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Retraite/Coeur
Une sixième rupture survint lors de la prise de sa retraite en juin '89, après 34 ans dans le monde de l'éducation, à l'âge de 55 ans. Cela ne se fit pas tout seul. Yves n'avait pas décidé uniquement avec sa tête, mais il a dû utiliser son cur, sans faire de jeux de mots, pour prendre cette grande décision.
Quitter le bateau sur lequel, tu te trouvais en sécurité et productif, est assez déchirant merci. En ce qui le concerne, quel que soit le cours de préretraite qu'il aurait pu suivre, cela n'aurait pas changé grand-chose. Car pour lui, ce n'était pas seulement un travail qu'il quittait, c'était une manière de vivre, une seconde nature. Allez donc vous couper un membre, si petit est-il, c'est très dérangeant.
Malgré qu'il se soit préparé à relever de nouveaux défis dans des sphères différentes de l'enseignement, Yves s'est rendu compte que même le bénévolat n'était pas aussi accessible que l'on veut bien le croire.
Quand il a cessé son travail régulier, il s'est dit, voilà un temps privilégié pour s'occuper à autre chose que de gagner sa vie. Savez-vous que ce n'est pas évident de devenir bénévole? D'abord, tu ne peux arriver du jour au lendemain dans la vie des gens sans prévenir. uvrer dans un domaine différent que celui où tu as travaillé toute ta vie lui paraissait idéal.
Mais, ce n'est pas facile de devenir autre en quelques mois. Les organigrammes officiels qui prônent le bénévolat ne te rejoignent pas toujours dans tes motivations profondes. Il a constaté que tout ce qui était structuré le paralysait, peut-être était-ce dû à son passé professionnel. Il a aussi la "réunionnite ", car Yves a tellement eu l'impression de perdre un temps précieux dans le passé, dans des réunions dont le but n'était que de retarder la décision qui avait déjà été prise. C'est le sentiment qu'il ressentait, ayant été échaudé, il craignait l'eau froide.
Ce qu'il a fait, ça été de contacter des personnes seules, des gens âgés qui semblaient avoir un certain besoin d'aide. Après un temps relativement court, il s'est rendu compte qu'il n'était pas préparé pour ce travail. Il a fait différents essais auprès de plusieurs organisations et après un essai loyal, il ne se retrouvait pas, Yves ne se sentait pas bien dans sa peau. Il aurait fallu qu'il ait une formation spéciale à chaque fois qu'il voulait accomplir une tâche au niveau du bénévolat. Dans son esprit, il se disait, je travaille avec ce que j'ai et surtout avec ce que je suis, mais il faut croire qu'il n'était pas correct, car très souvent, il ne répondait pas aux nombreuses normes.
Un peu découragé, à un moment donné, il a décidé de donner son nom pour aider à l'éducation des adultes, c'était quand même un rêve qu'il caressait depuis plusieurs années. Depuis novembre '91, il travaille à temps partiel, tout en étant rémunéré, pour des adultes qui désirent retourner aux études ou qui veulent améliorer leur condition de travail.
Évidemment, Yves est encore dans la même branche, mais que voulez-vous, c'est le seul endroit où on l'a accepté tel qu'il était et en plus on le dédommageait, allez comprendre ça. Il est vrai que ce n'est pratiquement que dans ce domaine où il se sent à l'aise. Il travaille également, de façon bénévole, auprès des analphabètes. Il continue toujours à aider les autres avec l'expérience qu'il a acquise dans sa profession.
Pour se réaliser au maximum, il demeure disponible, pour répondre à tout appel auquel il pourrait apporter une réponse. Bref, en ce qui le concerne, son bénévolat consiste en sa disponibilité, pour écouter, échanger et témoigner. Ainsi, il fait partie de la Fédération de la Famille Richelieu-Yamaska, à l'intérieur de laquelle, il prête son concours au service de Parent-Tel. Cela consiste à une aide apportée par téléphone, aux parents qui rencontrent toutes sortes de difficultés face à leur conjoint ou à leurs enfants.
