Le 27 juillet 1679, Pierre LAFOREST dit LABRANCHE
épouse Charlotte GODIN, dans la nouvelle église de Sainte-Anne-de-Beaupré. L'abbé
Guillaume Gauthier, prêtre-missionnaire, leur donne la bénédiction nuptiale en
présence de témoins nommés: Étienne Lessard, Claude Bouchard, René Lavoie et André
Berthelot.
Charlotte GODIN
Charlotte GODIN est la fille de parents huguenots:
Élie Godin et Esther Ramage, tous deux convertis au catholicisme, tous deux miraculés de
Sainte-Anne. Celle-ci en 1662, celui-là en 1667. Le 9 novembre 1671, à Sainte-Anne,
Charlotte s'est mariée en premières noces avec Pierre Frichet, fils de Jean et
Jacqueline Gagnon, de Mazières, au Poitou. Charlotte est mère de quatre enfants Frichet:
Pierre, Marie-Anne, Marthe et Angélique. Cette dernière décède en 1684 et est inhumée
dans le cimetière de Sainte-Anne, le 4 novembre. L'aîné, Pierre Frichet, vit encore en
1679. Marie-Anne épouse l'ancêtre Pierre Tondereau. Quant à Marthe, elle s'unit, à
Trois-Rivières, à Antoine Bouton, fils de François et de Claudine Simon, de
Saint-Just-en-Chevalet.
Impossible de préciser l'arrivée en
Nouvelle-France de la famille GODIN, ni le jour de son abjuration, s'il en eut une
officielle. Fait certain, la famille vit sur le territoire actuel de Sainte-Anne le
premier novembre 1655, puisque ce jour-là, elle fait baptiser une fille, Charlotte, au
logis de Louis Gagné, par le père Paul Ragueneau, jésuite. Julien Fortin et
Marie-Aymée Miville, femme de Robert Giguère, la parrainent. Claude Bouchard a ondoyé
l'enfant née le 29 août.
La famille GODIN se compose de quatre enfants: Anne,
épouse de René Lavoie, Pierre décédé avant le 22 juin 1675, Charlotte, fiancée de
Pierre LAFOREST dit LABRANCHE et Jacques qui décède célibataire à Saint-Joachim vers
1735, alors qu'il est au service des prêtres du Séminaire. Élie Godin est inhumé à
Sainte-Anne, le 5 janvier 1672. Sa veuve, Esther Ramage, passe alors contrat de mariage
avec Mathurin Roy, le 12 octobre 1676. Cependant, ce mariage d'intention demeure lettre
morte.
Charlotte vit à Sainte-Anne du Petit-Cap avant
même la construction de la première chapelle. Le 25 février 1659, la vente de deux
arpents de terre de front par Étienne Lessard à Élie Godin confirme la présence
terrienne de cette famille dans la paroisse. Le 2 février 1660, à Château-Richer, Mgr
de Laval administre le sacrement de confirmation à la rochelaise Esther-Marie Ramage, à
son mari Élie Godin, originaire de l'évêché de Saintes, et à leur fille Anne.
Charlotte est alors trop jeune pour se mêler aux 173 confirmés.
Le mariage
Le notaire Paul Vachon de Beauport vint célébrer
la sainte-Anne à Sainte-Anne du Petit-Cap, en ce 26 juillet 1679. Pierre LAFOREST dit
LABRANCHE en profite pour faire rédiger son contrat de mariage à la maison d'Esther
Ramage. Denis Roberge, bourgeois de Québec, témoigne en faveur de Pierre, tandis que
Jacques Godin, Claude Poulin et ses fils, Paschal et Ignace, Pierre Boivin et Jacques
Gamache se rangent du côté de Charlotte.
Le notaire écrit:" Pierre Laforest dit
Labranche, fils de Pierre et de Marguerite Courbet (Courbel), du bourg et paroisse
Saint-Denis, évêché de Genne en Groix, dans la province de Guyenne...";
Guyenne fut d'abord une altération provençale du mot Aquitaine. Comme les livres
ignorent ce Genne-en-Groix, le généalogiste Éloi-Gérard Talbot y voit plutôt
l'évêché d'Agen, chef-lieu du département de Lot-et-Garonne. Quant à la paroisse
Saint-Denis, un chercheur voudrait y lire Saint-Denis-de-Bordes.
