Comment Jésus mesure-t-il nos talents ?
Homélie du dimanche 12-13 novembre 2011
La parabole des talents se trouve dans le chapitre 25 de l’Évangile de
Mathieu. Et c’est dans le chapitre 26 que Jésus sera arrêté et dans le
27 qu’il meurt. Nous recevons donc, avec la parabole des talents, les
dernières recommandations de Jésus avant sa mort.
Pour préparer cette homélie, j’ai lu un très beau texte de Rita Gagné
dans son livre Le temps de Dieu, cheminer avec l’Évangile de Mathieu.
Ce fut mon point de départ.
Selon moi, nous sommes les trois serviteurs de la parabole des talents.
Nous sommes à la fois le serviteur qui a reçu 5 talents, celui qui a
reçu 2 talents et finalement celui qui a caché son seul talent. Je
m’explique.
Talent ou don ou capacité remarquable à accomplir une tâche, voila ce
que nous recevons tous et toutes dès la naissance. Et si je vous
demandais, tout de suite, d’écrire pour vous-même sur un bout de papier
un premier talent que vous vous reconnaissez, nous pourrions
probablement lire :
-
Je cuisine vraiment bien
-
J’ai le pouce vert
-
J’ai des doigts de fée
-
Je suis un pro de l’ordinateur
-
Je suis très bon à l’école
-
Je joue très bien d’un instrument
-
Et ainsi de suite
Nous sommes donc ces serviteurs qui avons reçu 5 talents et nous les
avons fait fructifier. Ce sont les talents de la connaissance humaine.
Comment les avons-nous fait grandir ? Par l’action, l’engagement, la
créativité. Nous avons appris de maîtres tous plus talentueux les uns
que les autres. Et notre société encourage cette mobilisation dans
l’apprentissage et souhaite que nous devenions meilleurs dans l’ensemble
de nos connaissances. Nous sommes appelés à être productifs. Ainsi à la
télévision, dans nos milieux de travail, dans nos milieux scolaires, il
y a des Galas qui mettent en valeur le travail et la réussite.
Si nous parlions maintenant de ce deuxième talent qui, cette fois-ci,
porte sur nos relations avec les autres, nous pourrions lire :
-
Je suis un bon communicateur
-
Je crée facilement des liens
-
J’écris bien
-
Je fais de bons discours
Nous sommes donc aussi ces serviteurs qui avons reçu 2 talents pour
entrer en relation avec les autres, et cela dès notre naissance. Nous
sommes capables de doubler notre capacité à dialoguer. Qui parmi vous ne
fait pas partie d’un groupe que ce soit les les Cursillistes, les
Chevaliers de Colomb, les Filles d’Isabelle, le Club mère-enfant, L’AFÉAS,
des clubs de sports, de bricolage... Il y a aussi, pour les plus
jeunes et les cœurs jeunes, tous les réseaux sociaux. Nous avons des
amis FACEBOOK, TWITTERS et autres réseaux. En quelques secondes à peine,
nous pouvons rejoindre la planète.
Si nous sommes donc le serviteur qui a reçu 5 talents et aussi celui qui
en a reçu 2, qu’arrive-t-il avec notre rôle de serviteur qui a reçu un
seul talent ?
Quel est ce talent unique ?
Si nous reprenons la parabole, nous lisons que c’est un talent que nous
sommes portés à enfouir parce que nous en avons peur, parce qu’il est
dérangeant et demande du temps. Aussi, il n’est pas toujours reconnu par
notre société. Il n’offre pas de diplôme, à proprement parler, bien que
cela arrive qu’il fasse de nous des héros. Ce talent enfoui profondément
nous rattrape en certains moments de notre vie comme la maladie, le
deuil, la souffrance, et cela même si nous n’avons pas su le développer
auparavant.
Saint-Paul dit de lui, dans 1,Corinthiens 12, que je pourrais parler
toutes les langues, que je pourrais prophétiser et découvrir tous les
mystères et le plus haut savoir, que je pourrais même avoir une foi
parfaite, mais si je n’ai pas ce don, je ne suis rien.
Vous l’avez reconnu ce don ?
C’est l’Amour, qui ne passera pas alors même que les langues seront
oubliées, que le savoir reste partiel et que la prophétie ne dit pas
tout. L’Amour est parfait, il sait attendre, il est compréhensif et
n’est pas jaloux. L’Amour grandit de lui-même. Il nous suffit de
l’investir à chaque instant de notre vie, et comme de l’argent dans une
institution financière, l’amour donne de l’intérêt ! Il chasse nos peurs
et fait de nous des héros auprès de ceux et celles qui ont besoin de
notre amour.
Il est très important de faire fructifier tous nos talents, que ce soit
dans les arts, la communication, les investissements, les besoins
quotidiens…, car l’échec n’est une ambition pour personne, que l’on
soit chrétien ou non. Selon André Beauchamp, il faut penser les talents
en termes spirituels plutôt que monétaires. Il faut les penser comme une
capacité de faire communauté, de rendre les autres libres et heureux.
Développer ses talents nous aide à comprendre la parole de Jésus : « Je
suis venu pour que vous ayez la vie en abondance ».
Ma mère vient de décéder et mon amie Monique m’a envoyé un bel extrait
du livre de Joan Chittister, En quête d’un Dieu digne de foi. Je
vous lis ces quelques lignes que Joan Chittister a écrites. Sa mère,
qui souffre de la maladie d’Alzheimer, l’a aidé à développer son talent
de l’Amour, à devenir meilleure. J’ai fais mien ce texte :
« Le pouvoir tout-puissant de Dieu se trouvait en nous, qui lui avons
donné les soins, la sécurité, l’attention dont elle avait besoin même
lorsqu’elle ne pouvait plus nous le rendre. Elle nous a tous permis de
devenirs meilleurs. Manifestement, Dieu était toujours tout-puissant.
Dominateur, non ; tout-puissant, oui.
Il n’est pas difficile de croire à la toute-puissance de Dieu une fois
que nous renonçons à imposer notre définition de la toute-puissance, une
fois que nous en arrivons à laisser Dieu être Dieu dans notre vie, à
permettre à Dieu de se servir de nous pour travailler.
Notre « oui » de chaque instant à l’Amour reçu est un investissement de
premier ordre. C’est une semence de Vie. Nous préparons le printemps de
Dieu.
Et comme à la samaritaine, Jésus nous dit : « Si tu savais le don de
Dieu ».
Micheline Jutras Laperrière
Communauté chrétienne Jean XXIII