé se confier ? Malgré tout, avec des encouragements et de l'aide de certains membres de sa famille, il a réussi à s'en sortir, mais non sans blessures et cicatrices.

 

Quelques années plus tard, j'oserais lui donner ce conseil :

 

 

La joie de vivre

 

 

Vivre à plein dans son cœur et son corps

Puis dans son propre environnement

C'est la façon naturelle de vivre

 

Se regarder, regarder les autres

En s'ajustant, en pensant à eux

À notre contact, la joie éclate

 

Se plaindre de tout et de rien

Ce n'est sûrement pas positif

Face à des projets d'amitié

 

Alors, réveille-toi et agis

N'attends pas tout de ton milieu

Car, tu seras peut-être déçu

 

Aujourd'hui, lorsqu'Yves se rend conscient de ses états d'âme d'alors, il s'explique plein de choses et cela lui donne une réponse à certaines angoisses qu'il a vécues par après. Avec les études qu'il a poursuivies en psychologie, il peut assez facilement caser la plupart de ses comportements de la préadolescence et de l'adolescence. Dans la famille, ses rapports avec ses frères et sœurs étaient assez bons. Il admirait ses aînés et il se chicanait surtout avec ceux et celles qui voisinaient son âge, c'est-à-dire les six enfants suivants.

 

L'aînée des filles a joué un rôle social et d'animation auprès des enfants du milieu familial. La deuxième des filles, communément appelée, leur seconde mère, avait le sens de l'organisation et de l'autorité. La mère d'Yves s'en remettait souvent à elle. Après que les enfants eurent quitté le foyer familial, sa mère a toujours eu recours aux précieux conseils de celle que je prénommerai Jeanne. Par la suite, elle a vu à administrer tous les biens de la famille et cela jusqu'au décès de leur père survenu en 1988. C'est elle qui a appris à Yves à faire un budget avec le système des enveloppes, et cela lui est resté toute sa vie, encore aujourd'hui. Cet aspect matériel a eu son importance face à sa vie dans la famille où il a été élevé et dans celle qu'il a fondée plus tard.

 

Les questions qui ont trait à son avenir commençaient à poindre à l'horizon. C'est en 1948 -49, qu'il réussit, à force d'en parler, à fréquenter le séminaire pour un an. Son frère Hector qui était un an et demi plus vieux que lui, étudiait déjà à la même institution, depuis deux ans. Leurs études étaient payées presque en totalité par le curé de la paroisse.

 

Hector avait commencé ses études classiques avec l'intention bien arrêtée de consacrer sa vie au Seigneur dans le sacerdoce. De peine et de misère, après des efforts surhumains, en se faisant accepter chez les Pères montfortains, il fut ordonné prêtre en '60 à Ottawa.

 

Pour sa part, Yves, sur son influence ou pas, je ne sais trop, rêvait, de devenir Père Blanc d'Afrique. C'est avec cette idée plus ou moins précise qu'il a demandé à fréquenter le séminaire. Étant conscient des difficultés financières qu'il causait en partie, par sa présence au séminaire, et ne voulant pas que Hector compromette ses études, Yves a décidé de renoncer à poursuivre ses études à cet endroit.

 

 

Il avait alors 13-14 ans, et ce fut sa première décision de battre en retraite et non la dernière, pour cause autre que la sienne. Il avait toujours sous les yeux, sa mère qui faisait plus que son possible pour accomplir les nombreuses tâches familiales, il ne pouvait donc pas lui en vouloir, pas plus qu'à son père, car il n'avait pas les moyens financiers pour qu'il puisse continuer.

 

Son père était un grand marcheur devant l'Éternel. Il se rendait à son lieu de travail, quatre fois par jour, parfois six fois, lorsqu'il travaillait après le souper, il avait toute son admiration. Il a été d'une régularité déconcertante et malgré les tempêtes que la vie ne lui a pas ménagées, il est demeuré stoïque, tout en étant très humain, mais un peu fermé à son goût. Quoique, à 10-13 ans, cela faisait son affaire que son père fut circonspect et silencieux. Évidemment, sa mère devait parler et agir pour deux, jusqu'à ce que les deux filles aînées puissent lui donner un coup demain.