Yves a espéré s'engager dans le diaconat permanent, cependant pour y avoir accès, il fallait entreprendre une formation de quatre ans, tant sur les plans spirituels que théologique. Comme il était déjà dans la cinquantaine, il trouvait cela un peu long et pénible. Le fait également que l'épouse se devait de suivre un certain engagement, sans y être nécessairement intéressée, n'a pas aidé. En réalité, c'est le couple qui devait faire la démarche et seul l'époux pouvait mettre en pratique la formation reçue. Ce fut donc, encore une fois, un projet mort-né. En passant, au niveau d'un engagement quelconque à l'intérieur d'un cheminement face à la pastorale en général, tous ses projets ont avorté, ironie du sort, il désire apporter sa participation et cela ne fonctionne pas. Il rencontre infailliblement des obstacles qui ne dépendent pas nécessairement de sa bonne volonté. Il souffre de cette situation, car il a désiré depuis des années, sur le plan de sa foi, s'engager et témoigner, et cela ne lui fut pas accordé. Il faut croire que la bonne volonté ne suffit pas.
Au moment de sa retraite, les trois enfants plus vieux étaient aux études à l'université et le plus jeune fréquentait le cégep. Yves avec son épouse devait faire un nouvel apprentissage de la vie à domicile. Ce fut tout un choc, étant donné que tout en voyant venir les choses, ils ne distinguaient pas tellement les retombées concrètes de ce ménage de nouveau à deux.
Son épouse, il l'a compris par après, étant cinq ans et demi plus jeune que lui, se sentait bousculée par son cher époux et n'était pas nécessairement prête à battre en retraite sur une partie de son territoire, qu'il désirait envahir partiellement. Il décida donc de prendre une période de réflexion et de recul durant trois mois, en allant vivre seul. À ce moment, il a relevé un autre défi, celui de bien cerner le problème qu'il transportait avec lui en quittant son emploi. Il était complètement déboussolé et perdu.
Yves a demandé à son épouse d'accepter de faire des démarches pour se trouver un travail à temps partiel à l'extérieur du foyer. Il était bien conscient qu'après avoir passé 26 ans à la maison, ce n'est pas évident de se retrouver sur le marché du travail. Durant sa période de réflexion et d'analyse de sa situation d'abord, il s'est rendu compte qu'il devait respecter l'évolution de son épouse, tout en essayant de se trouver une place plus grande au foyer.
Après quelques hésitations, son épouse et lui en sont venus à mieux se saisir, grâce à la compréhension et aux efforts personnels de chacun. Les enfants étant pratiquement tous partis, n'ayant plus de travail régulier, l'évidence de leur vie de couple leur est apparue. Ils ont, ensemble, étant donné que l'élément de base existait toujours, la confiance, communiqué, échangé et établi des règles qui leur aideraient à mieux se rejoindre, à s'accepter tels qu'ils étaient, personnes autonomes, et à continuer à améliorer leur mise en commun de leur vie respective. Ils ont mis en application cet adage de White: " Je ne crains pas demain, parce que j'ai vécu hier et j'adore aujourd'hui."
Grâce à leur bonne volonté réciproque et à l'amour de leurs enfants, ils poursuivent toujours leur montée vers ce bonheur qui s'appelle de différentes façons, à mesure qu'il se développe: respect, admiration, tendresse, support mutuel, affection. Je crois qu'ils ont vérifié le cap de leur vie et ils s'efforcent de regarder ensemble dans la même direction. Un secret que je vous livre, qui n'en est plus un, mais qui est tellement crucial, c'est de se donner mutuellement des espaces vitaux. Une chose non plus que l'on ne peut faire pour l'autre, c'est de respirer à sa place.
