|
Les
sacrements
de la réconciliation
( Jc
5,20). Parmi les sacrements, quatre au moins méritent, autant que la
pénitence, le qualificatif de « sacrements de la réconciliation » :
le baptême, la confirmation, l’eucharistie et le sacrement des
malades. Bien plus, l’Église elle-même est sacrement de la
réconciliation ou, pour citer la formule célèbre du Concile Vatican
II, « à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et
de l’unité de tout le genre humain » ( LG I).
Dans le sacrement de pénitence, la réconciliation
ecclésiale ne vient pas s’ajouter au pardon divin : elle le
signifie. La pénitence antique concevait la réconciliation avec
l’assemblée comme le signe et le gage de la réconciliation avec
Dieu. Voilà pourquoi la célébration communautaire de la pénitence
devrait être la règle, comme les autres sacrements – alors que,
dans le Code/83, elle apparaît manifestement comme une exception.
En exerçant le ministère de la réconciliation, l’église atteste la
réalité du pardon divin en faveur de ceux qui célèbrent le sacrement
avec foi. Le péché étant comme l’envers de la grâce, Dieu seul,
source de la grâce, peut remettre les péchés. Il faut donc
renoncer à imaginer Dieu pardonnant à tel pécheur particulier au
moment où celui-ci reçoit l’absolution sacramentelle. Dieu
témoigne sans cesse sa miséricorde aux humains. Son offre de pardon
devance tout ce que nous pourrions faire pour la mériter ou la
provoquer. Lorsque nous célébrons la réconciliation ecclésiale, les
ministres de l’église attestent par là même la vérité du
pardon de Dieu pour nous, ici et maintenant. Les
théologiens classiques enseignent d’ailleurs que Dieu accorde son
pardon dès lors que le pécheur regrette sincèrement sa faute, avant
même l’absolution. Nous devons congédier l’image de ces
interventions ponctuelles de Dieu qui font apparaître celui-ci comme
une sorte de distributeur automatique du pardon « à la demande ».
[…] Au regard des sources bibliques et de l’histoire du
sacrement de la pénitence, chaque forme de célébration du pardon qui
intègre les trois éléments essentiels ( contrition, aveu, parole
ministérielle d’absolution ) est en elle-même complète. L’Église ne
peut pas déclarer qu’elle atteste la rémission des péchés en
sous-entendant qu’elle ne l’atteste pas vraiment. C’est pourtant ce
que semblent affirmer les canons 962, i et 963 du Code/83. Or,
les modalités de célébration qui se sont succédé au cours des
siècles
(
pénitence publique, pénitence tarifiée, confession individuelle )
n’ont jamais été considérées comme complémentaires les unes des
autres. Chacune des trois représente une figure authentique du
sacrement de la rémission des péchés. Il va de soi que la confession
individuelle et le recours à un guide spirituel gardent leur entière
valeur pour les personnes qui souhaitent en user.
Dans les pages précédentes, j’ai utilisé plusieurs fois
le verbe
«
attester » pour caractériser l’absolution sacramentelle. En
restituant à ce terme son sens étymologique, j’entends signifier par
là que Dieu seul pardonne et que le ministère de l’Église consiste à
rendre témoignage au pardon divin en se fondant sur l’autorité du
Christ, le témoin fidèle. Le prêtre intervient comme témoin
autorisé, mandaté par l’Église, et non comme juge. Faire du
sacrement de la réconciliation une action judiciaire revient à en
fausser la nature. « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés !»
Cette recommandation se retrouve à travers tout le Nouveau
Testament. Le rôle du ministre ordonné est de rendre témoignage à la
réalité du don de Dieu.
Charles Wackenheim,
Une Église au péril de ses lois, p. 128-130.
N.B. Les soulignés sont de nous. |