Jean XXIII est-il plus bien heureux aujourd’hui qu’avant sa
béatification ?
Cette question, enveloppée d’humour, soulève plus d’interrogations
qu’elle ne le semble. Elle vise, entre autres, la nature et les
objectifs de la béatification dans l’Église.
Donc pourquoi béatifier? Pour certifier que la personne décédée
est maintenant bien heureuse dans le ciel? On a pu déjà penser cela.
Mais essentiellement, lorsque l’Église béatifie un de ses membres,
c’est qu’elle le propose comme modèle de foi et d’union à
Dieu. À compter de ce moment, il est permis de lui rendre un culte
public.
Ce qui ne veut pas dire que la personne désignée était un être
parfait en tous points. Nous le savons bien, personne n’est parfait
sur cette terre! Mais certains reflètent plus que d’autres l’amour de Dieu. Ce qui ne
signifie pas non plus que seules les personnes qui sont l’objet d’une
cérémonie officielle de béatification sont dignes de l’être.
D’ailleurs il est facile de constater que les aspects de la
bienheureuse ou du bienheureux mis en évidence varient d’une
époque à l’autre. Aujourd’hui, de très nombreux bienheureux ou
saints sont complètement inconnus des chrétiens. D’autres
verraient leur béatification fortement contestés. Certains par
contre voient leur renommée traverser les siècles. C’est que
chaque époque a son idée sur les meilleures façons de rencontrer
Dieu et de témoigner de son amour. Les choix faits par l’Église au
cours des âges offrent d’ailleurs une bonne image de l’évolution
des valeurs privilégiées par les communautés chrétiennes.
Une chose est sûre : s’il est une béatification qui fait l’unanimité
aujourd’hui, c’est bien celle de Jean XXIII. La profondeur et l’authenticité
de sa foi, son humilité, sa simplicité, sa convivialité, son sens
de l’humour, son refus de se prendre au sérieux tout en prenant sa
tâche très au sérieux, sa vision prophétique, sa ténacité, son
esprit d’ouverture et de paix, sa grande liberté intérieure ont
permis au souffle de l’Esprit d’oxygéner l’Église. Sans
vouloir présumer de la nature de l’état ou du lieu dans lequel il
se trouve actuellement, nous dirions qu’il est sans doute « plus
bien heureux » losqu’il voit la source qu’est Vatican II briser
les barrages et ouvrir le passage vers la haute mer. Il n’est pas
près de prendre sa retraite!
Raymond Pagé