 

Sa vie fut bousculée une première fois à 14 ans, lorsqu'il décida de retourner faire sa 9e année à l'école secondaire où il demeurait. Ce fut une année assez houleuse pour des raisons très disparates. Les élèves venaient de fêter la Ste-Catherine à l'école, c'était un vendredi. Le samedi, il se mit à avoir mal au ventre du côté droit. Sa mère le soignait avec de l'eau de Vichy. Il lui était arrivé à quelques reprises, d'avoir eu le même mal et le même remède.

 

Cette fois-ci, ce fut presque dramatique, il dut être opéré d'urgence d'une péritonite, le dimanche matin vers une heure. Son séjour à l'hôpital de la ville voisine dura jusqu'à la veille de son seizième anniversaire qui avait lieu à la mi-décembre. Fait remarquable, sa mère allait le visiter tous les jours, malgré les autres enfants qui étaient à la maison. Par surcroît, elle était enceinte du douzième enfant. Chapeau à sa mère qui s'occupait de lui, comme s'il était son seul enfant. Ce jour-là, il prit réellement conscience de la grandeur du cœur d'une mère. Yves la voit encore assise dans sa chambre d'hôpital, s'inquiétant de son sort tout en oubliant son propre état de femme enceinte.

 

À cette époque, il eut la chance de compter sur un véritable ami, qui venait le visiter à la maison et lui donnait les explications au sujet de ses travaux scolaires, car il ne devait retourner à l'école qu'au début de février. Selon un sage: " Un véritable ami est celui qui arrive quand le reste du monde s'en va." Coup sur coup, Yves fut témoin à son sujet, de personnes qui s'intéressaient à lui, d'une façon très spéciale. Aujourd'hui encore, il ne trouve aucune explication, sinon que le fait d'être le sujet de redevance face à la générosité de d'autres personnes l'a marqué pour le restant de sa vie.

 

Il est parfois plus difficile de recevoir que de donner, à moins de redevenir un enfant.

 

 

Un cœur d'enfant

 

Être capable de dire où l'on a mal

Accepter l'aide d'un autre

Demandent une grande simplicité

Et une humilité à toute épreuve.

 

Alors, quel enthousiasme naît en nous

D'une franchise limpide

Qui grandit le cœur humain,

Pour arriver à s'aimer tel que l'on est.

 

Un enfant, c'est aussi un être humain entier,

Nous n'avons donc rien à perdre à le devenir.

 

 

 

 

La vie est une carrière de laquelle nous moulons, ciselons et complétons un caractère. Johann Goethe

 

L'échec n'aura jamais raison de toi, si ta détermination à atteindre le succès est suffisamment puissante.

Pathros

 

Un raté est un homme qui a fait une erreur, mais qui ne sait pas profiter de l'expérience. Elbert Hubbard

 

Il n'y a pas d'événements misérables, a dit Maeterlinck, il n'y a que des événements misérablement accueillis.

 

Un cœur sans idéal est un ciel sans étoile.

J.-L. Victor

 

Ce ne sont pas les circonstances qui façonnent l'homme. C'est l'homme qui crée les circonstances.

Benjamin Disraeli

 

 

À partir de ce jour, donc de ses 16 ans, il décida de poursuivre ses études et de s'orienter en éducation versus la communauté des Frères qui lui avaient enseigné durant son cours secondaire. Pourquoi pas l'École Normale directement ? De un, il ne pouvait financièrement aller à l'école secondaire au-delà de la 9e année, il aurait fallu qu'il poursuive à l'extérieur de sa ville. De deux, ayant été éduqué essentiellement par des religieuses et des religieux, il ne pouvait concevoir que l'on puisse enseigner sans être religieux. Également, en ce temps-là, il y avait le rôle assez actif, merci, des frères recruteurs qui ont eu sûrement une grande influence sur sa décision d'entrer au Juvénat.

 

Aussi, dans son for intérieur, il faisait la réflexion suivante, comme il ne pouvait pas continuer ses études au séminaire, il entrerait donc en religion comme frère enseignant, vu que c'est cela qui lui semblait le plus accessible.

 

De 1950 à 55, il fit un cheminement hors de sa famille naturelle, pour vivre l'expérience de la vie religieuse. Durant ces années spécifiquement, il doit admettre qu'il a eu des problèmes assez graves au niveau de la colonne vertébrale, dus à une scoliose de croissance. La conjugaison de ce mal avec le problème d'insomnie qui devait aller en s'accentuant, lui a rendu la vie très pénible, quasi impossible.

