Qui faut-il baptiser ?
Au plan liturgique, la fête
du Baptême du Seigneur marque à la fois la fin du cycle de Noël et
de la vie discrète de Jésus à Nazareth ainsi que le début du temps
ordinaire centré sur son ministère public. Membre à part entière du
peuple juif et vraiment solidaire avec lui, Jésus reçoit le baptême
conféré par Jean. Puis l’évangéliste Luc nous montre Jésus en
prière. Se produit alors l’inattendu :
« le ciel s’ouvre »,
signe attestant que Dieu, ce grand silencieux depuis des siècles,
décide d’intervenir en envoyant l’Esprit Saint auprès de son
Fils.
Supprimant
la distance qui le sépare de son Fils, le Père fait entendre sa
voix :
« c’est
Toi mon Fils bien aimé : en Toi j’ai mis tout mon amour »
Tout le peuple assiste ici à une présentation
officielle, une intronisation en bonne et due forme de Jésus : il
est Fils de Dieu, son Bien-Aimé, ce Roi-Messie tant attendu qui un
jour plongera dans la mort pour faire de ses disciples des fils et des
filles de Dieu.
La fête du Baptême de Jésus nous invite aussi à
réfléchir sur le sens même du premier grand sacrement d’Église qu’est
le baptême, et plus particulièrement sur son admissibilité. J’initie
cette réflexion en partant d’un fait vécu.
Un matin,
il y a de cela quelques années, je déjeunais au Grand Séminaire de
Montréal. Près de moi, un séminariste et un prêtre sulpicien aîné
conversaient. Le séminariste parlait du baptême, de parents bien
ignorants dans leur foi, qui demandent le
baptême simplement pour suivre la Tradition.
J’étais curieux d’entendre ce qu’avait à
dire notre bon sulpicien sur le sujet. Il s’est mis à parler dans le
même sens que son interlocuteur : le manque de disponibilité des
parents, leur présence à reculons à la rencontre de préparation,
leur absence à la messe dominicale, des exigences que l’Église
devrait fixer, etc.
C’est alors que je me suis glissé dans la
conversation. : « Excusez un
p’tit curé de paroisse de Trois-Rivières d’intervenir. Mais
lorsque des parents me demandent de baptiser leur enfant, je les
félicite de cette décision. Je les valorise d’ailleurs sur
leur générosité : c’est beau, c’est grand de donner la vie en
2000 ! À la rencontre des
parents, je parle de ce qu’ils vivent, de la vie, de Dieu. C’est
beau de les entendre parler du bonheur qu’ils veulent, que Dieu veut
pour leur enfant ».
Le déjeuner s’achevait . Je crois qu’ils m’ont
trouvé dérangeant, prétentieux de leur avoir tenu de tels propos, et
téméraire dans mon agir pastoral. !
En fait, nous nous trouvons en présence de deux
écoles de pensée qui circulent présentement dans l’Église au
Québec :
1) ne
conférer le baptême que sur le témoignage d’une foi engagée et d’une pratique éprouvée. C’est
la position qui assimile le christianisme à une religion de purs, de
parfaits, fondée principalement sur des certitudes et des lois
2) conférer
le baptême en misant sur la foi en cheminement des gens. C’est la
religion respectueuse des individus et des parcours divers.
Inutile de préciser que mon adhésion va à la
seconde conception.
Que cette eucharistie nous aide
à vivre comme une famille de frères et de sœurs de Jésus ayant à cœur
la personne avant toute chose.
François Gravel, ptre.
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