Pierre LAFOREST dit LABRANCHE
D'autres parents ont effectués de veines recherches
afin de trouver des traces écrites de la famille Pierre LAFOREST dans cette région. Ils
arrivèrent à l'interrogation suivante:" Pierre LAFOREST avait-il été baptisé
huguenot?" Or, les registres huguenots sont rarissimes. Cette déduction
interrogative trouve du côté canadien quelques indices approbateurs. Pourquoi Pierre
LAFOREST dit LABRANCHE en vint-il à s'attacher à la famille GODIN d'origine huguenote?
Pourquoi René Lavoie, un converti huguenot, est-il présent à son mariage? Cependant, il
est vrai que René avait épousé Anne Godin, soeur de Charlotte, le 19 avril 1656.
Selon le recensement de 1681, Pierre doit avoir 32
ou 33 ans lors de son mariage, ce qui le fait naître vers 1646. Pierre a-t-il travaillé
pour le compte de Denis Roberge, homme influent de Québec? Denis Roberge engage un
serviteur, François Ferland, le 23 avril 1678. Est-ce pour remplacer Pierre? Par contre,
la cocarde LABRANCHE piquée au nom LAFOREST n'exalte-t-elle pas un caractère militaire?
Le régiment de Carigan a dans ses rangs 2 LAFOREST. Leur prénom n'est cependant pas donné
en 1668. Néanmoins, le Répertoire des Actes... du Québec Ancien affirme que P.
LAFOREST était sur le rolle de ce régiment. Puis, on retrouve dans la Greffe du notaire
Becquet, un texte signé le 20 mars 1671 qui dit que Bertrand Chenay, sieur de la Garenne,
doit 6 livres à LAFOREST:" ... fermier de la veuve Verdon à la longue pointe... --
aujourd'hui Ange-Gardien-- par Pierre LAFOREST, le Rousseau, de la petite rivière la
somme de trente quatre livres.
Possessions
Le 27 mars 1678, Pierre LAFOREST dit LABRANCHE,
demeurant en la seigneurie de Beaupré, paroisse de Sainte-Anne, dans la salle du
séminaire de Québec, en présence du notaire Romain Becquet et du premier huissier du
Conseil souverain Guillaume Roger, reçoit de l'illustrissime évêque et seigneur de
Beaupré, Mgr de Laval, une terre de front " sur laquelle led preneur a cy devant
travaillé et travail présentement contenant douze arpents de terre de front". Ce
n'est pas une terre ordinaire que reçoit Pierre, mais presque un duché: 12 arpents de
front! De plus, le censitaire ne paie chaque année que 6 livres en argent et 6 chapons.
Ce domaine est situé "au dessoub du Cap Tourmente", c'est-à-dire, à la
Petite-Rivière-Saint-François.
À son mariage, Pierre possède donc une concession
considérable dans Charlevoix. Mais, pour protéger les enfants Frichet, Charlotte fait
dresser l'inventaire de ses biens, deux mois après ses fiançailles. Le 25 octobre 1679,
le notaire Paul Vachon revient à Sainte-Anne, à la maison d'Esther Ramage, où Frichet
est décédé. Normalement, l'inventaire aurait dû avoir lieu sur le territoire actuel de
Saint-Joachim, où Charlotte et son premier mari avaient leur ferme. L'inventaire nous
apprend que la maison et l'étable des Frichet ont été détruites par le feu
"lorsque Boutin y demeurait". Charlotte et son nouvel époux ont transporté
chez la belle-mère les quelques meubles épargnés. Il reste une cuillère à pot, 2
chaudières, 2 vieilles couvertes, un coffre, sans compter la vache "soub poil
rouge" estimée à 35 livres, et 32 gerbes de blé conservés dans un très petit
bâtiment appelé "grange".
Quelques papiers, des contrats importants ont été
épargnés du désastre. La ferme située entre celles de Laurent Migneron et de Mathurin
Gagnon, fils, est estimée à 600 livres, par Jean Barrette et Pierre Gagnon. La
succession Frichet doit 87 livres au Séminaire de Québec.