 

Faire des études, mener une vie religieuse, sans de trop de soupapes pour oublier son mal qui était d'abord physique, ce qui devait arriver arriva, son psychologique en a pris un coup. Après trois ans de ce régime, sa pauvre carcasse humaine n'en pouvait plus et c'est là qu'est entré en jeu l'apport médical. C'est le côté médecine qui n'a fait que confirmer ses doutes, à l'effet que tous les efforts qu'il investissait pour s'intégrer à la vie de groupe, ne lui réussissaient pas beaucoup.

 

C'est avec regret qu'il réintégra la vie laïque, étant toujours en probation de la vie religieuse. C'est difficile d'entrer en religion, mais c'est encore plus pénible d'en sortir, avoua-t-il. Ça prend beaucoup de courage et de détermination pour changer le cap de sa route, quand on se rend compte qu'avec la meilleure intention du monde, on s'est trompé. L'année scolaire '55-56 le conduisit à Montréal où ce fut la fin de son long pèlerinage.

 

Entre 16 et 21 ans, il s'est astreint aux études et à la vie religieuse. Sincèrement, il y a vu un défi à relever et une façon à lui de dire merci pour tout ce qu'il avait reçu depuis sa naissance. Pour plusieurs raisons, dont celles de l'adaptation à la vie commune et de sa santé défaillante, il a dû prendre la décision, sur les conseils du médecin, de se retirer de la voie dans laquelle il croyait poursuivre sa vie.

 

Yves s'est demandé, après un certain recul, s'il était entré dans la vie religieuse pour des motifs clairs et précis. Disons qu'il était prêt à faire un essai loyal qui a duré quand même six ans, pour pouvoir continuer ses études, tout en acceptant de se former, afin de devenir un éducateur, qui à son tour pourrait remettre une partie de sa dette à la communauté qui l'avait accepté, sans exiger beaucoup pour sa pension.

 

Il est certain que l'on ne sort pas d'une telle expérience sans peines et sans certaines difficultés pour s'adapter à la vie laïque. C'était encore le prix à payer pour compléter l'expérience. Il est entendu que durant ces années passées à l'extérieur de son foyer, Yves réalisait qu'il était un poids de moins pour sa famille. Par contre, il a bien souffert, car à plusieurs occasions, il aurait aimé participer financièrement pour aider ses parents. Mais sa hantise était de poursuivre ses études, afin de pouvoir gagner sa vie de façon honorable et intéressante. Il savait que physiquement et manuellement, il n'y arriverait pas. Il se devait donc de travailler et d'utiliser au maximum les talents dont il avait été comblé par la nature.

 

À partir du séminaire, Yves a toujours eu assez de facilité sur le plan des études. Il ne voulait pour rien au monde gaspiller ses capacités intellectuelles. Le fait d'avoir raté la vie religieuse fut considéré comme un deuxième échec, à ses yeux, le premier échec étant, dans son esprit, celui d'avoir abandonné le séminaire.

 

Sur le plan émotif et social, il est clair qu'il avait de grandes lacunes, car entre 16 et 21 ans, il a plus souvent qu'à son tour réprimé et refoulé plusieurs émotions et sentiments normaux pour tout jeune homme de son âge.

 

Il n'est pas facile de trouver des occasions saines pour exprimer ses états d'âme en communauté, surtout quand on est jeune. Il est sûr qu'il a vécu et ressenti de grandes frustrations dans le domaine affectif et social, mais durant ces années-là, Yve se disait toujours, que c'était le prix à payer s'il voulait bien expérimenter la vie religieuse.

 

Toujours est-il que durant cette formation de six ans, il était quand même mis au courant des différents événements qui se passaient dans sa famille et il souffrait beaucoup de ne pouvoir y participer. Il acceptait encore une fois, parce que c'était la condition pour vivre au maximum son expérience.

C'est ainsi que les mariages du deuxième de ses frères et de ses deux sœurs aînées eurent lieu sans que Yves puisse en être témoin.

 

Il faut admettre avec lui que son humain en a pris un coup. Ses études lui furent comme une pilule qui lui permettait de tenir le coup. D'ailleurs, il ne sait pas pourquoi, ce sont toujours ses études qui, en quelque sorte, l'ont sorti de toutes ses impasses.

 

Il se rend compte encore aujourd'hui, des séquelles qu'il a traînées une bonne partie de sa vie, par le fait de ne pas avoir su, de ne pas avoir réussi, avant et pendant qu'il était en communauté, à développer son sens social et sa capacité d'échanger avec d'autres sur différentes émotions qu'il vivait.

