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Reviens !
Jésus
envoie ses disciples en mission. Mais ceux-ci devront en faire leur
deuil : celui avec lequel ils ont fait route est sur son départ. Ils ne
pourront plus le voir, le toucher, entendre sa parole si brûlante au
cœur. Mais il les avait déjà assurés de sa présence, autrement. Et il
leur a promis qu’il reviendrait.
Promis ! Il y a de cela 2000 ans ! Il me semble, Seigneur, que tu mets
beaucoup de temps à revenir. Pourtant nous aurions bien besoin de toi.
Ta petite communauté de base s’est agrandie mais multipliée en plusieurs
Églises qui s’excommunient les unes les autres. En ton nom on torture,
soulève des guerres, bombarde des enfants et massacre des peuples sans
défense.
Et
puis on a même annoncé la mort de Dieu, ton Père céleste. Eh oui ! Le
sens de la vie s’effondre. Les désespérés se jettent dans la mort qui,
pour eux, est un néant préférable à la souffrance. Est-ce assez, tout
cela, pour te convaincre de précipiter ton retour ? Est-ce que…
Oups
! La porte ! Tout à coup si…
—
Jésus ! Tu es là ?
—
Bien sûr, j’étais là chaque fois que tu m’as appelé !
—
Excuse-moi, c’est bête mais je n’avais pas pensé à ouvrir la porte.
J’aurais dû me rappeler ta très grande discrétion. Poli comme ton Père !
Entre donc! Viens, nous allons rompre le pain de vie ensemble. Et tu
vas nous parler des vies que la mort ne termine pas; tu vas nous redire
ce qu’il faut faire pour aimer. Te souviens-tu…
Raymond
Pagé.
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L’enfant
qui s’endort
Rien n’est beau comme un enfant qui s’endort en faisant sa prière, dit
Dieu.
Je vous le
dis, rien n’est aussi beau dans le monde.
Je n’ai
jamais rien vu d’aussi beau dans le monde.
Et pourtant
j’en ai vu des beautés dans le monde
Et Je m’y
connais. Ma création regorge de beautés.
Ma création
regorge de merveilles.
Il y en a
tant qu’on ne sait pas où les mettre.
J’ai vu des
millions et des millions d’astres rouler sous mes pieds comme les sables
de la mer.
J’ai vu des
journées ardentes comme des flammes.
Des jours
d’été de juin, de juillet et d’août.
J’ai vu des
soirs d’hiver posés comme un manteau.
J’ai vu des
soirs d’été calmes et doux comme une tombée de paradis.
Tout
constellés d’étoiles. […]
J’ai vu la
profonde mer, et la forêt profonde, et le cœur profond de l’homme.
J’ai vu des
cœurs dévorés d’amour
Pendant des
vies entières,
Perdus de
charité,
Brûlant comme
des flammes. […]
Or je le dis,
dit Dieu, je ne connais rien d’aussi beau dans le monde
Qu’un petit
enfant qui s’endort en faisant sa prière
Sous l’aile
de son ange gardien
Et qui rit
aux anges en commençant de s’endormir ;
Et qui déjà
mêle tout ça ensemble et qui n’y comprend plus rien
Et qui fourre
les paroles du Notre Père à tort et à travers pêle-mêle dans les
paroles du Je vous salue, Marie
Pendant qu’un
voile déjà descend sur ses paupières,
Le voile de
la nuit sur son regard et sur sa voix.
J’ai vu les
plus grands saints, dit Dieu. Eh bien je vous le dis,
Je n’ai
jamais rien vu de si drôle et par conséquent je ne connais rien de si
beau dans le monde
Que cet
enfant qui s’endort en faisant sa prière
(Que ce petit
être qui s’endort de confiance)
Et qui
mélange son Notre Père avec son Je vous salue, Marie.
Rien n’est
aussi beau et c’est même un point
Où la Sainte
Vierge est de mon avis
Là-dessus.
Charles Péguy, extrait de
Le Mystère des Saints Innocents , dans Le Messager de
Saint-Antoine, juillet-aoôt 2007, p. 21.
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