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TEXTE PARU DANS PLANÈTE
QUÉBEC
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| Léo-Paul Lauzon
Chaire d'études socio-économiques de l'UQAM. Le lundi 27 septembre 1999
La croissance?
Avez-vous remarqué comment les médias, les politiciens et le patronat sont obsédés par la croissance économique? On entend chanter à longueur de journée les bienfaits de la croissance. Point de salut sans elle. Quand ce n’est pas celle du PIB et du PNB, c’est celle des exportations ou du chiffre d’affaires des compagnies. Nos journaux affirment que les pays qui sortiront gagnants de la mondialisation sont ceux qui auront une forte croissance. Même mon thérapeute me parle de croissance personnelle!
Je vais finir par croire que nous ne sommes qu’une gang de concombres qui
pousse et que le progrès se mesure en centimètres...
Parlons-en! Les maîtres du monde veulent parler de croissance, eh bien parlons-en! Depuis au moins sept ans les entreprises canadiennes réalisent des profits records année après année. Plusieurs d’entre elles affichent des taux des rendement après impôts sur le capital investi supérieurs à 20%. Ce qui est phénoménal! Les indices boursiers pètent des records historiques sur une base presque quotidienne. La spéculation est encouragée au détriment de l’investissement réel. Il y a moins de quatre ans, l’indice des valeurs mobilières américaines (actions des compagnies cotées à la bourse; c’est-à-dire le Dow-Jones) oscillait à 6 000 points. Il a récemment fracassé les 11 000 points, enrichissant au passage les détenteurs de capitaux de plusieurs centaines de milliards de dollars (U.S. s’il-vous-plaît)! Tant pis pour la très grande majorité de la population qui ne détient pas de capitaux mais plutôt des dettes. Et c’est loin d’être la fin des bonnes nouvelles économiques. Les journaux annonçaient en août, que le Canada connaissait une croissance économique annuelle qui ne s’était pas vue depuis le boom du milieu des années 1980. En effet, la croissance économique de 1999 semble en position de fracasser le 3,5%, ce qui en ferait la troisième année consécutive de croissance annuelle de 3 % ou plus. Par contre, je lis dans les mêmes journaux que le revenu AVANT IMPÔTS des familles est inférieur aujourd’hui à ce qu’il était il y a vingt ans même si ces mêmes familles travaillent plus dur et plus longtemps. Statistique Canada nous signale aussi que le revenu annuel moyen des 65 ans et plus est un ronflant 16 000$! Selon l’Association des collèges canadiens,les familles à revenu moyen éprouvent des difficultés croissantes à payer les études supérieures de leurs enfants. Un rapport du Conseil canadien de développement social montre que 13 % des canadiens gagnent des revenus insuffisants pour combler leurs besoins essentiels. Enfin, la ministre canadienne du travail, Mme Claudette Bradshaw, constate que la situation des sans-abris au pays a atteint des proportions de crise. J’allais oublier, un Québécois sur cinq vit dans la pauvreté... En bout de ligne il y a quelque chose qui m’échappe. La richesse croît sans cesse, mais les revenus des classes pauvres et moyennes diminuent. Dites-moi donc où aboutit le fruit de la croissance au bout du compte? La réponse est simple: dans les poches des riches! La croissance se fait au profit des nantis et au détriment des pauvres et de la classe moyenne. À quoi ça sert de créer de la richesse économique sans fin si ce n’est que pour enrichir une minorité de profiteurs? Est-ce raisonnable ou même utile de viser une croissance économique débile? La croissance économique est si forte que si elle continue à ce rythme, elle risque de faire sauter la planète! Selon moi, il faut viser une croissance économique zéro car le problème qui mine notre société aujourd’hui et qui cause la misère humaine n’est pas celui de la création de la richesse, mais celui de la redistribution de la richesse. Ma proposition vous semble irréaliste? Posez-vous la question
deux secondes: si la croissance économique profite seulement aux
nantis, pourquoi est-ce qu’on en ferait la priorité de l’ensemble
de la société ?
Léo-Paul Lauzon est professeur au département des sciences comptables et titulaire de la Chaire d’études socio-économiques de l’Université du Québec à Montréal. * Avec la collaboration de François Patenaude, chercheur à la Chaire. Léo-Paul Lauzon
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