 

En remontant plus avant dans le temps, Yves s'aperçoit qu'il ne s'est jamais bien senti dans sa peau. D'où cela provient-il ? Je crois que l'aspect de survie dans sa famille, ses difficultés scolaires, spécialement en mathématique au primaire et au début de son secondaire, lui ont pris toutes ses énergies pour passer à travers.

 

Yves a été plusieurs années, très sensible à tout ce qui se passait autour de lui, il se rend compte qu'il a été une vraie éponge et il était envahi par mille et un sentiments qui l'ébranlaient à différents degrés. Il n'est pas facile de vivre, de survivre et de se bâtir un avenir tout à la fois. Avoir de grandes aspirations, vouloir faire plaisir à tout le monde, sauf à soi-même, est une problématique qui a des conséquences assez graves sur un comportement futur.

 

Vivre dans la crainte, penser que l'on va peut-être perdre le peu que l'on a acquis avec tant d'efforts et de sacrifices, n'est pas sans secouer la confiance en soi et dans les autres.

 

Peut-être qu'inconsciemment, il craignait d'utiliser sa liberté ?

 

Avec les années, il a compris ce qui est traduit dans ce poème.

 

 

 

 

LA LIBERTÉ

 

 

Être en possession de tous ses membres,

Vivre avec la plus grande autonomie,

Se veulent une manière de se croire libre,

Mais sûrement pas la plus authentique.

 

La maîtrise de ses pensées

Jointe à la capacité de parler

Et de pouvoir agir en conséquence,

Voilà, la vraie liberté !

 

Et une grande responsabilité

En est un certain prix à payer,

Pour pouvoir assurer à chacun

Une vraie liberté sans équivoque.

 

 

 

 

Le couple est un bateau où les rameurs doivent avancer au même rythme.

J.-L. Victor

 

C'est en cherchant le bonheur de l'autre que l'on trouve le sien.

J.-L. Victor

 

Être, c'est lutter. Vivre, c'est vaincre.

J.-L. Victor

 

Les pensées sont des aimants qui attirent les choses qui leur sont semblables.

Florence Scovel Shinn

 

 

L'imagination est plus importante que le savoir.

Albert Einstein

 

 

Trouver son équilibre optimal est la voie de l'autonomie.

Joël de Rosnay

 

 

 

En 1956, après quelques mois d'hésitation et d'adaptation, Yves a repris le chemin de l'enseignement et des études à temps partiel. Sa carrière d'enseignant se prolongera durant plus de 34 ans.

 

En reprenant les études, cela le sécurisait et il se disait en lui-même, tant que je ferai des études, je ne m'éloignerai pas de mon désir de devenir une compétence dans le monde de l'éducation. Ce fut sa conviction profonde et ce qui le rassurait le plus; par contre en plaçant tous ses œufs dans le même panier, il se voilait la vue sur d'autres réalités, telle que sa vie personnelle et sociale. Probablement, que d'instinct, il est allé au plus facile, c'est-à-dire son travail et ses études. Par contre, il s'était fixé un objectif, celui de réussir. Le psychologue Viktor Frankl soutient: " Une absence de buts enlève tout sens à la vie."

 

Une première tranche de sa profession d'éducateur se passa entre 1955 et 1961. Je puis dire qu'il a appris à apprendre et à enseigner durant ces années qui ne furent pas de tout repos, car il avait tout à inventer ou presque. Donc, entre 21 et 26 ans, il doit se rendre à l'évidence qu'à part certaines démarches particulières, il a existé, il n'a pas vécu, comme lui diraient ses enfants aujourd'hui. Oscar Wilde confirme le tout en écrivant: " Vivre est la chose la plus rare au monde, la plupart des individus ne font qu'exister."

 

Mais, ce n'est qu'à ce moment qu'il avait obtenu, les diplômes qui devaient l'appuyer et l'aider à acquérir une certaine compétence. Oui, il était fier de lui, d'avoir ainsi relevé un défi, pas facile, croyez-moi, car il devait se débrouiller par lui-même. Sa famille ne pouvait pas faire grand-chose, car ce qu'elle avait à faire, avait été réalisé avant. Honnêtement, il doit quand même avouer que ses parents, autant son père que sa mère, l'ont constamment encouragé et lui faisaient confiance.