Paschal Mercier, fils de Julien, veut acheter la
propriété Frichet dont la moitié revient aux orphelins. Le 24 juin 1680, Paschal
obtient de Pierre LAFOREST une promesse de vente signée par le notaire Pierre Duquet, à
Québec. Et, le 30 juillet de la même année, la moitié sud-ouest du bien Frichet, qui
avait d'abord été achetée de Michel Auvray le 27 octobre 1669, passe aux mains de
Paschal Mercier. Pierre LAFOREST fait rédiger une quittance par le notaire Paul Vachon le
7 août 1680, parce qu'il a reçu de Mercier 250 livres tournois. L'autre moitié de terre
échue aux héritiers devient la propriété de Marie-Anne Frichet. Le 9 décembre 1699,
la veuve Paschal Mercier l'achète.
Le 6 août 1680, Pierre et Charlotte font
réévaluer la terre Frichet par Jean Barrette et Jean Caron. Ces derniers ont trouvé une
vieille charpente, une petite grange qui est entièrement pourrie et 3 1/2 arpents de
terre cultivable où les "fredoches commencent à reprendre". Les évaluateurs
ont conclu que la propriété na vaut pas plus que 500 livres. Donc Mercier paie le juste
prix à Pierre LAFOREST et aux héritiers Frichet.
Petite-Rivière
Les LAFOREST ont-ils vécu à la
Petite-Rivière-Saint-François, à ses débuts? Il y a plus à l'est, la Baie St-Paul en
voie d'organisation, et à l'ouest, Sainte-Anne avec une belle église, un curé
résident, une organisation sociale vivante. Si on lit les actes de baptêmes de leurs
trois premiers enfants, les LAFOREST sont considérés comme paroissiens de Sainte-Anne.
Le recensement de 1681, jugé ordinairement comme sérieux, est un peu plus explicite. Ils
vivent à Petite-Rivière où ils ont 1 fusil, 3 vaches et 5 arpents en valeur.
Mais pourquoi quitter une propriété de 12 arpents
de front? Petite-Rivière rime-t-elle avec misère? À la fin de l'hiver 1685, le 12 mars,
Julien Fortin dit Bellefontaine achète la ferme LAFOREST pour la bagatelle de 270 livres
dont 150 payées immédiatement. Le notaire Étienne Jacob ne donne, malheureusement,
aucune précision au sujet des bâtiments, du cheptel, des arpents de terre défrichée,
etc.. Pierre et Charlotte, qui ne savent pas signer, approuvent cette vente à
Château-Richer devant les témoins Barthelemy Verreau et Antoine Juchereau. On a peine à
croire que le couple LAFOREST soit venu de Petite-Rivière pour conclure ce marché. À
cette époque de l'année, la navigation est presque impossible sur le fleuve
Saint-Laurent. Peut-être vivaient-ils sur la portion de terre des héritiers Frichet, à
Saint-Joachim?
Le 24 juin 1685, le curé Louis Soumande, à défaut
de notaire, signa un acte d'échange de terrain entre l'ancêtre Jean Boucher et Charles
Mercier. Ce papier versé au minutier Jacob nous apprend que Mercier doit fournir 20
minots de blé à Pierre LAFOREST pour dédommagement de son fermage "estant de
présent demeurant sur la terre que le dit Jean Boucher a donné au dit Charles
Mercier". Les terres en question se trouvent alors sur le territoire de la paroisse
de Sainte-Anne du Petit-Cap, mais dans les limites actuelles de Saint-Joachim.
Rive Sud
D'autres chercheurs précisent l'établissement de
la famille LAFOREST dans la région de Montmagny. La cadette Catherine LAFOREST, née le
26 février 1690, est baptisée le lendemain, et son acte de baptême signé par le curé
Jean Pinguet se trouve à Cap Saint-Ignace. Parrain et marraine: Jacques Bélanger et
Marguerite Lefrançois.
De 1686 à 1695, l'ancêtre LAFOREST et son épouse
vivent dans la région de Montmagny.
Leurs enfants
Six enfants connus portent le nom patronymique
LAFOREST dit LABRANCHE.
Le fieul de René Lavoie et de Marguerite Bouchard
reçoit le prénom de François à son baptême, le 26 juillet 1680, jour de la fête de
la thaumaturge, à Sainte-Anne-de-Beaupré. Le curé Louis Soumande signe l'acte dans le
registre paroissial. Le 8 février 1698, à 17 ans, François séjourne à l'Hôtel-Dieu
de Québec. On le dit vivant à Ste-Foy.
