René Goupil - Sa vie en Iroquoisie

Sillery - Ossernenon
Sillery - Ossernenon 1642
Sylvie Chapdelaine, 1998
Crayon - Collection privée

      En route vers l'Iroquoisie, lieu de sa captivité, René Goupil est maintenant sûr que sa mort est proche et il aimerait bien réaliser son plus grand désir, celui de devenir membre de la compagnie de Jésus.

      Il demande donc au père Isaac Jogues, qui acquiesce, de prononcer ses vœux de jésuite.

     Comme tout captif fait par les Amérindiens, René Goupil connaît ces belles caresses réservées aux prisonniers de guerre.

     Il endura tous ces outrages et ces cruautés avec grande patience et charité à l’endroit de ceux qui le mal traitaient. Tout blessé qu’il était, il pansait les autres blessés tant des ennemis qui dans la mêlée avaient reçu quelque coup que les prisonniers mêmes. Il ouvrit la veine à un Iroquois malade, et tout cela avec autant de charité que s’il l’eût fait à des personnes fort amies.

     À son arrivée au premier village iroquois, on pousse même la câlinerie jusqu’à lui amputer un pouce avec le tranchant d’une écaille d’huître. Le seul antalgique que ce chirurgien peut alors s’offrir ressemble fort à de l’auto-hypnose par mélopée répétitive.

     On s’adresse à lui et lui coupe-t-on le pouce droit à la Ire jointure disant incessamment durant ce tourment IESUS MARIA JOSEPH.

     Comme Goupil ne se montre pas assez vigoureux et costaud pour qu’une famille iroquoise puisse l’adopter, on décide de le mettre à mort si on ne l'échange pas avec les Français.

     En attendant une décision finale, il est laissé en garde au clan de l’Ours qui peut en disposer à sa guise.

     Le 29 septembre, sur commandement de son oncle, un jeune guerrier iroquois de ce clan abat Goupil à coups de hache sur la tête.

     Son corps est ensuite laissé comme jouet aux autres jeunes qui le traînent la corde au col jusqu’en dehors du village pour, à la fin, l’abandonner en le cachant dans un petit bois proche où l’automne et l’hiver les Chiens, les Corbeaux et les Renards le mangent.

     Ce n’est qu’au printemps suivant que le Père Jogues, toujours en sursis de mort, peut enfin enterrer, dans ce même petit bois situé tout près du village, sa tête et quelques os demi rongés.

     Ces derniers événements sont survenus à Ossernenon, un village iroquois fortifié situé sur la rive sud de la rivière Mohawk à l’ouest de l’actuelle ville d’Albany NY (É.U. d'A.).

      De nouveaux travaux archéologiques entrepris par des équipes de l’Université de l’État de New York à Albany NY, positionnent plus précisément ce village (datant de 1635-1646) à un site archéologique, nommé Bauder, récemment trouvé près du Yatesville Creek (affluent de la Mohawk), une quinzaine de kilomètres plus à l’ouest d’Auriesville NY.

      Les archéologues qui ont étudié ce site le décrivent ainsi: localisé dans la municipalité Root, comté Montgomery, le site Bauder est à l'est de la route Currytown sur un éperon de terre surplombant le ravin Yatesville à plus de 1,5 kilomètre de la rivière Mohawk. Couvrant un espace de 8700 mètres carrés, il semble avoir été occupé durant toute la période de 1635 à 1646, soit 11 ans. Cette occupation a suivi les relocalisations forcées par l'épidémie de petite vérole de 1634 et la décimation de la population de deux villages qui ont dû se fusionner pour survivre.

Mosaïque
Mosaïque de René Goupil
Musée du sanctuaire
Shrine of our Lady of Martyrs
Auriesville NY,
Jean Quintal. Photo 1992

Bauder Site 2003
Emplacement du site Bauder vers 1642. - Jean Quintal.

      Ce site archéologique Bauder se trouve en terrain privé interdit aux visiteurs. Encore aujourd'hui, il persiste quelques petits lopins de boisés aux environs de ce site.

      Dans la vallée Mohawk, bien d'autres sites archéologiques existent. Ils proviennent de la recherche d'équipes d'anthropologues universitaires sous la gouverne d'hommes compétents, brillants et patients.

      De là la carte qui suit, tirée de l'un des travaux (1995) du professeur Dean R. SNOW, maintenant directeur du Département d'anthropologie à l'Université de Pennsylvanie (É.U.d'A.)

Mohawk Valley Sites
Professor Dean R. SNOW 1995.

      Certains de ces sites archéologiques coïncident assez bien avec les noms cités par les écrits et des Jésuites et des Hollandais, quant aux dates et quant aux lieux.

      Par exemple, le père Jogues aurait rendu l'âme dans l'un des sites archéologiques situés à quelques kilomètres un peu plus à l'ouest du site archéologique Bauder, tout probablement celui de Van Evera-McKinney.

      Mais pour ce, il faudrait accepter le fait que le Père Jogues ait enterré la teste et quelques os demy rongés de René Goupil dans un petit bois proche du site Bauder.


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