 

Son père avait une façon d'écouter ses enfants qui les forçait à croire en eux-mêmes. C'est une caractéristique très spéciale chez son père et que Yves croit, bien humblement, avoir développée avec les années, surtout avec ses propres enfants. Ce n'est que depuis quelques années qu'il a compris ce qu'est une présence chaleureuse, active, un silence respectueux des autres.

 

Meister Eckhart inspire Yves en affirmant: " Il vaudrait mieux que les gens pensent un peu moins à ce qu'ils devraient faire et davantage à ce qu'ils devraient être. Il suffisait que leur être soit bon pour que toutes leurs actions s'en trouvent illuminées." Devant sa façon d'être vis-à-vis ses enfants, il aimerait ressembler à son père.

 

Cette pensée d'Émerson lui allait très bien: " Ce que vous êtes éclate avec tant de force que je ne puis entendre ce que vous dites". La confiance qu'il ne perçoit pas de la part de ses enfants, c'est probablement une confiance qui est non absente, mais silencieuse. Il est certain que de premiers abords, peut-être à cause de la sensibilité héritée de sa mère, il préférerait un témoignage de confiance plus évident de la part de sa progéniture. Dans le fond, ce ne sont pas ses enfants qui sont en cause, c'est probablement les yeux avec lesquels il les regarde.

 

Durant ces six années, il a été heureux de pouvoir aider financièrement ses parents et obtenir une certaine autonomie personnelle, ce qui lui avait tellement manqué. Il décide également, de s'occuper de sa vie personnelle sur les plans affectifs et sociaux. Il sort avec quelques jeunes filles, il va danser, dans ce temps-là, c'était la grande mode. Devant sa timidité, à cause de sa gaucherie face à la danse, il a suivi une série de cours de danse à Montréal. En réalité, c'était un faux problème, il dansait maintenant à peu près n'importe quelle danse et il n'était pas tellement plus à l'aise.

 

Yves s'est vite rendu compte que certaines étapes n'avaient pas été suivies et bien vécues entre 16 et 21 ans et cela ne lui apparaissait pas évident de savoir comment assumer les années entre 21 et 26 ans. Il se sentait comme un grand adolescent selon la définition que lui donne A.S. Gandell: " Je ne suis pas ce que je devrais être; je ne suis pas encore ce que je vais devenir; mais j'ai cessé d'être ce que j'étais. "

 

Ce ne fut pas un cadeau, car à bien des égards, il était un type gêné, c'est-à-dire qu'il avait peur de ne pas être correct, de ne pas être à la hauteur de la situation dans ses différentes sorties. Ce fut un apprentissage difficile et le côté agréable se faisait attendre, car il ne se sentait pas souvent à l'aise. Je crois qu'il est vrai de dire qu'il y a un âge pour chaque phase de son développement et cela à tous les points de vue. Il connaissait le besoin d'échanger, de partager et il ne se résignait pas à investir suffisamment de temps et d'efforts, pour pouvoir se sentir bien dans sa peau. Comme remède immédiat, il aurait fallu qu'il se dise dans un poème venu beaucoup plus tard.

 

 

Veux-tu la paix ?

 

Commence par faire le ménage

Dans ta propre vie humaine

Puis regarde autour de toi

 

Pour qu'une certaine sérénité règne en toi, dans ton voisinage

Que ton esprit s`élève vers le haut

 

Alors le bon et l'agréable

Deviendront des compagnons

Qui te permettront de semer la joie

Pour tous ceux et celles qui sont malheureux

 

Dont le sourire n'apparaît pas souvent

Sur leur visage meurtri par la crainte

D'un monde dénudé de cœur et de paix.

 

Un élément dont je n'ai pas encore parlé est celui de la morale. Dans sa famille, Dieu était présent et dès le bas âge, il a appris le chemin de l'église.

Il est certain que, se rapportant aux années 1940 à 60, c'était normal qu'il en soit ainsi. L'aspect religieux dans sa vie ira toujours en croissant, en fonction de la maturation de sa foi.

 

Les échanges qu'il avait avec son frère Hector et leurs nombreuses lettres ont nourri également en bonne partie sa foi en ce Dieu bon. Son passage dans le cheminement religieux lui a permis de développer davantage un esprit ouvert au sacré et une forte dévotion à la Vierge Marie. Depuis toujours, il perçoit sa rencontre avec le Maître de la nature comme allant de soi. Il prie comme il respire, sans prétention de sa part. Il a reçu le don de la foi au baptême et grâce à Dieu, il l'a nourrie par la présence continuelle de Dieu dans sa vie de tous les jours.

