Certains répondront spontanément que prier consiste, avant tout, à
exprimer à Dieu ses besoins, ses louanges, son
amour… D’autres affirmeront avec force qu’il s’agit surtout de
se mettre à l’écoute de Dieu. Mais
pourquoi ne serait-ce pas
l’un et l’autre
? Encore faut-il s’entendre sur les façons de mettre en pratique
ces
façons de prier.
lI est certain que la prière requiert de notre part disponibilité,
humilité, ouverture du cœur et capacité de faire silence. Car en ce
qui concerne Dieu, Il est toujours là, attendant patiemment et
amoureusement notre consentement. Cependant, par respect pour notre
liberté, jamais Il ne force la porte de notre cœur. C’est donc à
chacun d’entre nous, par un
acte libre et
volontaire, qu’il revient de créer les conditions
nécessaires pour favoriser un cœur à cœur avec Lui. Toutefois,
malgré les avances qu’Il nous fait, pourquoi est-ce si souvent
difficile de prier, aujourd’hui surtout ?
Difficile de prier
aujourd'hui
Vous reconnaîtrez avec nous que le contexte social
et culturel a grandement changé depuis quelques décennies. En
conséquence le climat religieux a également changé. Il a subi les
contrecoups de l’éclatement des institutions et il est confronté à
un plus grand pluralisme. Le désengagement s’est installé. Les
prises de distance se sont multipliées et l’indifférence s’est
infiltrée dans nos familles et nos communautés. Le sens du sacré s’est
étiolé. Bref, nous ne baignons plus dans un univers religieux.
Tout cela rend de plus en plus difficile notre rapport avec Dieu. À l’ère
des communications interplanétaires, alors que les moyens mis à notre
disposition par l’autoroute informatique ne cessent de se
développer, nous n’arrivons plus à nous centrer sur notre
intériorité. Pourtant, sans un effort volontaire pour rentrer à l’intérieur
de soi, il devient presque impossible de prier. Car,
fondamentalement, la prière est une plongée au fond de notre propre cœur.
C’est un rendez-vous d’amour avec Dieu qui consiste essentiellement
à se laisser aimer par Lui. Toutefois, cela exige confiance et abandon
de notre part. Voilà où cela devient difficile.
Prier: parler
Difficile mais pas impossible. Relisons les Écritures. Voyons à quel
point Dieu nous connaît et nous aime personnellement : « Parce que tu
as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime […]
Ne crains pas, car je suis avec toi (Js 43,1-5). Ces paroles nous
encouragent à laisser jaillir de nos entrailles,
sans crainte aucune, tout ce que nous avons à lui dire, dans
une attitude de confiance et d’abandon, avec la certitude que c’est
Lui qui nous a aimé le premier. Cette présentation de notre être et
de tout ce que nous portons devient alors une prière qui nous met en
« commune-union » avec le vécu même de Jésus.
Il va sans dire que la prière prend tout son sens lorsqu’elle s’inscrit
dans un tel contexte de foi. Cet acte de foi, qui mobilise l’être
tout entier, devient dès lors une porte ouverte sur nous-mêmes. Il
favorise une introspection qui nous aide à décoder le sens profond de
nos réalités humaines. C’est le temps de la
découverte de nos coins obscurs, de nos blessures, de nos souffrances
et de nos limites. Par ailleurs, mettre des mots sur notre
vécu, ne nous aide-t-il pas à clarifier les situations qui nous font
souffrir ?
Il ne devrait donc y avoir aucune limite à divulguer nos secrets à
Dieu. Cependant, encore faut-il être convaincu que Dieu désire avant
tout notre bonheur. Comme l’a si bien dit Irénée de Lyon, « La
gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ». En effet, son plus cher
désir est que nous puissions nous épanouir dans toutes les dimensions
de notre être, tant sur le plan physique, psychique que spirituel. Et
qu’en conséquence nous devenions ce que nous sommes appelés à
être.
Prier: écouter
Mais communiquer, ce n’est pas seulement parler, c’est aussi écouter. Afin de susciter une vraie rencontre et d’entrer
en communion avec Dieu, il faut donc aussi être à l’écoute de sa
Parole. Prier consiste donc cette fois à créer des
temps de silence et de recueillement, permettant à l’Amour
même de transformer notre cœur et d’illuminer notre vie. Autrement
dit, par la prière silencieuse, nous invitons Dieu à venir habiter au
plus profond de notre être afin d’étancher notre
soif de bonheur. Évidemment l’idéal serait d’en arriver
ainsi à être dans un état de prière continuelle, c’est-à-dire d’être
en communion constante avec l’Esprit de Jésus, laissant celui-ci
prier à travers nous. On appelle cette forme de prière la « prière du cœur ». Pas besoin pour cela de se
mettre à l’écart du monde et de se retirer dans le désert ! Comme
Jésus le faisait, il suffit de s’abandonner en Dieu, remettant notre
vie entre ses mains. Par cette offrande perpétuelle, toute notre vie
peut alors devenir prière. Il est certain que ces moments d’élévation,
d’union, d’offrande, et d’écoute font croître l’intimité et
l’unité entre Dieu et nous. Dieu et notre âme sont alors « comme
deux morceaux de cire fondue ensemble » (Curé d’Ars).
Appel à l'Esprit
Pourtant, il faut bien se l’avouer, nous désirons tous avoir le
contrôle de notre vie. Et nous considérons comme une atteinte à
notre intégrité lorsqu’on veut nous imposer une façon de faire ou
d’être. C’est la raison pour laquelle la « prière du coeur »
demande que nous fassions appel à l’Esprit
pour qu’il supplée à notre incapacité.
De toute façon, quelles que soient les formes à travers lesquelles
nous essayons de communiquer avec Dieu, ne faut-il pas en fin de compte
reconnaître que notre Père nous devance toujours
sur le chemin de la prière ? N’est-ce pas Lui, en effet, qui
fait naître en nous le désir d’entrer en communion avec Lui ? N’est-ce
pas Lui qui ouvre en nous cet espace où il pourra enfin se dire ?