On se doit de faire valoir son point de vue, mais dans un deuxième temps, il faut respecter l'autre dans sa décision. Une autre chose qui est efficace, dans des situations semblables, c'est de se permettre, un éloignement temporaire, pour mieux se détacher d'un problème complexe qui implique deux personnes.
"L'homme se détruit dans la société et se reconstruit dans la solitude." (E. Janoux) Ainsi, Yves a été à deux reprises, passer des fins de semaine, dans un monastère. Cela lui a permis de se retrouver avec lui-même, ce qui peut se faire difficilement dans nos activités de tous les jours. Il a fait le vide, il a mis sur papier tout ce qui lui passait par la tête. Il est étonnant de constater comment cela libère. C'est comme si tu racontais ta vie et que tu la confiais à une oreille attentive qui ne t'oblige pas à t'expliquer sur le moment. C'est pour cela que le fait d'écrire ses sentiments, ses émotions, permet de les identifier davantage. En réalité, je me fais juge et parti tout à la fois. Dans le début d'une prise de conscience, il est bon qu'il en soit ainsi.
Quand tu as fait de la place sur ton disque dur, dans ton cur et ton esprit, tu peux songer à écrire de nouveau, mais cette fois, pour construire. Tu te proposes des éléments de solution à tes problèmes et tu te places en situation d'agir. En faisant ce genre de réflexion écrite, tu te libères et tu te respectes dans ton cheminement, en vue d'une prise de position éclairée. "À travers ses pensées, l'homme détient la clé de toutes les situations et détient en lui-même cet agencement de transformation et de régénération par lequel il peut devenir celui qu'il désire être." (Philosophe Allen)
Chacun porte en soi-même les pièces qu'il croit manquantes dans son casse-tête. Je ne suis pas contre la consultation de conseillers ou de thérapeutes, mais disons que déjà, dans un premier temps, cette démarche que Yves a entreprise, permet de faire un bon bout de chemin.
Cette façon d'agir peut s'avérer plus opportune lorsque seulement un membre du couple sent le besoin de faire le point. Mais, je suis positif qu'automatiquement la démarche de l'un influence celle de l'autre qui pourrait se dire plus ou moins concerné.
Quand les excuses de toutes sortes disparaissent par enchantement pour justifier des problèmes dans un couple, si la sincérité les habite, il ne leur reste pas d'autre choix que de se prendre en main. "Tout ce que l'homme ressent profondément ou imagine clairement est imprimé sur le subconscient et se manifeste dans le moindre détail." ( Florence Scovel Shinn)
Nous n'apprenons presque rien d'une victoire. Toutes nos connaissances viennent d'une défaite. Un gagnant oublie la plupart de ses erreurs. (L'entraîneur Meehan de l'univ. de New-York)
Il ne t'est jamais donné un désir sans que te soit donné le pouvoir de le rendre réalité. Tu peux être obligé néanmoins de peiner pour cela. R. Bach
Cette maison, abri de vos souvenirs les plus enfouis, refoulés, c'est votre corps... T. Bertherat
Si je diffère de toi, loin de te léser, je t'augmente. Saint Exupéry
Il est plus difficile d'avoir de l'esprit tous les jours que de dire de jolies choses de temps en temps. H. de Balzac
La manière dont une personne pense en son cur est aussi sa manière d'être. Livre des Proverbes
Une septième rupture survint en mars 1990. Après cinq crises d'angine dans la même journée, c'est de nouveau l'hôpital, mais cette fois, ça sera pour trente-trois jours. C'est spécial, quand le moral s'améliore, c'est le physique qui fait des siennes. Lorsque ton physique et ton psychologique sont au plus bas et Yves a connu cela à quelques reprises, c'est une situation très délicate qui parfois nous occasionne des prises de décision regrettable.