 

Encore là, faudrait-il préciser c'est quoi prier ? Pour lui, c'est une attitude, un abandon, une communication avec la source de vie par excellence. Par son œuvre, on juge l'artiste, il en est ainsi quand on considère l'oeuvre de la création et c'est alors qu'on reconnaît la grandeur et la puissance de notre Créateur.

 

Selon le Dr Alexis Carrel: " La prière représente l'effort de l'homme pour communier avec un être invisible, créateur de tout ce qui existe, suprême sagesse, force et beauté, père et sauveur de chacun de nous."

 

Témoigner de sa foi, en posant des gestes bien déterminés, en fréquentant un lieu de rassemblement chrétien, pour dire merci avec d'autres, lui semble tout naturel. Reconnaître ses limites et par le fait même ses manques d'amour envers lui-même et ses proches, cela aussi l'aide à se réconcilier avec Celui qui a tout créé et racheté pour lui.

 

Avec les années, il a résumé son but ultime dans la vie, comme suit:

 

 

Sois vrai !

 

 

Montre-moi ton vrai visage, Seigneur,

Alors, je saurai te faire aimer.

 

Tu es la Voie, la Vérité et la Vie,

J'ai décidé de te suivre.

 

Sois mon ami, mon confident,

Je deviendrai ton ambassadeur.

 

Par amour, tu m'as créé,

Par amour, tu m'as sauvé,

 

Puisque tu es mort pour moi,

Je veux vivre à plein pour toi.

 

 

 

Yves ne peut pas dire qu'il était forcé de pratiquer sa religion. Au contraire, il appréciait beaucoup la liturgie en général et malgré que les cérémonies se passaient en latin, il se sentait bien et il avait une piété plus qu'acceptable. D'ailleurs pour cet aspect, il a toujours vécu en étant en accord avec les principes de base de sa foi chrétienne et il ne l'a jamais regretté. Il est conscient que cette force morale l'a empêché de faire bien des bêtises, même si parfois, il regrettait presque d'être si moral.

 

Son frère Hector est un être à la fois généreux et naïf. Il avait une foi à transporter les montagnes. Il avait certaines difficultés au niveau des études, mais il désirait tellement se consacrer au service du Seigneur dans le sacerdoce, que son idéal l'a constamment soutenu.

 

Au côté de lui, parfois Yves avait honte de réussir si facilement, surtout à partir de sa 10e année. Hector était d'un commerce agréable et tout au long de sa formation, il sentait que vivre en communauté n'était pas un problème, mais plutôt un défi. Il est entré dans une communauté à la fois missionnaire et de prédication. Il n'a jamais été en mission et a été prédicateur environ 3 ans. Il a servi comme prêtre : vicaire, curé et aumônier dans les écoles.

 

Yves et Hector avaient certains points en commun, comme l'aspect religieux, la foi et la préoccupation des jeunes. Il est certain que la façon de faire de Hector auprès des jeunes couples, car il en avait fait sa préoccupation majeure, a été critiquée par plus d'un. Justement, parce qu'il faisait quelque chose, là où plusieurs n'osaient plus essayer, mais ces critiques ne faisaient que le stimuler. Il allait chercher les gens où ils étaient, tant dans les familles que dans la rue. Ses confrères en communauté le surnommaient le St-Vincent-de-Paul montfortain.

 

De santé précaire, surtout en ce qui concerne ses yeux et plus tard son cœur, il a quand même travaillé à la vigne du Seigneur 26 ans. Lorsqu'il était étudiant au séminaire, il avait un œil qui faisait de l'infection constamment et il portait déjà des verres depuis son jeune âge. Selon lui, et je le crois, il a été guéri miraculeusement par St-Polycarpe.

 

Au niveau de son cœur, il a commencé à avoir des signes graves d'obstruction d'artères, dès l'âge de 46 ans. Après plusieurs tergiversations et hésitations, un célèbre cardiologue de l'institut de cardiologie de Montréal, lui fit cinq pontages. Il a vécu d'une façon relativement active jusqu'à son décès, en août '86, à l'âge de 54 ans.

 

Le fait qu'Yves soit revenu dans sa famille après un départ de six ans, n'a pas été facile, car il sentait qu'il y avait un vide dans le temps, à cause de ses frères et sœurs qu'il connaissait plus ou moins bien. En effet, il devenait le plus vieux à demeurer à la maison, puisque les quatre premiers étaient mariés et Hector était toujours chez les Pères montfortains. Il se sentait des responsabilités auxquelles il n'était pas préparé. Être l'aîné d'une famille de six enfants, du jour au lendemain, n'est pas évident.