Jean-Baptiste naît le 20 octobre 1682. L'abbé
Soumande lui confère le baptême à Sainte-Anne, le 23 du même mois, devant le parrain
Antoine Baillon et la marraine Barbe Dodier. Baillon, 36 ans, engagé par le Séminaire de
Québec, travaille probablement à Saint-Joachim ou à la Baie St-Paul. Jean-Baptiste
épouse à Québec le 22 octobre 1709, Marie Rancourt, fille de Joseph et de Marie Parant.
Les époux LAFOREST ont 9 enfants, presque tous baptisés à Baie St-Paul.
Le cadet des fils, Thomas, reçoit la baptême à
Sainte-Anne, de l'abbé Paul Gagnon, le 16 janvier 1685. Le 8 août 1712, à Berthier, il
épouse Rosalie Duchesne dit Lapierre, fille de Pierre et de Catherine Rivet. Thomas et
Rosalie voient naître 8 enfants dont un seul garçon. Les cinq premiers reçoivent le
baptême à Québec: les autres à la Baie St-Paul. Le fils Jean s'établit à
Saint-Joachim et c'est chez lui, semble-t-il, que meurt sa mère Rosalie, le 6 avril 1762.
Quant à Marie-Marguerite, née et baptisée à
Saint-Joachim le 6 octobre 1688, on la retrouve à Montréal le 10 juin 1706, jour où
elle se marie avec l'ancêtre Antoine Téroux dit Laferté, fils d'André et de Jeanne
Petit, de Verdun-sur-Garonne, diocèse de Toulouse, Languedoc. Cinq enfants viennent
bénir cette union dont 3 baptisés à la Baie St-Paul. Marguerite est inhumée à
Saint-Michel d'Yamaska.
Catherine, baptisée le 26 février 1690 à Cap
St-Ignace, épouse en premières noces Guillaume Le Prince dit Sanscartier à Montmagny,
le 15 avril 1712. Guillaume est le fils de Guillaume et de Barbe La Dauphine, de Louvigny,
diocèse de Bayeux, en Normandie. De cette union naissent deux enfants: Jean-Baptiste et
Marie-Angélique. Guillaume décède à Québec, en 1726. L'année suivante, le 27
novembre, Catherine convole avec le breton Julien Perdriel, fils de Mathurin et de
Mathurine Delaunay.
L'abbé G.-T. Erbery inscrivit l'acte de baptême de
la cadette Marie-Charlotte, à Saint-Pierre, I.O., le premier octobre 1692.
Les descendants portent indifféremment les noms
LAFOREST ou LABRANCHE.
Départ
Pierre LAFOREST est hospitalisé, à l'Hôtel-Dieu
de Québec, à la fin de juillet 1694. Les Soeurs Hospitalières le soignent jusqu'en
janvier 1695. Le registre des malades donne 56 ans d'âge au malade à son entrée, ce qui
le fait naître vers 1638. Les documents ne permettent pas de préciser le genre de
maladie qui l'emporte, le 4 janvier 1695. L'endroit de sa sépulture n'est pas mentionné.
Aucun document officiel ne donne la situation de la
veuve LAFOREST et de ses jeunes enfants. Seule dans une question d'héritage survenue
entre Jacques Godin et sa soeur Charlotte nous apporte quelques détails. Dans un contrat
d'Étienne Jacob, 9 août 1695, la veuve LAFOREST "demeurant de présent au dit
Beaupré" nous apprend que son second et défunt mari a renoncé pour elle, le 4 mars
1686, devant le baillif de la Côte, à la succession d'Esther Ramage. Charlotte Godin
reconnait alors les droits de son frère Jacques sur la succession de ses défunts
parents. Jacques allègue comme raison qu'il a eu soin de sa mère "tant saine que
malade", pendant "le temps et espace de douze ans" et qu'il a donné à
Charlotte 60 livres à l'automne 1694.
Un Pierre Gris, 28 ans, avait séjourné quelques
jours à l'Hôtel-Dieu de Québec en 1693 et en 1694. À une date indéterminée,
Charlotte GODIN se marie en troisièmes noces avec ce Pierre Gris. Charlotte et Pierre ont
un enfant, Pierre né le 8 janvier 1698, baptisé le 12 par l'abbé de Francheville à Cap
St-Ignace. Le bébé décède le 17 janvier et inhumé le 21.
L'Histoire de Charlotte GODIN se ferme à la
mort de son fils Pierre Gris. Sur sa tombe inconnue est déposée une fleur d'admiration
et de reconnaissance au nom de tous ses descendants et de ceux de Pierre LAFOREST dit
LABRANCHE.
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