Sa vie a presque basculé dans le néant à la suite de l'annonce par les spécialistes, qu'il devait subir trois pontages coronariens, et ce, le plus tôt possible. Il ne s'est jamais senti aussi petit et vulnérable. Toutes ses autres préoccupations de quelque nature qu'elles furent, disparurent par enchantement. C'était son physique qui prenait le haut du pavé, puisqu'il n'avait pas été assez prévenant, pas assez clairvoyant en menant sa barque d'une façon plus ou moins équilibrée.
Ce qui lui a aidé et redonné espoir, c'est l'attitude positive de son épouse, la grande confiance qu'il avait mise dans son chirurgien cardiologue de l'I.C.M. à qui il doit une reconnaissance inestimable. Un grand merci également à un autre cardiologue qui lui a trouvé une place à l'I.C.M. à tire du spécialiste qui l'a toujours bien suivi.
La foi qu'il porte au Maître de la nature, l'a soutenu dans un premier temps, dans l'acceptation du fait d'être opéré et par la suite dans la capacité de récupérer.
Grâce aux bons soins et aux encouragements de son épouse et de ses enfants, Yves a remonté la côte dans un temps record. Je crois également que le fait d'être un adepte du positivisme, de croire en ses possibilités curatives, ces deux facteurs ont sûrement présidé à sa grande rapidité de récupération.
Mai '90 fut la date de sa libération et le commencement d'une nouvelle vie, au sens propre du terme. "Un esprit sain dans un corps sain" sera désormais son leitmotiv. Nul ne se connaît, s'il n'a vraiment souffert, quelqu'un a écrit cela à quelque part, comme c'est vrai.
Entre temps, en janvier '91, lors d'un examen à l'Institut de Cardiologie, dans le but de vérifier l'état de ses pontages, un incident se produisit. Sur la table d'examen, le cathéter causa un infarctus technique, en passant dans un des trois pontages, qui avaient commencé à s'obstruer. Yves en a été quitte pour une semaine à l'hôpital au lieu d'une journée.
S'il a continué à vivre, c'est donc qu'il peut être encore utile à quelqu'un quelque part. Si ce récit pouvait devenir un élément de solution dans des problèmes similaires que vivent ses semblables, Yves aurait une bonne partie de sa réponse du pourquoi il devait continuer à vivre.
Vivre un jour à la fois, en donnant le meilleur de lui-même, avec modération et discernement, voilà la règle qui régira la vie de Yves à tous les points de vue. Il met en application cette idée de Jn-Ls Victor: " Age qued agis" "Fais ce que tu fais". Il est bien important d'être présent à ce que l'on vit.
Faire naître l'espérance, quel bel idéal !
Yves s'est donné une tâche, résumée dans le poème suivant:
Jésus est venu pour tous les pauvres. Aimons-nous assez pour faire partie De ceux et de celles, qui sans parti pris Veulent aider les "poqués" et les autres ?
Nous sommes, à divers degrés, choyés, Sur les plans moral et matériel. Que nous reste-t-il de notre dignité Face aux personnes qui sont sans appel ?
Notre conduite nous sera dictée Par l'exemple de l'Enfant-Jésus, Qui par amour, guide nos destinées, Pour que nous donnions de notre surplus !
L'homme est l'instrument de sa perfection. Il porte en lui-même toutes les forces nécessaires, il ne lui reste qu'à les développer. J. Reynaud
L'amitié est le plus parfait sentiment de l'homme, parce qu'il est le plus libre, le plus pur et le plus profond. Lacordaire
Une grande âme est une uvre d'art qui ne se forge qu'entre l'enclume et le marteau. Pythagore
J'essaie d'être ce que ceux qui m'aiment pensent que je suis. May Robson
Accordez toujours aux autres les meilleures intentions du monde. Vous réussirez peut-être à les faire naître en eux. Élizabeth, reine défunte de Roumanie
... le seul véritable remède à la frustration, c'est de m'occuper à puiser uniquement dans mes propres ressources. Robert K. Greenleaf |