 

Durant cette période de 1956 à '61, il a quand même mené de front le travail, les études et un peu sa vie sociale. Il commençait à sentir le besoin d'échanger et l'urgence de témoigner de ce qu'il vivait, comme valeurs humaines et spirituelles. Son enseignement lui donnait de multiples occasions d'entrer en contact plus étroit avec certains élèves qui vivaient des problèmes difficiles, soit au niveau de leur apprentissage, soit au niveau de leur vécu familial ou personnel. D'instinct, il ne pouvait demeurer insensible à la vue de tant de jeunes blessés par la vie, à un âge où ils devaient être heureux. Je crois que c'est un peu son âme missionnaire qui ressortait et qui le portait à aider de plus en plus les élèves mal-aimés et malheureux.

 

À cette époque, Yves a commencé à vivre des échanges avec des adultes et cela lui a permis de connaître un peu mieux ce qu'est l'être humain. Une chose lui a parfois causé des inquiétudes, c'est le fait de vouloir sauver le genre humain à travers le monde de l'éducation. À un certain moment, il s'est rendu à l'évidence qu'à force de donner, on s'épuise. Il faut savoir se ressourcer pour pouvoir mieux donner par la suite.

 

Un phénomène particulier a rempli plusieurs de ses jeunes années, c'est l'amitié. Il ne sait pas pourquoi, il a toujours ressenti le besoin d'avoir à la portée de la main un vrai ami. Aussi loin qu'il puisse remonter dans son enfance, je crois qu'il a toujours ressenti ce besoin. Est-ce suite à la formation qu'il avait reçue ?

 

C'est drôle, je crois qu'il avait confiance en l'amitié et qu'il craignait l'amour. Il n'a compris que beaucoup plus tard, peut-être vers les 26 ans, que l'amour était une chose évolutive, normale et nécessitait certaines conditions, au même titre que l'amitié. Cependant, il doit admettre aujourd'hui que l'amitié, sur laquelle il a lu plusieurs bouquins, lui a toujours paru comme étant une valeur sûre, une valeur pour laquelle, il acceptait facilement d'y mettre du temps pour l'apprivoiser. Saint Exupéry confirme sa position à cet effet : " C'est le temps que je perds pour ma rose qui fait ma rose si importante."

 

L'amour lui paraissait plus compliqué. Peut-être que c'est le fait d'avoir vécu six ans en communauté. On développait naturellement l'amitié au maximum, car pour l'amour, c'était autre chose. Les conditions pour vivre un véritable amour lui paraissaient, en ce temps-là, assez difficiles à rencontrer en une seule personne. Pour lui, ce fut tout un défi, en partie à cause de sa non-éducation dans ce domaine.

 

Je dirais que par déformation, il abordait l'amour de la même façon que l'amitié et souvent, il ne se permettait pas de poursuivre, car il arrivait dans l'inconnu et cela lui faisait peur.

 

Et pourtant quand il a écrit ce poème, je crois qu'il avait compris.

 

 

L'amour

 

C'est essentiellement

Un don généreux de soi.

 

Tu aimes l'autre pour ce qu'il est

Beaucoup plus que pour ce qu'il a.

 

Chercher à découvrir l'autre

Dans ses richesses intérieures

Sera pour toi, une garantie

De t'attacher à du solide.

 

Alors, la réciprocité

Scellera ton amour sincère

 

 

 

La plus grande qualité de l'homme en tant qu'entité morale est la maîtrise de soi.

Hubert Spencer

 

La forme d'énergie la plus puissante que nous puissions générer est la prière.

Dr Alexis Carrel

 

Il n'y a pas de redescente, ni de retombée; la vie est perpétuelle croissance, si tu le veux.

J.D.

 

L'individu capable d'un effort soutenu de réflexion parvient un jour à une illumination qui permet d'atteindre à la pleine réalisation de soi.

Platon

 

La personne qui assurée d'être réaliste, de se socialiser, elle est créatrice et en perpétuel changement, elle ne cesse de découvrir en elle la nouveauté à chaque instant de sa vie.

Carl Rogers

 

Si vous souhaitez vous transformer, faites-le un peu chaque jour.

Confucius

 

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